● Courrier International
📅 30/03/2026 à 12:07
Kiss Facility, une poésie arabe magnétique et rebelle
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La chanteuse émirato-égyptienne Mayah Alkhateri et le producteur irlando-chilien Salvador Navarrete (Sega Bodega) forment Kiss Facility. Leur premier album, “Khazna”, les révèle comme l’un des duos les plus avant-gardistes de la musique en arabe, salue “Dazed Middle East”, à l’unisson de la presse spécialisée. Photo Alessia Gunawan Musique. Kiss Facility, une poésie arabe magnétique et rebelle 30 mars 2026 Une voix cristalline et magnétique, des mélodies planantes et brumeuses et des paroles qui puisent leur force dans l’intensité de la poésie arabe : le premier album de Kiss Facility les révèle comme l’un des duos les plus avant-gardistes de la musique en arabe, salue Dazed Middle East. Khazna (“trésor” en arabe) se situe aux confins de multiples influences, à l’image de sa chanteuse émirato-égyptienne Mayah Alkhateri et du producteur irlando-chilien Salvador Navarrete, déjà très connu sur la scène alternative et électro sous le pseudonyme de Sega Bodega. “Alkhateri et Navarrete viennent bousculer les codes du genre, ils brouillent les frontières jusqu’à ne faire perdurer qu’une sensation envoûtante et étrangement lumineuse. Le résultat est merveilleux”, applaudit la version arabe du magazine culturel britannique, très élogieuse. Avec ce disque sorti à la fin de février, “le duo immerge les auditeurs dans une chambre acoustique”. Une chambre où ondoient désir, amour, luxure et mystères. Les deux artistes, en couple dans la vie, se sont rencontrés il y a trois ans à Paris, où ils résident. Et ont minutieusement créé un projet vulnérable et intimiste, fusionnant leurs univers. “La voix mythiqueet incantatoirede Mayah Alkhateriest imprégnéede poésie arabe,agrémentée d’une pointede shoegaze, d’IDM,de rock indé et de touchesde musique minimale,qui provient de la sensibilitéélectronique avant-gardistede Salvador Navarrete.” Dazed Middle East, version arabe du magazine culturel britannique Dazed La chanteuse émirato-égyptienne Mayah Alkhateri et le producteur irlando-chilien Salvador Navarrete, plus connu sous le pseudonyme de Sega Bodega, sortent leur premier album. Photo Alessia Gunawan Le duo s’amuse à déjouer les codes, à tordre les sons et les genres, à commencer par le shoegaze. Leur projet a attiré l’attention du site spécialisé américain Pitchfork, ébloui par la manière dont Kiss Facility dépasse les contraintes de ce sous-genre du rock très planant et onirique pour le réinventer. “D’une certaine manière, qualifier cet album de ‘shoegaze’ revient à le rattacher inutilement au passé. Il s’agit en réalité d’une interprétation époustouflante de ce genre par la génération Y, parsemée d’influences électroniques et rock accumulées au cours des vingt dernières années et généreusement transposées dans une forme inédite.” Kiss Facility “vous donne l’impression de pénétrer dans un bar gothique aux tons rouges”. Une atmosphère ésotérique domine en effet l’abum, notamment dans les paroles des chansons. “Je détesteles contraintes,comme l’idéeque l’on doit chanter[d’une certaine manière]… L’album recèlede sens cachésque je ne peux pasexprimer explicitement.” Mayah Alkhateri à Dazed Middle East Le duo se démarque aussi d’une vague de musiques entremêlant influences occidentales et arabes, relève Dazed Middle East. “Cet espace entre d’un côté l’écriture arabe instinctive de Mayah Alkhateri et son penchant pour les mélodies hypnotiques et de l’autre la production électronique foisonnante de Salvador Navarrete constitue l’énergie motrice de l’album. Il ne s’agit ni de musique arabe filtrée par une production occidentale ni d’expérimentation occidentale agrémentée de voix arabes.” Kiss Facility sur la scène du festival des Inrocks au CentQuatre à Paris, le 8 mars 2025. Photo ANTOINE JAUSSAUD/Hans Lucas/AFP Pitchfork cite quelques-unes de leurs influences : Slowdive, The Radio Dept, et l’icône de la chanson celtique Enya. “Des artistes qui vous tirent des larmes d’une sincérité viscérale, même lorsque les paroles restent impénétrables." Ce qui est particulièrement vrai dans le cas de Kiss Facility pour les mélomanes non arabophones. Car pour les arabophones, ses paroles reflètent avant tout une grande tradition poétique tournée vers le sentiment amoureux et qui prend ici une autre dimension grâce au phrasé et au rythme particulier qu’adopte la chanteuse. Kiss Facility sur scène à Copenhague le 8 mai 2024. Photo Erling Brodersen/ZUMA Press/Reuters De temps en temps, sa voix émerge semble comme émerger de la brume pour se faire plus puissante que les mélodies, note Dazed Middle East. Le morceau Absent From My Eyes fait une référence à un couplet du poète égyptien Mahmoud Mohamed Shaker proclamant : “L’œil voit ce qu’il aime et acte la perte en un seul battement de cils.” D’autres prestigieux poètes sont convoqués comme le Palestinien Mahmoud Darwich. L’album est aussi parsemé de paroles plus légères et espiègles, clin d’œil à l’attitude malicieuse des grandes divas de la pop arabe des années 2000, comme l’Égyptienne Sherine ou la Libanaise Haifa Wehbe, notamment sur le morceau Kotshena, “l’un des climax les plus électrisants de l’album” avec le titre Flesh Mix, qui explore le désir charnel. Le duo s’est rencontré à Paris, où il réside. Photo Alessia Gunawan Fiévreuses et d’une grande liberté, les chansons laissent l’auditeur rêveur. Et Dazed Middle East de conclure : “La démarche de Kiss Facility est une rébellion contre la pureté, contre l’idée qu’une artiste arabe doit chanter dans un seul dialecte, sur un seul registre, ou que la musique arabe ‘alternative’ doit être uniforme.”— Oumeïma Nechi À lire aussi : Musique. Nadah El-Shazly, l’envoûtante Égyptienne qui renouvelle la tradition À lire aussi : Culture. De Rosalía à Angèle, (La)Horde “réinvente les règles de la danse” À lire aussi : Musique. Hemlocke Springs, une pop comme “remède à l’ennui”
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