● Journal du Net
📅 31/03/2026 à 09:08
Robots humanoïdes : quelles entreprises sont les mieux placées pour profiter du futur boom ?
Géopolitique
👤 Mattis Meichler
Le marché de la robotique humanoïde s'annonce colossal, porté par une concurrence féroce entre les Etats-Unis et la Chine. Tout un écosystème mondial se structure pour initier une mutation industrielle aussi profonde que celle de l'automobile. Le potentiel de la robotique humanoïde est immense. Le marché mondial pourrait passer de 6,24 milliards de dollars en 2026 à 165,13 milliards d’ici 2034, soit un taux de croissance annuel moyen de 50,60%, selon une étude de Fortune. Le secteur entre aujourd’hui dans une phase de structuration, avec l’émergence progressive d’usages en B2B et, plus marginalement, en B2C. Les constructeurs chinois comme Unitree et AgiBot ont commencé à proposer des robots humanoïdes à des prix relativement accessibles (parfois moins de 15 000 euros), désormais disponibles sur des plateformes de vente en ligne, même s’ils restent principalement destinés aux développeurs ou à des usages expérimentaux. Tesla pourrait par ailleurs propulser le secteur dans une nouvelle dimension dans les prochaines années : Elon Musk a annoncé le lancement de la production de masse, évoquant le chiffre d’un million de robots Optimus par an. Mais les constructeurs de robots ne seront pas les seuls à profiter de ce mouvement. La robotique humanoïde s’inscrit dans une industrie structurée en plusieurs couches : les entreprises qui développent des composants, des puces ou encore des logiciels occupent une place centrale. Des géants tels que NVIDIA, Microsoft, Amazon ou Google DeepMind devraient ainsi figurer parmi les principaux bénéficiaires de ce marché encore émergent. Tesla, Unitree, Agility… Les constructeurs en première ligne Le secteur des robots humanoïdes est actuellement dominé par les Etats-Unis et la Chine. Le gouvernement chinois en a fait une priorité stratégique et soutient massivement les entreprises nationales. Unitree, AgiBot et UBTech comptent aujourd’hui parmi les principaux acteurs chinois. Ils ont opté pour une stratégie visant à démocratiser rapidement les robots, en proposant des modèles accessibles. Ils ont également mis en place des offres de type Robot-as-a-Service (RaaS), permettant de louer des robots à la journée pour des usages événementiels ou ponctuels, y compris auprès de particuliers. Un utilisateur chinois a ainsi récemment loué un robot pour faire sa demande en mariage. Aux Etats-Unis, Tesla s’impose comme l’acteur le plus ambitieux. Après les voitures électriques et l’IA, Elon Musk a identifié les robots humanoïdes comme le prochain secteur porteur. Le groupe a commencé à adapter certaines de ses usines, en réduisant notamment les lignes dédiées aux Model S et Model X, afin de préparer la production d’Optimus. La start-up Agility a adopté une approche moins ambitieuse, mais peut-être plus réaliste. Elle a construit sa propre usine, RoboFab, avec l’objectif de produire à terme 10 000 robots par an. Ses concurrents Boston Dynamics et Figure AI sont également bien positionnés pour s’imposer. Mais le marché ne se limite pas pour autant à ces deux grands acteurs. En Europe, 1X Technologies, basée à Oslo, se positionne sur les usages domestiques. La start-up française Enchanted Tools développe les robots Mirokaï, orientés vers l'interaction humaine, notamment dans les environnements de soins. PAL Robotics, en Espagne, et Engineered Arts, au Royaume-Uni, complètent ce paysage, avec des positionnements plus spécialisés. Le Japon (SoftBank Robotics, Honda, Toyota…), ou encore la Corée du Sud (Raimbow Robotics, Hyundai Robotics…), comptent également parmi les principaux fabricants de robots humanoïdes. Nvidia, Google DeepMind… Les big tech sur les rangs Les véritables gagnants pourraient toutefois se trouver du côté des fournisseurs de technologies clés, notamment les concepteurs de puces et de modèles d’IA. Le développement du marché de la robotique humanoïde s’accompagne en effet de la structuration d’un écosystème technologique complet. On y retrouve notamment les concepteurs de modèles d’IA servant de "conscience" aux robots, ainsi que les fabricants de puces, de semi-conducteurs et des différentes pièces constituant le corps des robots. Cette configuration du marché est comparable à celle des ordinateurs, les machines nécessitant des logiciels adaptés pour fonctionner. Les robots humanoïdes s’appuient en effet sur des systèmes capables d’aller au-delà de la compréhension du langage pour interagir avec des environnements physiques ouverts, et donc complexes. On parle de modèles VLA (Vision-Language-Action). Déjà dominante dans le secteur de l’IA, Nvidia s’impose comme un acteur clé de la robotique humanoïde. Avec son initiative Isaac GR00T, l’entreprise développe des modèles d’IA généralistes capables de piloter des robots sur une grande variété de tâches. Sa stratégie couvre l’ensemble de la chaîne de valeur : de l’entraînement des modèles sur des supercalculateurs à leur exécution embarquée via ses puces Jetson, en passant par la simulation (Isaac Sim) et la génération de données synthétiques. Dans le même temps, Google DeepMind accélère ses efforts. Le laboratoire collabore désormais avec Boston Dynamics pour intégrer son modèle Gemini au robot Atlas, avec l’ambition de lui permettre de planifier ses actions, de s’adapter à de nouveaux objets et d’apprendre de ses erreurs. Il fournit également le software du robot Apollo d’Apptronik, capable d’exécuter des tâches à partir d’instructions en langage naturel. Intel, Qualcomm ou encore Microsoft sont d’autres acteurs majeurs de cette révolution de la robotique humanoïde. Microsoft Fabric, Azure IoT Operations et Azure App Service sont déjà utilisés par le fabricant de robots américain Hexagon. Ces technologies sont notamment utilisées pour le robot humanoïde industriel AEON, capable de détecter des défauts en temps réel sur les lignes de production. Microsoft a par ailleurs investi dans la start-up Figure, spécialisée dans les robots humanoïdes. OpenAI est également présent dans ce secteur. Après une première incursion dans la robotique en 2019, lorsqu’elle avait développé un système capable de résoudre un Rubik’s Cube à l’aide d’une main robotisée, l’entreprise avait mis fin à ses efforts en 2021. Mais selon plusieurs sources, OpenAI a relancé ses travaux en créant un laboratoire dédié et en recrutant des chercheurs spécialisés. OpenAI a également investi dans les start-up Figure et 1X. Si la concurrence est rude, la France a une carte à jouer dans ce domaine. Elle peut notamment compter sur deux licornes, Mistral AI et AMI Labs. La première travaille sur des modèles capables d’agir et de s’intégrer à des systèmes complexes, une évolution qui pourrait converger vers la robotique humanoïde. Quant à AMI Labs, à laquelle participe Yann LeCun, elle a fait de l’IA physique une priorité. L’entreprise a récemment levé plus d’un milliard de dollars pour développer des world models, capables de comprendre et de simuler le monde physique. Et donc d’alimenter les "cerveaux" des futurs robots humanoïdes. Sony, Harmonic Drive, LG… Les fournisseurs au cœur du système Enfin, les fabricants des différents composants du corps des robots occuperont une place centrale dans ce nouvel écosystème. Sony, par exemple, fabrique des caméras permettant aux humanoïdes de voir, alors que Panasonic et LG fournissent des batteries. On citera également le japonais Harmonic Drive et le chinois Leaderdrive, qui fabriquent des pièces permettant de transformer la rotation des moteurs des robots en mouvements précis et contrôlés. Et d’autres acteurs devraient émerger, notamment dans le domaine des services : assurances spécialisées, maintenance et réparation, intégration de solutions robotiques ou encore formation des opérateurs : de nouveaux métiers vont naître. L’industrie de la robotique humanoïde est ainsi comparable à celle de l’automobile, où les voitures ne représentent qu’une partie du marché. Alors qu’une étude récente de BofA Global Research estime qu’il y aura deux fois plus de robots humanoïdes que de voitures dans le monde en 2060 (3 milliards contre 1,5 milliard), cet écosystème naissant devrait rapidement s’étendre.
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