● Journal du Net 📅 30/03/2026 à 10:55

J'ai laissé Claude Cowork piloter mon ordinateur en mon absence : voici le résultat

Géopolitique 👤 Benjamin Polge
Illustration
Nous avons testé le mode computer use de Claude Cowork et sa fonctionnalité Dispatch, qui permet de piloter son ordinateur à distance depuis son smartphone. Trois cas d'usage et un constat : l'IA parvient toujours à ses fins, mais pas encore à la vitesse d'un humain. Des tâches qui se terminent toutes seules, sur votre ordinateur, sans votre aide. C'est la promesse du nouveau mode computer use de Claude Cowork. Il est désormais possible de piloter l'agent IA d'Anthropic depuis son téléphone grâce à la fonctionnalité Dispatch. Trier des documents, générer des rapports, des présentations, réaliser une veille… Tout, ou presque, devient accessible en un clic depuis son smartphone. Computer use, une fonctionnalité réservée aux Mac Pour comprendre Dispatch, il faut d'abord saisir l'architecture sous-jacente. Claude Cowork repose sur deux couches distinctes. La première, ce sont les connecteurs directs : des intégrations natives vers des services comme Slack, Google Calendar, Gmail ou Google Drive, qui permettent à l'agent d'agir sur ces applications sans jamais toucher à l'interface graphique. La seconde couche, c'est le computer use à proprement parler : quand aucun connecteur n'est disponible, Claude prend le contrôle direct de la machine. Il pilote la souris, tape au clavier, ouvre des fenêtres, navigue dans un navigateur, interagit avec n'importe quelle application ouverte. C'est cette deuxième couche qui fait la différence avec un simple agent conversationnel : l'IA n'est plus cantonnée aux outils qu'on lui a explicitement branchés. Le mode Dispatch permet ensuite de contrôler la session depuis son téléphone en utilisant l’application Claude. Une fois les deux sessions liées, l'utilisateur envoie une instruction depuis son téléphone, et l'agent l'exécute de manière autonome sur le desktop. Claude décide lui-même du chemin le plus efficace : connecteur direct si disponible, sinon contrôle de l'interface. Il peut enchaîner plusieurs applications au sein d'une même tâche, par exemple extraire des données d'un tableur, les mettre en forme dans une présentation, puis envoyer le fichier par mail. Seule limitation, le mode computer use est disponible uniquement sous Mac, pour le moment. Le test du JDN Pour tester les capacités de Claude Cowork en mode computer use, nous lui avons soumis trois cas d'usage différents, depuis notre mobile. Le premier : une veille sectorielle réalisée sur le web avec une restitution structurée dans un Google Doc. Le deuxième : un bilan comptable généré dans une feuille Google Sheets à partir d'une dizaine de factures. Le troisième : un brief de préparation avant réunion, croisant agenda, e-mails et recherches web. Pour commencer, il faut lier l'application Claude Desktop avec l'application Claude sur mobile (iOS ou Android). Dans Claude Desktop, cliquez sur le bouton "Répartition" (Dispatch), puis sur "Commencer". Vous devez ensuite autoriser l'enregistrement de l'écran dans les paramètres et accorder des accès supplémentaires à Claude. Une fois cette configuration effectuée, le téléphone est connecté à l'ordinateur et les tests peuvent démarrer. © Capture d'écran / JDN Les prompts étant destinés à être tapés sur smartphone, nous prenons volontairement des prompts minimalistes, très courts. 1. Un rapport basé sur une veille sectorielle Prompt : Fais une veille sur les dernières actualités de l'IA générative en entreprise (5 derniers jours). Synthétise les 5 tendances clés et crée un Google Doc intitulé 'Veille IA - [date du jour]' avec un résumé structuré par thématique, les sources et les liens. Une fois le prompt envoyé via l'application mobile, Claude se fait discret à l'écran. Les opérations pouvant être internalisées sans prise de contrôle de l'ordinateur le sont. Claude ne reprend la main sur le desktop que pour rédiger son rapport directement dans Google Drive : l'IA écrit section par section et utilise les menus de Google Docs pour la mise en forme. Le résultat final est correct, mais l'exécution reste assez longue (environ 10 minutes). 2. Un bilan comptable à partir d’un dossier de factures Prompt : Ouvre le dossier Factures sur mon bureau. Pour chaque facture, extrais le fournisseur, la date, le montant HT et TTC et la catégorie de dépense. Crée une feuille Google Sheets 'Bilan comptable [mois]' avec toutes ces données, un total par catégorie et un récapitulatif global en bas. Pour ce cas d'usage, Claude minimise encore l'utilisation de l'interface graphique et navigue en priorité via des commandes internes. Choix étonnant : alors qu'il aurait pu interroger les fichiers via la CLI, il préfère passer par le Finder pour localiser les factures. La lecture s'effectue ensuite en interne, rien n'apparaît à l'écran. Claude ne reprend la main sur l'ordinateur que pour coller les informations du bilan comptable qu'il a lui-même réalisé. L'utilisation de Sheets ne lui est visiblement pas confortable : il peine à naviguer et à coller proprement ses données. Il insère d'abord un bloc brut, tente ensuite de créer des colonnes via la fonctionnalité de tableau automatique, puis finit par recourir à des scripts macro (Claude revient toujours au code quand il le peut !). Il parviendra à générer un tableau comptable à peu près exploitable, mais au prix de 15 minutes de travail. Sur ce cas d'usage, un humain aurait été plus efficace. 3. Un brief avant réunion Prompt : Regarde mon prochain rendez-vous dans Google Calendar. Cherche sur le web des infos récentes sur les participants et leur entreprise, consulte les derniers échanges Gmail avec eux, et génère un Google Doc 'Brief [nom réunion]' avec : contexte, points clés à aborder, historique des échanges et 3 questions à préparer. Une fois le prompt envoyé depuis le mobile, la version Desktop de Claude reste là encore peu bavarde. La connexion à Google étant native dans Cowork, l'IA utilise directement ses propres connecteurs et évite de passer par le navigateur : c'est malin. Temps total : 7mn. Le brief est généré proprement et répond parfaitement aux consignes. Faut-il adopter Claude Dispatch ? Claude parvient à ses fins dans nos trois cas d'usage, sans exception. Il est toutefois sensiblement moins rapide qu'un humain à poste égal. Cela s'explique d'une part par les nombreuses sécurités déployées nativement par Anthropic pour encadrer l'agent. Et d'autre part, par la lenteur relative du modèle, qui doit raisonner et planifier chaque action avant de l'exécuter pour limiter au maximum les erreurs. Nul doute que les prochaines versions de Claude gagneront en intelligence et en rapidité, et gommeront ces défauts initiaux. Faut-il pour autant adopter Dispatch au quotidien ? La réponse dépend du contexte. Pour un utilisateur en déplacement, dans les transports ou entre deux rendez-vous, pouvoir lancer une tâche complexe depuis son téléphone et la retrouver finalisée en arrivant au bureau est un vrai gain. En revanche, devant son poste, il sera presque toujours plus rapide de faire le travail soi-même ou de passer directement par le chatbot Claude, nettement plus réactif. Le mode computer use n'en reste pas moins une démonstration convaincante de ce que sera l'IA agentique personnelle de demain : un assistant capable d'agir sur votre machine, pas seulement de vous répondre.
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