● BFM Tech 📅 30/03/2026 à 12:47

"Les créateurs sont le nouveau prime time": le patron de Youtube défend son modèle face aux offensives de Netflix et aux pressions des régulateurs

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Avec deux milliards d’utilisateurs quotidiens, Youtube s'est imposée comme la première plateforme audiovisuelle mondiale. Mais la concurrence accrue des plateformes de streaming, la pression des régulateurs et l’irruption de l’intelligence artificielle rebattent les cartes.2 milliards d'utilisateurs quotidiens, 90% des utilisateurs américains présents sur la plateforme, plus d’un milliard d’heures de vidéos regardées chaque jour... Les chiffres de Youtube donnent le tournis.Il faut dire que depuis quelques années, la plateforme ne se contente plus d'héberger des vidéos. Podcasts filmés, vidéos ultra produites, directs, Shorts viraux... tous les formats convergent dans un écosystème où les créateurs dictent la culture et les tendances, et où chaque clic, chaque minute passée, compte."Youtube est la nouvelle télévision parce que les créateurs sont le nouveau prime time", résume ainsi Neal Mohan, le PDG de la plateforme, dans une longue interview accordée au New York Times. "Nous sommes le leader du streaming. Nous sommes une plateforme de podcasts incroyablement importante."Remise en cause du modèle traditionnelLa progression est indéniable. En 20 ans, la plateforme a su s'imposer dans les usages et bousculer le monde de l'audiovisuel en misant sur une règle simple, l’authenticité. "Les spectateurs détectent immédiatement si quelque chose est réellement authentique", insiste le PDG. Une clé essentielle pour émerger dans un écosystème où la concurrence entre créateurs est devenue mondiale.Pour Neal Mohan, Youtube reflète également la diversité des attentes du public. Contenus éducatifs, divertissement, productions plus ambitieuses: tout coexiste. Et surtout, chacun peut tenter sa chance, sans passer par les filtres traditionnels de l’industrie."On y trouve tous les types de créateurs et tous les genres, car c'est le reflet de l'humanité. (...) Contrairement aux médias traditionnels qui diraient 'Non, je ne pense pas que votre idée soit bonne' ou 'C'est de mauvaise qualité', qui sommes-nous pour juger?", questionne le PDG.Une stratégie gagnante, donc, qui permet même à Youtube de marcher sur les platebandes des chaînes de télévision traditionnelles. La plateforme s’est positionnée sur des événements majeurs, en obtenant notamment les droits de diffusion des Oscars à partir de 2029 ou de certains matchs de NFL. Une stratégie qui confirme son ambition: devenir une plateforme unique, capable de réunir tous les formats dans une même expérience."Youtube est leur maison"Ce succès attire toutefois les convoitises. Et puis, si Youtube se permet d'aller chasser sur le terrain des autres, pourquoi ses concurrents ne se permettraient pas d'en faire autant? Netflix, Meta ou encore Apple cherchent à séduire les créateurs stars, notamment dans le domaine des podcasts vidéo. MrBeast a ainsi diffusé sa téléréalité Beast Games sur Amazon Prime. En janvier 2025, Netflix a annoncé avoir racheté les droits de diffusion de certaines vidéos de Ms Rachel, suivie par 13,3 millions d'abonnés sur Youtube.Interrogé sur le départ de certaines émissions populaires comme The Breakfast Club ou My Favorite Murder vers Netflix, Neal Mohan se montre serein, voire magnanime."C’est flatteur qu’ils nous voient comme le centre de la culture", affirme-t-il. Selon lui, ces mouvements restent marginaux. "Quand je parle à nos créateurs, ils me disent que, quoi qu’ils fassent, ils savent que Youtube est leur maison".Le dirigeant insiste. "Je n’ai jamais rencontré de youtubeurs qui aient complètement retiré leur contenu de Youtube." Lorsque les vidéastes négocient avec des plateformes elles finissent par accepter "ce que nos youtubeurs savent au fond d’eux-mêmes être la bonne décision pour eux à long terme, à savoir ne jamais quitter leur foyer", détaille-t-il.Justine Ryst, Directrice générale de YouTube France, et Alexia Laroche-Joubert, PDG de Banijay France – 19/11 25:11Derrière cette assurance, se dessine une réalité stratégique. Youtube ne cherche pas à enfermer ses créateurs, mais à rester le centre de gravité de leurs activités. Une position dominante qui lui permet, pour l’heure, de résister aux offensives répétées de ses concurrents.Une responsabilité sous pressionSans surprise, cette montée en puissance s’accompagne de critiques croissantes. La question de l’impact des réseaux sociaux, dont Youtube, en particulier sur les jeunes, s’impose désormais dans le débat public. Dernier exemple en date avec le procès contre les géants du numérique sur l’addiction des jeunes aux réseaux sociaux. Meta et Google ont été jugés responsables d'avoir accentué la dépression d'une adolescente aux Etats-Unis. Les entreprises vont devoir lui verser au moins 3 millions de dollars de dommages et intérêts.Addiction aux réseaux sociaux: pourquoi la condamnation d’Instagram et Youtube est-elle historique? 