● Courrier International
📅 26/03/2026 à 12:57
La traite transatlantique reconnue “plus grave crime contre l’humanité” : “un pas de géant”
Géopolitique
Exposition au château de Cape Coast, au Ghana, le 16 août 2001. PHOTO ISSOUF SANOGO/AFP Déjà exposée à la faveur de la 80e Assemblée générale des Nations unies en septembre 2025, l’initiative du Ghana visant la reconnaissance de la traite des esclaves n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd. En effet, l’Organisation des nations unies (ONU) l’a adoptée le 25 mars dernier. Soutenue par l’Union africaine (UA), la Communauté des Caraïbes (CARICOM) et les populations d’origine africaine, elle entend marquer une rupture définitive que la traite a provoquée dans l’histoire mondiale. Pour rappel, entre le XVe et le XIXe siècle, plus de 12 millions d’Africains ont été déportés vers les Amériques et les îles atlantiques. Nombreux sont ceux qui ont péri durant ce périple. À lire aussi : Mémoire. La traite transatlantique “pire crime contre l’humanité” : une résolution du Ghana devant l’ONU Et ceux qui ont survécu ont été soumis à des travaux forcés, traités qu’ils étaient telles des bêtes de somme. C’est donc dans le souci d’honorer la mémoire de toutes ces victimes que le Ghana a déposé auprès de l’ONU un projet de résolution, estimant que la traite atlantique a été le “crime le plus grave contre l’humanité”. Une résolution ne suffira pas Si, pour avoir payé un lourd tribut pendant la traite négrière et la période coloniale, le Ghana, en initiant une telle procédure, est dans son bon droit, il faut aussi féliciter l’ONU qui a accepté de l’adopter. En tout cas, c’est tout à son honneur. Le président ghanéen, John Dramani Mahama, prend la parole devant l’Assemblée générale des Nations unies, à New York (États-Unis), le 25 septembre 2025. PHOTO DAVE SANDERS/NYT En tant que membres permanents de l’ONU, et en tant qu’anciennes puissances coloniales, des pays comme la France et le Royaume-Uni auraient pu user de leur droit de veto pour bloquer l’adoption d’une telle loi qui les met d’une manière ou d’une autre face à leurs responsabilités historiques. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’adoption de cette résolution par l’ONU est un pas de géant pour le continent noir mais aussi pour toute l’humanité. Maintenant que l’ONU a franchi le pas, quelle sera la suite pour le continent africain en termes de réparations ? Les jours ou mois à venir nous le diront. En attendant, on peut dire que c’est un ouf de soulagement pour les Africains, dont nombreux portent toujours les stigmates de la traite transatlantique. À lire aussi : Reportage. Au Brésil, ces descendants d’esclaves font revivre une ancienne plantation Cela dit, tout en saluant la démarche du Ghana, il y a bien des raisons de craindre qu’en qualifiant l’esclavage et la traite négrière de “crime le plus grave contre l’humanité”, cela ne contribue à radicaliser des Africains. Car, non seulement on donne ainsi l’impression de remuer le couteau dans la plaie, mais aussi, cela pourrait révolter davantage certains Africains qui en ont toujours gros sur le cœur de savoir que leurs aïeux, du fait de la couleur de leur peau, ont été traités comme des sous-hommes. Certes, certaines puissances coloniales ont déjà reconnu les erreurs par elles commises sur le continent africain, mais il en faut plus pour solder ce lourd passif. N’est-ce pas d’ailleurs la question mémorielle qui oppose, depuis de longue date, Paris à Alger qui, naguère, a voté une loi criminalisant la colonisation française ? Il en est de même entre la Belgique et ses ex-colonies que sont la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda, où ont été enregistrées [certaines] des pires atrocités de l’histoire du continent noir. On peut multiplier les exemples, tant il en existe à gogo. Comprendre le présent dans le rétroviseur de l’Histoire Toutefois, si personne ne conteste l’importance de jeter un regard dans le rétroviseur, on ne saurait cependant fermer les yeux sur les crimes contemporains qui, à longueur de journée ou de nuit, sont perpétrés sous nos yeux. En effet, que font les grandes puissances qui composent l’instance décisionnelle de l’ONU, face à certaines atrocités injustes et injustifiées ? On est tenté de répondre : pas grand-chose, surtout quand on sait que certains, parmi les membres permanents de l’ONU, se comportent eux-mêmes en chefs de guerre. Les cas ukrainien et iranien sont fort éloquents. À vrai dire, on a parfois envie de dire que tout n’est que pure hypocrisie ici-bas, où les positions des uns et des autres fluctuent en fonction de leurs intérêts. C’est dire si la traite et l’esclavage qui ont marqué l’histoire, entre le XVe et le XIXe siècle, prévalent encore aujourd’hui. Ils n’ont fait que changer de forme, avec parfois des méthodes violentes, inhumaines et parfois sophistiquées. Lire l’article original Colonisation Histoire Afrique Mémoire ONU Sur le même sujet Une du jour. L’analyse ADN révèle des liens de parenté entre des Africains-Américains d’aujourd’hui et des esclaves Reportage. Au Suriname, les descendants d’esclaves marrons dorlotent leur riz Vu d’Afrique. La justice belge ouvre la voie à un procès sur l’assassinat de Patrice Lumumba : “Un cap historique” Source de l’article Le Pays (Ouagadougou) Fondé en octobre 1991, ce journal indépendant est rapidement devenu le titre le plus populaire du Burkina Faso. Il multiplie les éditoriaux au vitriol. Il se présente comme un quotidien indépendant d’information générale et républicain. Ses éditoriaux incisifs sont très ouverts sur les questions internationales. Lire la suite Nos services HORS-SÉRIE Comment les Russes vivent-ils aujourd’hui ? Quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, c’est une plongée rare dans ce pays de plus en plus fermé que nous vous proposons dans notre nouveau hors série, en vente à partir du 18 mars. Politique, économie, société, culture : dans la Russie de Vladimir Poutine, la guerre laisse partout son empreinte. Un numéro presque entièrement réalisé à partir de sources russes, la plupart en exil, qui dresse un portrait réaliste de la société russe. Je découvre → Slow Autriche [Contenu partenaire] Le Bregenzerwald : escapade estivale entre nature, culture et architecture durable Je découvre l’article → Cinéma - invitation Tentez de remporter une invitation pour le film « Derrière les Palmiers » de Meryem Benm’Barek. 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