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La CNC écarte la streameuse Ultia d’une de ses commissions après une polémique née sur X

Cybersécurité 👤 Mathilde Saliou
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La CNC écarte la streameuse Ultia d’une de ses commissions après une polémique née sur X Flux de conscience Illustration : Flock Mathilde Saliou Le 30 mars à 16h40 Après avoir détaillé sur Twitch le positionnement qu’elle comptait prendre au sein de la commission CNC Talent, la streameuse Ultia s’est vue suspendue du jury dédié à allouer des financements à divers projets numériques. Ses propos ont notamment gagné en viralité sous l’effet de comptes d’extrême-droite. Une erreur ? L’affaire a commencé sur Twitch, où la streameuse Ultia (291 000 followers, l’une des plus suivies de France) tient ses quartiers depuis près de dix ans. Le 25 mars, elle explique être intégrée au dispositif CNC Talent du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC), pour deux ans. Concrètement, elle est membre du jury d’un « fonds d’aide monétaire aux créateurs de contenus web », explique-t-elle dans son stream, avant de détailler l’intérêt d’y postuler pour celles et ceux qui souhaiteraient l’obtenir. En ligne, le CNC détaille que l’objet de ce dispositif est d’« identifier les nouveaux talents » sur diverses plateformes sociales (YouTube, Instagram, TikTok, Twitch), pour « favoriser le renouvellement de la création et des formats » qui y sont déployés. Créé en 2017, refondu en début d’année et nommé « Fonds d’aide à la création pour les plateformes sociales », il est doté de 3 millions d’euros par an, tirés du budget général du CNC, rappelle le Figaro. Dans son stream, Ultia détaille le processus concret d’attribution des projets, qui passe par l’analyse d’une quarantaine de dossiers par la dizaine de membre composant le jury. Elle s’attarde ensuite sur ce que ça lui apporte à elle, à commencer par la recherche des formulations et justifications précises permettant d’étayer son jugement des divers dossiers. Alors qu’elle détaille le positionnement qu’elle compte prendre, et notamment son refus de soutenir des projets portés par des créateurs d’extrême-droite, le stream est « clippé » (c’est-à-dire qu’un court passage en est extrait), publié sur X par le compte @TwitchGauchiste, puis rendu viral par d’autres comptes très en vue, notamment de figures de l’extrême-droite. Rapidement, le CNC annonce suspendre la streameuse. Si la polémique n’est pas la première à toucher l’institution publique, elle illustre aussi certains effets du clipping. Outre donner de la visibilité à certains vidéastes, cette logique d’extraction de quelques images rarement contextualisées en prive d’autres d’une partie de leurs revenus, voire se traduit par des vagues de harcèlement. Clipping par @TwitchGauchiste Discutant avec son public, Ultia détaillait le 25 mars certains enjeux de la participation au jury du CNC. Alors que des internautes rappellent les accusations de conflit d’intérêt qui ont concerné le youtubeur Cyprien en 2018, alors que lui-même siégeait dans une commission de la CNC, Ultia indique que les membres du jury doivent sortir de la salle au moment des délibérations si le projet étudié les concernent directement. Comme les candidatures ne sont pas anonymisées, la streameuse déclare « évident » qu’elle se prononcera en faveur de celles portés par des personnes dont elle connaît et apprécie le travail : « C’est évident que c’est subjectif, c’est pas pour rien qu’on est une bonne dizaine, on est là pour se contredire. » En parallèle, elle explique faire des « background check » des candidats pour éviter de voter pour des créateurs inclus « dans des trucs chelous » ou « dans des scandales ». Et déclare que, si le projet est « proposé délibérément par quelqu’un d’extrême-droite, désolé, ben non, en fait ! ». Ce sont ces éléments, cités dans le désordre par le compte @TwitchGauchiste (32 000 abonnés), qui ont provoqué l’émoi sur X dès le 26 mars au matin. Actif depuis novembre 2024, le compte anonyme se présente comme un « média » d’analyse du « discours d’extrême gauche ». Auprès de Streetpress comme directement sur leurs canaux de communication, plusieurs créatrices et créateurs de contenu se sont plaints ces derniers mois des campagnes de cyberharcèlement qui avaient découlé de publications ainsi raccourcies du compte X. En l’occurrence, l’extrait gagne rapidement en viralité, notamment poussé par des comptes beaucoup plus populaires, dont ceux des influenceurs d’extrême-droite Le Raptor (188 000 abonnés sur X) ou Sardoche (610 000 abonnés sur X). De même, le youtubeur identitaire Kroc Blanc (48 000 abonnés sur YouTube) s’attaque à la streameuse depuis sa plateforme favorite. À 15 h, le jour même, le CNC publie un message selon lequel les propos d’Ultia « contreviennent manifestement à l’obligation de neutralité, d’indépendance et d’impartialité qui s’impose à tous les membres des commissions appelées à