● Courrier International 📅 30/03/2026 à 18:22

Même les étudiants en cinéma n’arrivent plus à regarder un film jusqu’au bout

Géopolitique
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Photogramme tiré de Jeanne Dielman, 23 quai du Commerde, 1080 Bruxelles, de Chantal Akerman, avec Delphine Seyrig, en 1975. COLLECTION CHRISTOPHEL © Paradise Films Photo PARADISE FILMS - UNITE TROIS / Collection ChristopheL/AFP [Cet article a été publié le 1 février et republié le 30 mars 2026] “Tout le monde sait qu’il est difficile de faire lire les étudiants”, constate The Atlantic, “mais la crise de la concentration ne se limite pas à l’écrit : les professeurs constatent désormais qu’ils n’arrivent même plus à faire regarder des films à leurs étudiants en cinéma.” À partir d’une vingtaine de témoignages, la journaliste Rose Horowitch révèle ce phénomène qui s’est selon elle accentué depuis la pandémie. Même si quelques professeurs lui ont “confié n’avoir constaté aucun changement”, la plupart ont le sentiment inverse et vont, pour certains, jusqu’à comparer leurs étudiants “à des fumeurs en manque”. Elle cite d’abord l’exemple d’un professeur qui, malgré l’interdiction d’utiliser des appareils électroniques pendant les projections, observe que la moitié de ses étudiants “finissent par jeter des coups d’œil furtifs à leur téléphone”. À lire aussi : Culture. Je n’arrive plus à lire, est-ce grave, docteur ? Dans la mesure où de nombreux étudiants “refusent catégoriquement l’idée de projections en présentiel”, plusieurs professeurs “les autorisent désormais à visionner des films en streaming”. Mais le font-ils ? Le mensuel américain cite l’exemple de l’Université de l’Indiana, où les enseignants peuvent vérifier si les élèves regardent les films sur la plateforme de streaming interne du campus. Résultat : en moyenne, moins de 50 % lancent le film et seulement 20 % le regardent jusqu’au bout. “Rééduquer la perception” À l’Université du Wisconsin à Madison, un professeur a demandé à ses élèves, avec des questions à choix multiples, ce qui se passait à la fin du film de François Truffaut Jules et Jim. Plus de la moitié de la classe s’est trompée, affirmant par exemple que “les personnages se cachent des nazis (alors que le film se déroule avant la première guerre mondiale) ” ou qu’“ils boivent des coups avec Ernest Hemingway (qui n’apparaît pas dans le film) ”. C’est la première fois en vingt ans, admet le professeur, que les résultats à cet examen sont aussi mauvais, l’obligeant à “ajuster ses notes”. Pour autant, souligne la journaliste, la plupart de ses interlocuteurs “n’ont pas blâmé les étudiants” mais plutôt “l’évolution de nos habitudes médiatiques”. Les jeunes adultes n’ont en effet “aucun souvenir d’un monde sans défilement infini” et ils ont passé durant leur adolescence en moyenne “cinq heures par jour sur les réseaux sociaux […], à enchaîner les vidéos courtes”. Une analyse de “l’attention des utilisateurs d’ordinateurs” révèle qu’ils changent désormais d’onglet ou d’application toutes les 47 secondes, contre une fois toutes les deux minutes et demie en 2004. Netflix, bien conscient de ce problème, “conseille à ses réalisateurs de faire répéter l’intrigue trois ou quatre fois aux personnages afin que les spectateurs multitâches puissent suivre l’histoire”, expliquait récemment Matt Damon au podcasteur Joe Rogan. Courrier international Universités Santé mentale Réseaux sociaux Smartphones Nos lecteurs ont lu aussi Politique. Rima Hassan interdite d’entrer au Canada : “Il s’agit bel et bien d’un geste de censure” Témoignage. “En Espagne, nous avons l’impression d’avoir déménagé dans le futur” Vu d'Allemagne. Voyager aux États-Unis : ces nouvelles règles qui pourraient pousser des salariés à refuser des missions Analyse. Au Moyen-Orient, la crainte d’une “pax israeliana” Nos services HORS-SÉRIE Comment les Russes vivent-ils aujourd’hui ? Quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, c’est une plongée rare dans ce pays de plus en plus fermé que nous vous proposons dans notre nouveau hors série, en vente à partir du 18 mars. Politique, économie, société, culture : dans la Russie de Vladimir Poutine, la guerre laisse partout son empreinte. Un numéro presque entièrement réalisé à partir de sources russes, la plupart en exil, qui dresse un portrait réaliste de la société russe. Je découvre → Slow Autriche [Contenu partenaire] Le Bregenzerwald : escapade estivale entre nature, culture et architecture durable Je découvre l’article → Cinéma - invitation Tentez de remporter une invitation pour le film « Derrière les Palmiers » de Meryem Benm’Barek. Je reçois mon invitation → La Croix-Rouge française [Contenu partenaire] Droit international humanitaire : protéger l’humain quand tout vacille. Je découvre l’article →
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