● Le Monde International
📅 30/03/2026 à 11:00
Les Iraniens dans le piège de l’incohérence de Donald Trump
Géopolitique
Plus de quatre semaines après le déclenchement par les Etats-Unis et Israël d’une guerre contre le régime iranien qui semble échapper à leurs scénarios, il est de moins en moins question d’un acteur pourtant en première ligne, pour le pire : le peuple iranien. Son soulèvement, à la fin du mois de décembre, avait alimenté les espoirs d’un changement de régime imposé par les Iraniens eux-mêmes. Ce mouvement de contestation, qui s’était propagé comme un incendie, dénonçait les effets dévastateurs de la politique imposée par le Guide suprême d’alors, Ali Khamenei, qui avait conduit le pays à un état d’affaiblissement historique. L’écrasement de la mobilisation, d’une violence sans précédent, avait acté la fracture irréparable entre ce peuple et une caste qui prétendait les représenter, alors qu’elle était concentrée sur sa survie et ses privilèges. Au point de nourrir l’espoir d’une intervention militaire extérieure. Le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, et le président des Etats-Unis, Donald Trump, avaient incité les contestataires à défier une machine répressive qui avait déjà montré qu’elle ne reculait devant rien en 2018, 2019 et 2022, pour ne parler que des mouvements populaires les plus récents. Le locataire de la Maison Blanche avait même assuré qu’une « aide » était en route. Un mensonge, alors que le sang avait déjà coulé. Lire aussi | EN DIRECT, guerre au Moyen-Orient : l’ONG Human Rights Watch accuse l’Iran d’utiliser des armes à sous-munitions contre Israël Lire plus tard La guerre déclenchée le 28 février a été à nouveau, dans les premières heures, justifiée par le souci de prendre en compte le désir de liberté des Iraniens. Mais très vite la résilience du régime et surtout le blocage par l’Iran du détroit stratégique d’Ormuz, en représailles de bombardements intensifs, l’ont escamoté. Le renseignement israélien ayant estimé que des soulèvements seraient réprimés tout aussi impitoyablement qu’en janvier, Benyamin Nétanyahou semble n’avoir pour priorité que l’affaiblissement du régime. Quitte à laisser son armée s’en prendre à des installations pétrolières et gazières, ce qui pénalise autant les Iraniens que le pouvoir en place. Le premier ministre israélien a déjà montré à Gaza comme au Liban que le sort des populations civiles n’était pas sa priorité. Des boutiques fermées dans le bazar principal de Téhéran, à l’occasion des vacances du Nouvel An iranien, le 29 mars 2026. VAHID SALEMI / AP Guerre manifestement improvisée Engagé dans une guerre impopulaire aux Etats-Unis qui menace une partie de ses promesses, Donald Trump est lancé pour sa part dans la quête incertaine d’une porte de sortie. Elle pourrait passer par le déploiement de troupes au sol dans l’espoir de forcer le régime iranien à reconnaître sa défaite, tout en le laissant en place. Le président républicain affirme que la stratégie de décapitation des plus hauts responsables iraniens a déjà produit un changement de régime. Il n’en est évidemment rien. Le résultat de ces assassinats successifs est au contraire un durcissement idéologique et sécuritaire. Même sous les bombes américaines et israéliennes, le régime iranien continue de réprimer, d’emprisonner et d’exécuter ses opposants. Il est clair désormais que la fin du programme nucléaire et balistique iranien ainsi que l’instrumentalisation des milices qui lui sont inféodées sont liées à la nature du régime en place à Téhéran. En se lançant dans une guerre manifestement improvisée, Donald Trump et Benyamin Nétanyahou ont pris le risque de le radicaliser encore davantage. Et les principales victimes sont celles qu’ils prétendaient libérer, plus que jamais prises en étau entre les bombes et une répression toujours plus brutale. Lire aussi | Article réservé à nos abonnés Dans Téhéran en guerre, des photos inédites du quotidien des habitants pris sous les bombes Lire plus tard Le Monde S’abonner
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