● Journal du Net
📅 30/03/2026 à 15:31
L'IA va-t-elle vraiment tuer le SaaS ? Les investisseurs répondent
Cybersécurité
👤 Raphael Hazan
Trois membres de fonds de capital-risque reviennent sur ce sujet brûlant. Si le logiciel est chahuté par l'IA, il semble encore loin de rendre les armes. "L'IA va dévorer le SaaS". Nous vous en parlions dès octobre 2025 et désormais, dans le petit monde du capital-risque, la formule revient avec insistance et annonce un possible basculement de paradigme : le logiciel, le chouchou des investisseurs, notamment pendant la période euphorique post-Covid, pourrait trébucher de son piédestal et abandonner sa couronne au profit de l'intelligence artificielle et de ses miracles. Certains vont même jusqu’à prédire sa disparition. Les premiers signes de fébrilité ne passent d’ailleurs pas inaperçus : des porte-drapeaux du secteur comme Salesforce ou SAP ont connu des turbulences en Bourse en ce début d'année. Un nouveau terme a même émergé pour qualifier cette bascule : le SaaSpocalypse. Baisse de la part des investissements dans le SaaS Pour vérifier l’ampleur du phénomène, nous avons interrogé des acteurs du capital-risque, puisqu'après tout, ce sont eux qui contribuent en partie à façonner la valeur d’une classe d’actifs. Premier constat : la part de leurs investissements dans le logiciel a diminué ces derniers mois. "Nous avons élargi notre stratégie d’investissement, en nous concentrant désormais aussi sur l’IA et la transition énergétique. Ce sont des entreprises d’infrastructure, donc la part de nos investissements dans le SaaS a naturellement baissé", explique Sébastien Le Roy, partner chez Serena. "Sur la partie venture, notre exposition au SaaS a diminué, mais cela reflète surtout la diversification de notre modèle avec l’émergence de nouveaux secteurs", ajoute Julien-David Nitlech, managing partner chez Iris. Des propos suffisants pour étayer la théorie de la mort annoncée du SaaS ? Certainement pas, selon nos interlocuteurs, qui coupent court au débat. "Je suis peut-être à contre-courant mais je n'imagine à aucun moment la mort du SaaS. Plus que jamais, les entreprises auront besoin d'un logiciel pour traiter les données de manière automatisée", assure Julien-David Nitlech. Même constat du côté d'Armelle de Tinguy, managing partner chez 115K : "Le SaaS est certes secoué, mais il a encore un avenir devant lui". Peu de recul sur les performances financières de l’IA Si certaines entreprises d’IA ont enregistré des croissances et des valorisations spectaculaires, à l’image de Lovable, devenue licorne en seulement huit mois, ces succès méritent d’être nuancés. "Ces boîtes connaissent une croissance impressionnante, mais jusqu’où leur chiffre d’affaires est-il réellement solide ?", s’interroge Sébastien Le Roy. "Il y a six mois, tout le monde parlait de Cursor. Aujourd’hui, c’est Claude Code qui fait le buzz. Le vent peut vite tourner", remarque Julien-David Nitlech. "Le SaaS montrait déjà quelques signes de fatigue avant l’arrivée de l’IA, avec une baisse des valorisations et des DSI qui cherchaient à rationaliser leurs outils. L’intelligence artificielle est un peu le coupable idéal", ajoute Armelle de Tinguy. Mais tout de même. Comme le constate notre experte, "l’IA impacte le cœur historique du SaaS, dont l’objectif initial était d’automatiser des tâches avec des outils pour gagner en productivité". Forcément, les répercussions sur la grande famille du logiciel sont inévitables. "Les investisseurs se montrent désormais plus exigeants avec les start-up du SaaS. On évalue comment elles peuvent se défendre face à l’intelligence artificielle". Le rempart de la donnée client A ce jeu-là, il semblerait que toutes les entreprises du logiciel ne puissent pas résister de la même manière à la menace IA. "Il faut bien distinguer ce qui relève du contexte de ce qui est structurel et se demander quelle est la position d’une entreprise SaaS dans la chaîne de valeur. Les CRM et ERP, qui ont accumulé les données de leurs clients pendant des années, restent indélogeables. En revanche, celles qui se contentent de réaliser des actions pour le compte de leurs clients risquent d’être remises en cause", prévient Sébastien Le Roy. "Les SaaS qui détiennent des données clients sont assis sur une véritable mine d’or. Les agents IA ont besoin d’eux pour exister. Ils s’y connectent et renforcent ainsi leur valeur", complète Armelle de Tinguy. Outre les logiciels qui ont accumulé les données de leurs clients, quels autres SaaS peuvent se sentir à l’abri ? "Tous ceux qui ont développé une expertise sectorielle et réglementaire", répond Armelle de Tinguy. "Il y a aussi ceux qui offrent un véritable accompagnement opérationnel et technologique avec leur produit : c’est là que réside la vraie valeur. Enfin, les SaaS qui se sont suffisamment imposés pour devenir un standard au sein de leur écosystème sont également protégés". Pour finir, il convient de souligner un paradoxe : l’IA peut être perçue comme une menace pour le SaaS mais elle favorise également sa prolifération, en permettant de développer des logiciels avec moins de moyens humains et financiers. "Aujourd’hui, tout le monde peut créer un SaaS facilement. Je vois de plus en plus de start-up générer des chiffres d’affaires et des ARR très prometteurs, alors même qu’elles n’ont pas encore commencé à recruter. A qui doit-on donner de l’argent, et pourquoi ?", se demande Julien-David Nitlech, avant de résumer la situation : "L’IA ne tue pas le logiciel, elle le transforme. La valorisation des actifs financiers des SaaS devient plus complexe, et le logiciel tel qu’on l’a connu est destiné à évoluer. On devrait observer une phase de consolidation dans cinq ou dix ans. Comme toujours, les plus performants resteront, les autres disparaitront". Le SaaS est mort. Vive le SaaS ?
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