● BFM Tech 📅 31/03/2026 à 07:14

"La fin de l’empire scientifique américain?": sapée par les coupes budgétaires et les dérives de Donald Trump, la science américaine risque d’être dépassée par la Chine (et plus vite que prévu)

Géopolitique
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Sapée par les coupes budgétaires et les dérives de Donald Trump, la science américaine risque d’être dépassée par la Chine (illustration) - BFM TechSapée par les coupes budgétaires et les décisions de l’administration de Donald Trump, la science américaine pourrait être dépassée par la Chine, alors que de plus en plus de chercheurs partent vers l’Asie et que Pékin accélère ses investissements pour attirer les talents, alimentant les inquiétudes des universités et de la presse américaines.Le journal britannique The Guardian le présentait comme "l’un des plus brillants scientifiques en IA au monde". Après avoir passé la moitié de sa vie aux États-Unis, Song-Chun Zhu a pris un aller simple pour la Chine en 2020 pour diriger le Beijing Institute for General Artificial Intelligence (BIGAI), un institut créé spécialement pour lui.Le départ de Song-Chun Zhu pour la Chine n’est cependant pas un cas isolé. Pour dominer le marché mondial de l’IA, estimé à 1.000 milliards de dollars d’ici 2030, Pékin mise sur un recrutement international massif, offrant primes de plusieurs millions de yuans, aides au logement et postes prestigieux, tout en attirant étudiants et jeunes chercheurs, profitant des coupes budgétaires américaines.Cette stratégie transforme la "fuite des cerveaux" en véritable outil de compétition technologique. Alors que la Chine vise 6 millions de spécialistes de l’IA d’ici 2030, seuls 2 millions de postes pourront être pourvus au rythme actuel, renforçant l’urgence d’attirer des talents étrangers pour combler le déficit et asseoir sa suprématie.Que contient l'accord commercial conclu entre les États-Unis et la Chine? 3:27Dans son quinzième plan quinquennal 2026-2030, le Parti communiste chinois (PCC) place les technologies de pointe au cœur de ses priorités. Les secteurs des technologies quantiques, de la fusion nucléaire et des interfaces cerveau‑machine "sont appelés à décoller", a déclaré Zheng Shanjie, président de la Commission nationale du développement et de la réforme, prévoyant un doublement de la taille du secteur de la haute technologie dans la prochaine décennie.Depuis plusieurs années et à travers plusieurs plans quinquennaux, Pékin nourrit des ambitions technologiques, qui commencent à porter leurs fruits. Selon un rapport de l’Australian Strategic Policy Institute (ASPI), entre 2019 et 2023, la Chine domine la recherche scientifique mondiale dans 57 des 64 technologies jugées "critiques" par l’institution, soit 89%.Crise dans le monde de la science américaineÀ titre de comparaison, vingt ans plus tôt, entre 2003 et 2007, ce sont les États-Unis qui excellaient dans 60 de ces domaines. Le classement repose sur le volume et l’impact des articles scientifiques publiés, en se concentrant sur les 10% les plus cités chaque année. Si la qualité de la recherche ne garantit pas automatiquement des avancées technologiques majeures, elle constitue néanmoins un indicateur clé du potentiel d’innovation et de leadership technologique.Plus récemment, le magazine américain The Atlantic s’est longuement penché sur le sujet, en se demandant si, dans ce contexte, les États-Unis pourraient finir par être dépassés par la Chine. "La science américaine a fait l’envie du monde entier depuis au moins la Seconde Guerre mondiale, mais elle est récemment entrée en déclin", note le magazine.Il souligne également que depuis l’arrivée de Donald Trump à la présidence, son administration a considérablement réduit le financement de la recherche scientifique, suspendant des subventions et gelant des projets de pointe, dont 500 millions de dollars destinés aux vaccins à ARN messagers.Donald Trump lors de la réunion de son cabinet à Washington le 26 mars 2026 © Photo par JIM WATSON / AFPCette politique a provoqué le départ de plus de 10.000 docteurs en sciences de la fonction publique fédérale et affaibli des secteurs