● Courrier International
📅 30/03/2026 à 18:00
Au Moyen-Orient, la crainte d’une “pax israeliana”
Géopolitique
Des soldats israéliens, près de la frontière avec le Liban, le 30 mars 2026. Photo Shir Torem / REUTERS De plus en plus, Israël est considéré comme “une source majeure d’instabilité au Moyen-Orient”, écrit Hussein Ibish, analyste libano-américain dans une tribune au quotidien israélien Ha’Aretz. Cette “guerre hautement déstabilisatrice” contre l’Iran s’ajoute, selon lui, à la longue liste des autres interventions, de la “guerre génocidaire à Gaza”, à l’“annexion rampante de la Cisjordanie”, en passant par le “grignotage territorial en Syrie” et des opérations militaires à répétition au Liban. À lire aussi : Moyen-Orient. L’opinion israélienne adhère au “discours de guerre sainte” contre l’Iran Jadis, l’ancien Premier ministre Shimon Peres proposait un “nouveau Moyen-Orient” qui reposerait sur une “solution acceptable à la question palestinienne” ainsi que sur une complémentarité économique entre Israël et les pays arabes, rappelle le site Middle East Online. Mais avec Benyamin Nétanyahou, le “nouveau Moyen-Orient” semble reposer uniquement sur la domination militaire unilatérale. La Turquie, prochain pays sur la liste ? Depuis la guerre à Gaza, Israël s’est, en effet, imposé comme “la puissance hégémonique incontestable” au Moyen-Orient, écrivait début mars le quotidien américain The Washington Post. Non sans que cela ne suscite des craintes. “Ses voisins se demandent – et s’inquiètent – de savoir ce qu’il va faire de sa puissance.” C’est le cas notamment de la Turquie, poids lourd régional, souligne David Hearst, fondateur et rédacteur en chef du site Middle East Eye, selon lequel la guerre actuelle risque de ne pas s’arrêter à l’Iran. Une fois les objectifs atteints, Benyamin Nétanyahou n’hésitera pas, dit-il, à désigner son “prochain Amalek”, une référence biblique qui désigne l’ennemi d’Israël qui resurgit à chaque génération et que le Premier ministre israélien emploie pour justifier l’anéantissement de la bande de Gaza. À lire aussi : Opinion. Les multiples guerres de Nétanyahou, le Vietnam d’Israël ? Dans les pays du Golfe, cette montée en puissance d’Israël est pourtant observée de manière mitigée, explique Hussein Ibish. Car ni l’éventuel affaiblissement de l’Iran ni celui de la Turquie ne sont de nature à leur déplaire. “Ayez confiance dans la coopération avec Israël !” Les Émirats arabes unis surtout ne renient en rien leur rapprochement avec l’État hébreu. Pour l’ancien ministre des Affaires étrangères émirati Anwar Gargash, Israël est “perçu comme une menace dans le contexte du Levant [région incluant le Liban, la Palestine, la Syrie et la Jordanie]”. Mais, a-t-il expliqué devant le Council on Foreign Relations, un think tank américain, “je ne pense pas que cela [soit] le cas” dans le Golfe. Selon lui, les pays du Golfe seront même amenés à “renforcer le rôle d’Israël” compte tenu de l’agressivité de l’Iran à leur égard. À lire aussi : Verbatim. Tsahal face au risque d’“effondrement interne” Même son de cloche chez son compatriote Dhahi Khalfan, numéro deux de la sécurité intérieure de Dubaï, qui s’est fendu d’un message sur le réseau social X, rapporte le site émirati Khaberni : “Ayez confiance dans la coopération avec Israël !” Selon lui, c’est la seule perspective qui s’offre aux pays du Golfe. “Les guerres finiront par user Israël” Mais c’est paradoxalement parmi certains commentateurs très anti-israéliens qu’une tout autre analyse commence à émerger. Ainsi l’ancien présentateur vedette de la chaîne qatarie Al-Jazeera, Faisal Al-Kasim, estime dans le journal qatari Al-Araby Al-Jadid que “la domination [militaire] est un projet coûteux, qui peut se transformer en guerre d’usure pour Israël, compte tenu notamment de sa faiblesse démographique”. Un “contrôle total n’est pas un projet réaliste au Moyen-Orient”, abonde également le quotidien saoudien Okaz, selon lequel tout pays qui a cru être “capable de soumettre la région par la force découvre, tôt ou tard, que le feu qu’il a allumé le dépasse” et anéantit ses calculs initiaux. La région est trop vaste, et trop complexe, pour que l’on puisse gouverner par “la seule logique des armes”. Philippe Mischkowsky Moyen-Orient Guerre en Iran Benyamin Nétanyahou Sur le même sujet Tensions. Incursion terrestre, bombardements : Israël marque son territoire dans le sud de la Syrie Polémique. L’ambassadeur américain en Israël valide l’idée d’un “Grand Israël” du Nil à l’Euphrate Opinion. Guerre en Iran : le jusqu’au-boutisme des belligérants rend l’escalade inévitable Guerre. Au Liban sud, Israël “grignote” du terrain face au Hezbollah pour créer sa “zone tampon” Nos services HORS-SÉRIE Comment les Russes vivent-ils aujourd’hui ? Quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, c’est une plongée rare dans ce pays de plus en plus fermé que nous vous proposons dans notre nouveau hors série, en vente à partir du 18 mars. Politique, économie, société, culture : dans la Russie de Vladimir Poutine, la guerre laisse partout son empreinte. Un numéro presque entièrement réalisé à partir de sources russes, la plupart en exil, qui dresse un portrait réaliste de la société russe. Je découvre → Slow Autriche [Contenu partenaire] Le Bregenzerwald : escapade estivale entre nature, culture et architecture durable Je découvre l’article → Cinéma - invitation Tentez de remporter une invitation pour le film « Derrière les Palmiers » de Meryem Benm’Barek. Je reçois mon invitation → La Croix-Rouge française [Contenu partenaire] Droit international humanitaire : protéger l’humain quand tout vacille. Je découvre l’article →
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