● BFM Tech
📅 26/03/2026 à 15:10
Amours, trahisons et enfants cachés: dans les coulisses des mini-dramas, ces séries verticales pensées pour capter l’attention fugace des jeunes internautes
Géopolitique
Capture d'écran de ReelShort, un site spécialisé dans les micro dramas. - BFM TechLes mini-dramas, ces séries verticales ultra-courtes conçues pour être regardées sur un smartphone en tranches de quelques minutes, séduisent de plus en plus d'utilisateurs. Avec un avantage de taille pour les producteurs: le tournage de ces vidéos ultra virales ne coûte rien... et rapporte beaucoup."En public, nous sommes un couple. Personne ne devrait en douter. Règle numéro trois: pas de vrais sentiments. ce n'est qu'un contrat. Dès que j'obtiens ma société, nous divorçons", lance un riche milliardaire, chef de la mafia, la voix profonde et virile. Pendant sa tirade, le jeune homme se déshabille devant une jeune femme légèrement terrifiée. D'un coup, la scène se coupe. Et déjà on se demande quelle est la suite. Des extraits comme celui-ci, Tiktok en regorgent.Le format est toujours le même. Une jeune femme découvre avoir été trahie par son mari. Un mariage forcé. Soudain, par un enchaînement d’événements hautement improbables, elle rencontre un jeune milliardaire séduisant ou le sportif du lycée. Puis, très vite, tout s’emballe. Une trahison, une gifle, une révélation. Et soudain, plus rien. L’écran noir. "À suivre". Il suffit de quelques secondes pour être happé.Un format venu d'AsieCes vidéos, c'est ce qu’on appelle des mini (ou micro) dramas, des feuilletons composés de plusieurs dizaines d’épisodes, dont chacun ne dure pas plus d’une à deux minutes, conçus pour être visionnés sur smartphone. Apparus en Chine dans les années 2010, ces drames verticaux, appelés "duanju", se sont imposés dans les usages. Ainsi, plus d’un internaute sur dix dans le monde a déjà regardé une série de moins de dix minutes sur des plateformes comme Tiktok ou Youtube, selon Ampere Analysis.Aux États-Unis, le genre est dominé par des plateformes comme DramaBox, aux 12 millions d’abonnés sur Tiktok. Preuve de l'engouement, ReelShort a détrôné Tiktok dans la catégorie divertissement de l’App Store américain, en 2024.Et si on regardait des séries sur TikTok? 26:35En France, la tendance commence à peine à arriver. Si les mini dramas circulent déjà sur Tiktok et Youtube, leur adoption reste limitée comparée à l’Asie ou aux États-Unis. Mais la dynamique pourrait rapidement s’accélérer. La catégorie "divertissement" de l'App Store des applications les plus téléchargées en France compte déjà quatre applications de microdramas dans son top 20.Sans surprise, le phénomène touche d’abord les jeunes adultes, particulièrement friands de contenus pensés pour le mobile. Dans le métro, dans une file d’attente, entre deux notifications, ils comblent les interstices. Là où la série traditionnelle exige du temps, eux s’y glissent.Il faut dire que la mécanique est bien rodée. Ces formats courts compressent le récit à l’extrême. Les micro dramas reposent sur des intrigues simples, des rebondissements toutes les 60 secondes puis un cliffhanger à la fin de chaque épisode… qui incite à enchaîner immédiatement avec le suivant. Bref, des ressorts qui répondent parfaitement à la logique de défilement en continu des plateformes, ou à l’attention plus que volatile des utilisateurs.Simples et clichésLes scénarios, eux, ne s’embarrassent pas de nuances. Amours impossibles, héritages cachés, identités dissimulées,... Que cela soit à New-York avec un chef de gang, au fin fond d’une forêt avec une meute de loups-garous ou en Corée avec un riche héritier divorcé, tout doit être compris en quelques secondes. Les personnages sont dessinés à grands traits, les émotions amplifiées.Un tour sur ReelShorts permet de se rendre compte de la qualité (relative?) des intrigues. Au programme, des séries intitulées Chut professeur! Ne dites rien, Enceinte du père de mon ex ou La proie du boss dangereux. Et comment ne pas mentionner Enchaînée à mon gardien de prison? Avec ces séries, l'excès devient la norme. Et ça fonctionne. Parce que dans ce format contraint, la subtilité ralentirait. Or tout est affaire de vitesse.Surtout, les spectateurs trouvent dans ces clichés une forme de confort narratif, proche de celui des séries quotidiennes. Certains évoquent même une "échappatoire" face au quotidien, où la simplicité des intrigues et leur résolution rapide procurent une satisfaction immédiate ."Aux États-Unis, vous avez le feuilleton Amour, gloire et beauté. Les micro dramas, c’est Amour, gloire et beauté dopé aux stéroïdes. Il s’agit de créer du suspense à chaque minute, et non à chaque heure", résumait ainsi Anne Chan, la fondatrice et PDG de la société AR Asia Production sur CNBC.Faible coût et fort rendementAutre clé du succès: le modèle économique. Pour les sociétés de production, ces mini fictions ne coûtent rien. Les mini dramas sont en général filmés à l’iPhone et les scénarios sont écrits par l’IA. Les acteurs, loin d'être connus, sont souvent payés au lance-pierre. Résultat, le budget d'un micro drama tourne en moyenne entre 15.000 et 300.000 dollars, selon Reuters. Un coût très éloigné des grosses productions hollywoodiennes, donc. De quoi permettre aux studios de produire des contenus à la chaîne. Peu importe la qualité, ici, on mise sur la quantité.Si le budget de production est dérisoire, les consommateurs, eux, mettent la main au portefeuille. Les utilisateurs peuvent regarder gratuitement les premiers épisodes, puis doivent payer pour débloquer la suite ou visionner des publicités pour obtenir des jetons et déverrouiller des tranches de la série. Comptez entre 10 et 20 dollars pour regarder une série.Sans surprise, ce modèle du "pay-per-drama" s’avère particulièrement lucratif. En 2024, ces séries ont généré près de 7 milliards de dollars de revenus en Chine, selon la China Netcasting Services Association (CNSA), un organisme contrôlé par l’État. C'est davantage que les recettes du box-office chinois, le deuxième au monde après les États-Unis. Selon le cabinet iResearch Consulting, les revenus du secteur pourraient doubler d’ici 2028.Mais derrière leur apparente légèreté, ces formats inquiètent. Certains mini dramas, notamment proches de la dark romance, véhiculent des relations toxiques. La domination, la manipulation ou encore la jalousie extrême sont présentées comme romantiques. Il suffit de voir les catégories proposées sur le site ReelShorts pour s'en rendre compte. "Coup d’un soir", "Relations taboues", "Différences d’âge", "Amants sous contrat"... Bref, c'est le site pornographique des relations malsaines.Pas de quoi entâcher l'appétit des géants du secteur. Selon des informations de Business Insider, Tiktok a récemment lancé un appel à casting pour un projet de mini drama au forme vertical. reste à savoir si la plateforme misera sur une trahison entre milliardaires ou sur un mariage forcé, ou un crossover particulièrement audacieux, un mariage forcé entre milliardaires trahis. En mars, Amazon a commencé à tester une fonctionnalité de mini-drame en Inde. Après tout, en amour comme en streaming, business is business.Les plus lus"Tout le monde savait tout sur moi": Loana, première star et victime à vie de la téléréalité françaiseArme à feu, 17.000 euros... 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