2:52Sans commenter ce cas précis, Neal Mohan reconnaît l'importance de protéger les utilisateurs, sans pour autant les couper du numérique. "Nous devrions donc nous efforcer de protéger les jeunes dans le monde numérique plutôt que de les protéger du monde numérique", lance-t-il. Encadrer plutôt qu'interdire... un véritable défi d'équilibriste."Notre approche consiste à proposer toutes ces expériences enrichissantes, tout en laissant aux parents le contrôle. C'est notre objectif", défend le PDG, qui rappelle avoir mis en place une fonction pour empêcher les mineurs de regarder des Shorts, "une première dans le secteur."Concernant la modération des contenus, Youtube revendique une position d’équilibre, entre ouverture et régulation. "Nous sommes une plateforme qui se targue d'être ouverte, sans censure. Nous défendons la liberté d'expression, mais nous avons des règles communautaires sur notre plateforme", rappelle Neal Mohan. Une ligne difficile à tenir, dans un contexte où les accusations de censure et, à l’inverse, de laxisme se multiplient.Le cas du rétablissement du compte de Donald Trump, après sa suspension en 2021, illustre cette complexité. Neal Mohan assume une décision prise, selon lui, dans un contexte différent, marqué par l’évolution des règles et des circonstances.L’irruption de l’intelligence artificielleDernier défi en date, l’intelligence artificielle. Youtube se trouve à la fois acteur et régulateur d’une transformation rapide des contenus. La plateforme propose des fonctionnalités d'IA pour les créateurs. Dans les mois à venir, il sera par exemple possible de créer des Shorts de soi-même générés par IA.Dans le même temps, Youtube cherche à éviter une prolifération de contenus de faible qualité, ce que Neal Mohan appelle "l’IA de masse". En effet, une étude de Kapwing estime qu'entre 20 et 33% des vidéos proposées par Youtube sont générées par l'intelligence artificielle. L’enjeu est de taille: préserver ce qui fait la spécificité de Youtube, à savoir la connexion humaine entre créateurs et public."L'IA peut être un outil pour produire du contenu exceptionnel ou démocratiser davantage la création de contenu, mais elle peut aussi permettre la production de beaucoup de contenu de faible qualité", admet le PDG."Vu la vitesse à laquelle l'IA impacte nos vies, la situation évolue chaque semaine, voire plus rapidement. (...) Je ne peux absolument pas accepter que Youtube soit envahi par des productions de piètre qualité réalisées par l'IA", tranche-t-il.C'est déjà demain : L'une des dérives de l'IA, la prolifération des deepfake - 30/12 3:20Des dispositifs de signalement des contenus générés par IA ont déjà été mis en place. Un système nécessaire, mais loin d'être suffisant. "C'est un début", souligne-t-il, tout en rappelant l'importance de lutter contre les deepfakes. "Ces problèmes ne seront pas résolus par une simple étiquette IA."Entre pression concurrentielle, exigences réglementaires et attentes sociétales, l’entreprise doit composer avec des injonctions parfois contradictoires. Pour Neal Mohan, la ligne reste la même: faire de Youtube un espace ouvert, capable d’absorber les transformations du paysage médiatique. Reste à savoir si ce modèle, qui a fait son succès, pourra résister à l’ampleur des défis à venir.Les plus lus"On demande une baisse à la pompe": opération escargot des camions et autocars sur le périphérique parisien ce lundi"Une catastrophe": pourquoi les enseignants sont-ils appelés à la grève ce mardi?"La même situation" qu'à Crans-Montana: un employé met en cause des bougies incandescentes après l'incendie d'une discothèque en AllemagneDonald Trump affirme que l'armée construit un complexe militaire sous la future salle de bal de la Maison BlancheColombie-France: "Leur équipe B peut atteindre sans problème les demi-finales", la planète foot choquée par le vivier des Bleus à deux mois de la Coupe du monde 2026
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