● Courrier International
📅 29/03/2026 à 16:41
Un studio d’animation jeunesse en Russie soupçonné d’être lié aux houthistes yéménites
Géopolitique
Le ministère des Affaires étrangères russe et le quartier d’affaires Moscow City, dans la capitale russe, le 20 octobre 2025. Photo Shamil Zhumatov/REUTERS Des films d’animation pour enfants, des partenariats affichés avec de grands noms du streaming, une image de producteur fréquentable et, en arrière-plan, du blé ukrainien volé et des soupçons de soutien logistique aux houthistes, rebelles yéménites soutenus par l’Iran. C’est ce que révèle l’enquête de Sistema sur Sohrab Ghairat, patron en Russie du studio SkyFrame, pour laquelle ce média d’investigation russophone rattaché à Radio Svoboda a épluché des documents internes du FSB (les puissants services de sécurité intérieure russes) ayant fuité, ainsi que des rapports officiels américains, des registres d’entreprises et des données ouvertes. À lire aussi : Espionnage. Moscou pourrait écouter le monde depuis les toits de Vienne : “Les antennes font peur” L’entrepreneur d’origine afghane installé en Russie cultivait jusqu’ici un profil lisse. Sur les réseaux sociaux, Sohrab Ghairat se présente comme producteur, participe à des événements caritatifs et pose sur les tapis rouges. Son studio, créé en 2019 à Moscou, a travaillé sur Dolphin Boy (“Le Garçon-dauphin”), film d’animation russo-iranien sorti en 2022. Il a également collaboré, en tant que partenaire de production, avec le géant de l’animation russe Melnitsa sur l’une des séries animées pour enfants les plus populaires du pays, Barboskiny, connue en France sous le titre Les Pooche. SkyFrame affichait même sur son site anglophone des partenaires comme Netflix, Amazon Prime et Apple TV. Netflix a toutefois assuré à Sistema qu’il n’était pas partenaire du studio. Le 2 avril 2025, le Trésor américain place Sohrab Ghairat, son frère Hushang et la filiale russe de SkyFrame sous sanctions. Washington les accuse d’avoir aidé les houthistes à développer en Russie des “initiatives commerciales”, notamment dans l’“achat d’armes”, et d’avoir organisé le transport d’au moins deux cargaisons de blé ukrainien volé depuis la Crimée occupée vers le port de Salif, au Yémen, contrôlé par les rebelles. Deux jours plus tard, le producteur ironisait même sur son compte Facebook en demandant aux organes de presse reprenant ces “informations absurdes” à son sujet de choisir “une bonne photo”. Faute de preuves précises sur son implication dans des “schémas de vente d’armes”, écrit Sistema, le studio est soupçonné de servir de “couverture légale” aux activités de Sohrab Ghairat. Des traces numériques effacées Sur le site russophone de SkyFrame figurait, “visiblement par erreur”, une page de présentation de Triticum Group Commodities, société spécialisée dans le commerce et le transport de céréales vers le Moyen-Orient. Le site de cette société était hébergé sur la même adresse IP que celui du studio d’animation. À lire aussi : Géopolitique. Obus contre technologies : la fructueuse coopération entre Moscou et Pyongyang La Crimée est annexée par la Russie depuis 2014, et l’exportation de céréales ukrainiennes en provenance des territoires occupés est dénoncée par Kiev comme un pillage organisé. L’enquête de Sistema suit la piste de Triticum, dont l’adresse mène aux gratte-ciel Neva Towers, dans le centre d’affaires Moscow City, où se trouvait également Colibri Group, société contrôlée par les frères Ghairat et active dans le commerce de grains. Après les questions du média d’investigation, plusieurs traces numériques ont disparu : une salariée a effacé la société de son profil LinkedIn, et les sites de Triticum comme de SkyFrame sont brièvement passés hors ligne. L’enquête de Sistema remonte également jusqu’à Arash Doroudi, ancien directeur de SkyFrame, qui a lancé un autre studio, Safir Animation, dès le mois ayant suivi son départ de l’entreprise. Selon un document du contre-espionnage russe consulté par le média, cet Iranien mènerait en Russie des activités liées à une structure chargée d’acquérir à l’étranger des technologies pour Téhéran. Lui aussi naviguerait entre animation, importations techniques et proximité avec les autorités iraniennes. Courrier international Moyen-Orient Europe Ukraine Sur le même sujet Vu de Russie. La guerre en Iran, une “folie” qui révèle les “dérives psychologiques” de Trump Analyse. Comment la guerre de Trump en Iran fait écho à celle menée par Poutine en Ukraine Politique. Mettre en scène un attentat, la solution des Russes pour booster la cote d’Orban ? Enquête. Comment une usine en Irlande alimente la machine de guerre russe Nos services HORS-SÉRIE Comment les Russes vivent-ils aujourd’hui ? 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