● Courrier International 📅 25/03/2026 à 16:50

À force de s’aligner sur Trump, Mark Rutte se mettra-t-il à dos les Européens ?

Géopolitique
Illustration
Le secrétaire général de l’Otan, Mark Rutte, le 12 septembre 2025 à Bruxelles. SIMON WOHLFAHRT / AFP Le secrétaire général de l’Otan, le Néerlandais Mark Rutte, a suscité des crispations après avoir soutenu la stratégie américaine en Iran, notamment lors de son passage dans l’émission Face the Nation, dimanche 22 mars, sur la chaîne de télévision new-yorkaise CBS. D’après le quotidien britannique Financial Times, sa suggestion que les alliés européens finiraient par “s’unir” pour répondre à l’appel de Donald Trump – qui leur a demandé, le 15 mars, de déployer des moyens navals pour l’aider à sécuriser le détroit d’Ormuz – passe mal dans plusieurs capitales. À lire aussi : Géopolitique. Les Européens refusent d’intervenir dans le détroit d’Ormuz : une “claque pour Trump” Car, en pratique, les Européens ont fait exactement l’inverse. Le lendemain de l’appel du président américain, ils ont collectivement refusé de s’engager davantage dans le conflit. “Ce n’est pas notre guerre”, a tranché la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, une ligne reprise par plusieurs États membres de l’Union européenne (UE). Dans le même temps, une déclaration commune, en marge du sommet européen des 19 et 20 mars, a esquissé une position plus nuancée. Dans un communiqué qui a rallié une trentaine de pays, les États signataires, dont plusieurs membres de l’UE, se disent “prêts à contribuer aux efforts appropriés pour garantir la sécurité de la navigation dans le détroit d’Ormuz”. Mais cette ouverture reste conditionnelle : aucune intervention militaire n’est envisagée à ce stade. Autrement dit, sécuriser Ormuz, peut-être – mais surtout pas maintenant. Voir aussi : Vidéo. Cartes sur table : Pourquoi le blocage du détroit d’Ormuz fait trembler l’économie mondiale “Cela nous met dans une situation très délicate” En coulisses, le malaise est palpable. “Cela nous met dans une situation très délicate et inconfortable”, confie un diplomate européen à l’influent journal de la City de Londres. “Nous voulons montrer notre bonne volonté, mais […] nous ne sommes en aucun cas en mesure de nous impliquer [dans le conflit].” Le problème n’est pas nouveau, Mark Rutte ayant un historique de proximité assumée avec Donald Trump. Lors d’un sommet de l’Otan en juin 2025, il l’avait même qualifié de “Papa”, provoquant déjà l’agacement de plusieurs chancelleries. Dans l’émission de CBS, souligne le média américain Politico, il a encore jugé Trump “crucial” pour la sécurité internationale, tout en justifiant ses frappes contre l’Iran : “Il fait cela pour que le monde entier soit en sécurité.” “Pour lui, il n’y a pas d’autres options que d’attendre l’aide du paternel américain”, glousse le quotidien espagnol El Periódico de Catalunya. À lire aussi : Analyse. Comment Donald Trump a réussi à unir les Européens malgré lui Cette posture tranche avec celle d’une Europe préoccupée avant tout par les conséquences économiques du conflit. La guerre a fait flamber les prix de l’énergie, rappelant la dépendance du Vieux Continent. Le Financial Times souligne que certaines capitales, dont Paris, envisagent bien une participation à des patrouilles navales dans le détroit d’Ormuz – mais seulement après le conflit –, afin de sécuriser une route par laquelle transite près d’un cinquième des exportations mondiales de pétrole et de gaz. Gerry Feehily Guerre en Iran Europe Détroit d'Ormuz Otan Donald Trump Sur le même sujet Reportage. “La peur a pris le dessus” : face à la guerre, l’amer retour au pays des Afghans d’Iran Géopolitique. Les relations entre l’Allemagne et Israël à l’épreuve de la guerre au Moyen-Orient Iran. Trump déploie des parachutistes au Moyen-Orient et garde toutes les options ouvertes Transports. Espagne : l’aérodrome de Teruel, “refuge international” pour les avions bloqués par la guerre Nos services HORS-SÉRIE Comment les Russes vivent-ils aujourd’hui ? Quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, c’est une plongée rare dans ce pays de plus en plus fermé que nous vous proposons dans notre nouveau hors série, en vente à partir du 18 mars. Politique, économie, société, culture : dans la Russie de Vladimir Poutine, la guerre laisse partout son empreinte. Un numéro presque entièrement réalisé à partir de sources russes, la plupart en exil, qui dresse un portrait réaliste de la société russe. Je découvre → Slow Autriche [Contenu partenaire] Le Bregenzerwald : escapade estivale entre nature, culture et architecture durable Je découvre l’article → Cinéma - invitation Tentez de remporter une invitation pour le film « Derrière les Palmiers » de Meryem Benm’Barek. Je reçois mon invitation → La Croix-Rouge française [Contenu partenaire] Droit international humanitaire : protéger l’humain quand tout vacille. Je découvre l’article →
← Retour