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📅 30/03/2026 à 06:00
A Juhapura, le plus grand ghetto musulman d’Inde : « Avant, on ne vivait pas à l’écart des hindous, on se mélangeait, on mangeait ensemble »
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Arko Datto pour « Le Monde » A Juhapura, le plus grand ghetto musulman d’Inde : « Avant, on ne vivait pas à l’écart des hindous, on se mélangeait, on mangeait ensemble » Par Sophie Landrin (Ahmedabad [Gujarat, Inde], envoyée spéciale) Publié aujourd’hui à 06h00 Temps de Lecture 7 min. Article réservé aux abonnés ReportageAhmadebad, capitale de l’Etat du Gujarat, longtemps dirigé par le premier ministre Narendra Modi, est devenue, sous l’impulsion des nationalistes hindous, la ville la plus ségréguée d’Inde. Un « apartheid résidentiel » visible dans le quartier musulman de Juhapura, entièrement délaissé par les autorités. Partout, les façades sont noircies et la végétation envahit l’espace. Les immeubles n’ont plus ni portes ni fenêtres, les anciens logements sont ouverts à tous les vents, mis à nu, débarrassés de toute vie humaine. Depuis vingt-quatre ans, le temps s’est arrêté ici, à la Gulbarg Society, une résidence musulmane enclavée dans un quartier hindou d’Ahmedabad. Une centaine d’habitants vivaient dans ce mini-quartier de la plus grande ville du Gujarat, dans le nord-ouest de l’Inde. L’immense majorité d’entre eux ont fui ou ont été tués, victimes du vent de folie meurtrière qui s’est abattu là le 28 février 2002, lorsqu’une foule de fanatiques a déchaîné sa fureur dans les quartiers musulmans de la ville pour venger l’incendie du wagon d’un train dans lequel, la veille, 59 militants nationalistes hindous avaient trouvé la mort. Alors dirigeant du Gujarat (2001-2014), Narendra Modi, l’actuel premier ministre indien, avait lui-même contribué à l’échauffement des esprits en pointant la responsabilité de la communauté musulmane. La Gulbarg Society ne compte plus que deux habitants : Rafiq Mansuri, 55 ans, et son père, qui ont refusé d’en partir et ont reconstruit un logement au milieu des décombres. « Mon père ne pouvait pas abandonner la maison léguée par ses ancêtres », dit le fils. Il a échappé de peu au massacre de 2002, mais sa mère, sa femme et son nourrisson de 5 mois ont été assassinés. En tout, dix-neuf membres de sa famille ont péri. Il s’est remarié et a eu trois enfants. Depuis le 28 février 2002, il vit « dans la terreur ». Il vous reste 86.43% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
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