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📅 31/03/2026 à 05:35
Pétrole : après un mois de conflit, une production en chute libre
Géopolitique
Pétrole : après un mois de conflit, une production en chute libre Par Marie de Vergès Publié aujourd’hui à 05h35 Temps de Lecture 1 min. Article réservé aux abonnés DécryptageUn quart du commerce mondial d’or noir par voie maritime a transité par le détroit d’Ormuz en 2025. Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, faute de pouvoir exporter, les pays pétroliers du Golfe ont réduit leur production de 25 % à 80 %, selon les cas. Des pertes qui se chiffrent en millions de barils de pétrole et en milliards de mètres cubes de gaz. C’est la conséquence la plus immédiate de la guerre au Moyen-Orient, plaque tournante mondiale de la production et du transport d’hydrocarbures. Soit « la plus grande menace pour la sécurité énergétique mondiale de toute l’histoire », selon les mots du directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie, Fatih Birol. Un quart du commerce mondial de pétrole par voie maritime et un cinquième pour le gaz naturel liquéfié (GNL) transitaient par le détroit d’Ormuz en 2025. Un mois après son déclenchement, le 28 février, le conflit prive chaque jour les marchés de quelque 11 millions de barils, de brut et de produits pétroliers – soit plus de 10 % de la consommation mondiale –, et d’environ 300 millions de mètres cubes de GNL. Ces chiffres risquent encore de gonfler alors que les monarchies pétrolières et gazières du Golfe continuent de réduire leur production. Une exception : l’Iran, qui, singulièrement, parvient à expédier son pétrole presque normalement. Les exportations à partir du golfe Arabo-Persique ont chuté de 99 % en mars Le golfe Arabo-Persique est l’un des cœurs énergétiques de la planète, exportant traditionnellement la quasi-totalité de sa production via le détroit d’Ormuz. Or seule une poignée de tankers pétroliers est parvenue à franchir ce goulet maritime depuis l’ouverture des hostilités, le 28 février. Le trafic des méthaniers – ces navires transportant le GNL dans d’immenses cuves réfrigérées – est, lui, complètement à l’arrêt. Les voies de contournement se résument à deux pipelines, en Arabie saoudite et aux Emirats arabes unis, permettant de réacheminer une partie de la production d’or noir vers la mer Rouge et le golfe d’Oman. Malgré ces palliatifs, en un mois, les livraisons d’hydrocarbures de la région se sont effondrées : en excluant les cargaisons iraniennes, les exportations à partir du golfe Arabo-Persique, donc du détroit, ont chuté de 99 % en mars par rapport à février, selon les données du cabinet d’analyse Kpler. La production en baisse de 25 % à 80 % selon les pays Faute de navires disponibles pour charger leur production, les pays pétroliers du Golfe s’inquiètent de voir leurs sites de stockage terrestres arriver à saturation. Pris au piège de la guerre opposant l’Iran à Israël et aux Etats-Unis, tous se retrouvent contraints, à des degrés divers, de réduire leur production. Entre le début et la fin du mois de mars, celle-ci a diminué d’environ 25 % en Arabie saoudite, de plus de 60 % au Koweït et même de près de 80 % en Irak, selon les données de Kpler. L’enjeu, pour les pays qui le peuvent encore, est de retarder au maximum le moment où les stocks seront entièrement remplis. Autrement dit de produire peu, mais en continu, afin d’éviter un arrêt aux conséquences très dommageables. Certains puits, une fois fermés, deviennent difficiles à redémarrer, voire sont inutilisables. Des pays inégalement touchés Arabie saoudite Principale puissance pétrolière de la région – elle représente traditionnellement à elle seule 40 % de toute la production pétrolière du Golfe –, l’Arabie saoudite est parvenue à limiter les dégâts notamment grâce à un oléoduc terrestre débouchant sur la mer Rouge, par lequel elle a expédié, en mars, des quantités record de pétrole. Les volumes atteindraient désormais jusqu’à 7 millions de barils par jour, selon les informations de Bloomberg. La pétromonarchie peut aussi se reposer sur ses vastes capacités de stockage, les plus importantes de la région. Selon une étude de la banque américaine J.P. Morgan publiée début mars, ces réserves sont suffisantes pour tenir soixante-cinq jours, si les exportations sont en partie redirigées via le pipeline. Depuis fin février, la production saoudienne a diminué d’environ 25 %. Irak L’industrie pétrolière irakienne est sévèrement ébranlée par le conflit. Les capacités de stockage ont atteint des niveaux critiques et les grandes majors étrangères opérant dans le pays ont été priées de réduire leurs opérations. La production issue des principaux gisements du pays a chuté d’environ 80 % depuis l’ouverture des hostilités. Celle-ci tourne autour de 800 000 à 900 000 barils par jour, contre plus de 4 millions en février. Et, selon des informations de l’agence Reuters, d’autres coupes pourraient encore être annoncées dans les prochains jours. Iran C’est l’un des signes les plus concrets du contrôle que s’est arrogé l’Iran sur le détroit d’Ormuz : tandis que l’offre des pays voisins s’est évaporée, l’activité pétrolière de la République islamique s’est maintenue presque à l’identique depuis le début de la guerre. Le pays a continué d’expédier près de 1,8 million de barils par jour de l’île de Kharg, principal terminal d’exportation du brut iranien. Un volume moins élevé qu’en février – l’Iran multipliait alors les chargements face au conflit qui s’annonçait –, mais en ligne avec les moyennes des mois précédents. Si Téhéran menace d’une attaque de drone ou de missile tout navire « hostile » cherchant à emprunter le détroit, ses propres pétroliers traversent le passage sans encombre pour aller livrer la Chine, sa principale cliente. Un coup d’arrêt au GNL Si quelques tankers pétroliers passent encore par le détroit, les livraisons de GNL sont, elles, complètement à l’arrêt depuis le premier jour de la guerre. La perte d’un méthanier est très « coûteuse », rappelle Ronald Pinto, analyste chez Kpler. Ces navires ont donc « tendance à prendre moins de risques ». Le Qatar, deuxième producteur de GNL au monde, a suspendu sa production dès le 3 mars, après une frappe de drone iranienne sur le complexe de Ras Laffan, qui héberge la plus grande usine de liquéfaction au monde – soit une capacité de 77 millions de tonnes, ou environ 105 milliards de mètres cubes, par an –, désormais immobilisée. Et sans doute pour un long moment, alors que de nouvelles attaques, le 18 mars, ont infligé des dégâts importants à ses installations. Les Emirats arabes unis ont aussi ralenti à l’extrême le fonctionnement de leur unique usine de production de GNL, d’une capacité de 5,8 millions de tonnes par an (environ 8 milliards de mètres cubes). Située sur la petite île de Das, au large d’Abou Dhabi, celle-ci n’aurait pas encore été totalement arrêtée afin de permettre un redémarrage rapide dès la réouverture du détroit. Le retour à la normale s’annonce chaotique S’il a suffi de quelques jours pour paralyser le trafic des navires-citernes, des raffineries et des usines de gaz du golfe Arabo-Persique, il pourrait falloir des mois, peut-être même des années, avant de rétablir la production et les flux. Il vous reste 39.24% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
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