clés comme l’informatique et la biomédecine, représentant selon certains experts une "destruction sans précédent de l’intérieur" du système scientifique américain.Hormis les coupes budgétaires, l’administration du président Donald Trump a exercé une forte pression sur la recherche américaine: surveillance accrue des projets, hausse significative des prix des "visas H1-B" pour les travailleurs étrangers spécialisés, et utilisation des fonds fédéraux comme levier sur les universités.Mais pour les universités chinoises, ces changements aux États-Unis représentent "un cadeau de Trump" permettant de recruter davantage de talents et de meilleure qualité, estime Yu Xie, professeur de sociologie à Princeton, qui s’est exprimé auprès de CNN lors d’une visite dans plusieurs établissements chinois plus tôt cette année.Par ailleurs, entre janvier et septembre, la chaîne américaine a recensé au moins 85 scientifiques, confirmés ou en devenir, ayant quitté les États-Unis pour rejoindre à temps plein des institutions de recherche chinoises. Plus globalement, selon un sondage de la revue Nature, les trois quarts des scientifiques américains envisageraient de quitter le pays.La Chine vise la première placeFace aux errements américains et à l’imprévisibilité de Donald Trump, la Chine n’a que peu de difficulté à construire un narratif clé en main pour rapatrier ou attirer des talents. Un récent éditorial du Quotidien du Peuple, organe du Parti communiste, souligne comment Pékin présente le pays comme un "havre de paix" et une "plateforme d’excellence" pour les universitaires chinois et sino-américains, considérés comme victimes de "l’ingérence inconsidérée" de "certains pays occidentaux".Une photo aérienne prise par drone le 25 mars 2026 montre une scène sur le chantier de construction du campus de Xiong'an de l'Université des sciences et technologies de Pékin dans la nouvelle zone de Xiong'an, dans la province du Hebei, au nord de la Chine © Photo par MOU YU / XINHUA / XINHUA VIA AFPLoin de se limiter à la simple propagande, la Chine construit un appareil de recherche massif à grande vitesse, équipant ses universités et laboratoires de talents et de technologies de pointe.Ses dépenses annuelles en "recherche et développement" ont explosé, passant de 13 milliards de dollars en 1991 à plus de 800 milliards aujourd’hui, plaçant le pays juste derrière les États-Unis. Selon la revue Nature, avec un plan visant une hausse de 7% par an pendant cinq ans, les dépenses publiques chinoises en recherche devraient dépasser celles des États-Unis d’ici 2029.Sur le même sujetComment, dans le plus grand secret et depuis dix ans, la Chine mène son "projet Manhattan" des semi-conducteurs pour s’imposer dans la course mondiale aux puces électroniquesEntre Apple et la Chine, presque 50 ans d’une relation complexe, marquée par la dépendance industrielle, les enjeux commerciaux et les tensions géopolitiquesL’accumulation de ces facteurs, des deux côtés du Pacifique, alimente les inquiétudes. Le magazine The Atlantic résume ainsi l’enjeu: "Si la Chine finit par surpasser les États-Unis en tant que première superpuissance scientifique mondiale, il n'y aura pas d'annonce officielle. Il n'y aura pas non plus forcément de démonstration spectaculaire, d'explosion dans le désert, de signal satellite, ni d'alunissage". Et finalement, "ce sera un moment discret", conclut le magazine. Un "moment discret" dont le retentissement résonnera pour des décennies et plus...Les plus lus"On demande une baisse à la pompe": opération escargot des camions et autocars sur le périphérique parisien ce lundi"Une catastrophe": pourquoi les enseignants sont-ils appelés à la grève ce mardi?"La même situation" qu'à Crans-Montana: un employé met en cause des bougies incandescentes après l'incendie d'une discothèque en AllemagneDonald Trump affirme que l'armée construit un complexe militaire sous la future salle de bal de la Maison BlancheColombie-France: "Leur équipe B peut atteindre sans problème les demi-finales", la planète foot choquée par le vivier des Bleus à deux mois de la Coupe du monde 2026
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