formuler un avis sur l’attribution des soutiens financiers du CNC ». La streameuse est suspendue. Le clipping comme vecteur de cyberviolence Le soir même, dans un nouveau stream, Ultia exprime son « choc » devant cette décision. Elle explique avoir voulu discuter avant tout « autour de l’objectivité et la subjectivité plutôt qu’(…) autour du CNC », ne pas avoir eu connaissance du « devoir de réserve » que lui imposait sa nouvelle fonction, et regretter l’usage du terme « extrême-droite » : « J’aurais dû dire si c’est quelque chose de raciste, de sexiste, de misogyne, d’homophobe. Peut-être que j’ai fait l’amalgame ». Elle aussi membre d’une commission du CNC, sa collègue Modiie souligne sur X « la nécessité de suivre [le] règlement » de l’institution , mais s’est « alarmée » du fait « qu’un post X puisse faire pression ainsi sur une commission ». La polémique se fait par ailleurs sur fond de problématiques liées au clipping, cette pratique consistant à enregistrer des extraits courts de contenus vidéos (souvent des streams, parfois des émissions TV ou autre contenus filmés) pour les faire circuler sur les réseaux sociaux en espérant jouer des mécaniques de viralité. Si certaines créatrices et créateurs poussent leurs abonnés à s’y adonner pour augmenter leur visibilité sur des plateformes extérieures à celle qu’ils investissent habituellement, d’autre s’y opposent ouvertement. En effet, lorsqu’ils les monétisent, les propriétaires de comptes de clipping tirent profit du contenu qu’ils ont copié et extrait de la production d’autres personnes. Cette pratique est par ailleurs régulièrement critiquée pour sa propension à provoquer des cycles de violence numérique : en isolant un moment fort ou clivant d’une vidéo longue pour en faire un extrait choc, ils cherchent très clairement à jouer de la viralité permise par les algorithmes des principaux réseaux sociaux, mais aussi par le jeu sur les émotions du public. Maghla, une autre des streameuses les plus suivies de France, ou Chloé Gervais, co-animatrice du podcast « Hot Girls Only » et compagne du vidéaste Squeezie, se sont toutes deux plaintes de ces vagues de violence – la seconde a porté plainte contre un compte X. Il y a quatorze mois, à la barre du procès de plusieurs cyberharceleurs, Ultia se déclarait « fatiguée » des attaques qu’elle subissait en ligne depuis plus de trois ans. Si le cas évoqué au tribunal émanait d’autres communautés numériques, la streameuse soulignait que ce type de comportement lui avait fait manquer à plusieurs reprises des opportunités professionnelles. Cet article est en accès libre, mais il est le produit d'une rédaction qui ne travaille que pour ses lecteurs, sur un média sans pub et sans tracker. Soutenez le journalisme tech de qualité en vous abonnant. Accédez en illimité aux articles d'un média expert Profitez d'au moins 1 To de stockage pour vos sauvegardes Intégrez la communauté et prenez part aux débats Partagez des articles premium à vos contacts Abonnez-vous Liam Aujourd'hui à 16h48 Message 1 Signaler Bloquer cet utilisateur Comme le faisait remarquer Fred du JDG dimanche, Ultia a juste dit tout haut ce que tout le monde savait déjà mais qu'il fallait pas dire an public. Son erreur, c'est d'avoir été trop honnête car pour le reste, y a pas vraiment de surprise pour qui que ce soit. C'est un petit milieu avec une forte endogamie, le copinage était prévisible, de même que l'uniformisation politique. Mais c'est clair qu'à partir du moment où c'est fait avec de l'argent public, ça devient forcément touchy. Aqua Premium Aujourd'hui à 16h50 Message 2 Signaler Bloquer cet utilisateur Dans un monde normal, le CNC, au vu de sa bourde ferait marche arrière, ignorant le shitstorm (une authentique tempête dans une verre d'eau) des fachos. Qu'en sera-t-il ce coup-ci ? NeoET Aujourd'hui à 16h53 Voir les réponses Message 3 Aller au commentaire enfant Signaler Bloquer cet utilisateur Dommage que dans l'article vous n'avez pas cité aussi la phrase complète de la streameuse :«Si demain, Rivenzi (un streamer proche d’Ultia) poste un projet pour le CNC, c’est évident que je vais être en mode : “Ben ouais mec, prends ta thune du CNC et fais ton projet !” Je te soutiens !»Perso, c'est plus cette phrase qui m'a fait ticker. Aqua Premium Aujourd'hui à 16h58 En réponse à Message 3.1 Signaler Bloquer cet utilisateur «Si demain, Rivenzi (un streamer proche d’Ultia) poste un projet pour le CNC, c’est évident que je vais être en mode : “Ben ouais mec, prends ta thune du CNC et fais ton projet !” Je te soutiens !»Pour le coup, cette phrase va faire ticker, toi et moi, mais vu l'entrisme dans le monde des médias et des cultures (diverses et variées) ça me parait au contraire complètement raccord avec ce monde là. Copinnage & co. Signaler un commentaire Voulez-vous vraiment signaler ce commentaire ? Non Oui Clipping par @TwitchGauchiste Le clipping comme vecteur de cyberviolence Commentaires 4
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