● BFM Tech 📅 25/03/2026 à 11:57

"Meta le savait": au Nouveau-Mexique, l’entreprise de Mark Zuckerberg a été reconnue coupable d’avoir caché les effets de ses applications et ne pas avoir protégé les plus jeunes

Géopolitique
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Le jury d’un tribunal du Nouveau-Mexique a jugé Meta responsable d’avoir mis en danger des mineurs et dissimulé les risques de ses plateformes. Le groupe est condamné à verser 375 millions de dollars de dommages et intérêts. L'entreprise de Mark Zuckerberg a déjà annoncé son intention de faire appel de la décision.C’est un revers pour l’entreprise de Mark Zuckerberg. Le jury d'un tribunal civil de Santa Fe (Nouveau-Mexique) a conclu mardi 24 mars que Meta (Facebook, Instagram, Whatsapp) avait induit les consommateurs en erreur sur la sécurité de ses plateformes. L'entreprise est tenue responsable d'avoir mis en danger des utilisateurs mineurs.Une décision majeure qui crée un précédent. Le groupe californien a été condamné à verser 375 millions de dollars de dommages et intérêts. Une somme conséquente mais inférieure aux deux milliards de dollars environ que réclamait le procureur du Nouveau-Mexique, Raul Torrez, à l'origine de la procédure."Le Nouveau-Mexique est fier d'être le premier Etat à demander des comptes (aux opérateurs de réseaux sociaux) pour avoir trompé des parents, permis l'exploitation de mineurs et mis en danger des enfants", a commenté Raul Torrez dans un communiqué.Le procureur Raul Torrez avait assigné Meta en justice fin 2023. Il accuse Meta d’avoir privilégié l’engagement et le profit au détriment de la sécurité des mineurs, allant jusqu’à faciliter, selon l’accusation, l’exploitation sexuelle d’enfants sur Facebook et Instagram.Encourager la surconsommationPour lui, le montant attribué aux victimes "devrait envoyer un message clair aux dirigeants de la tech", "aucune entreprise n'est au-dessus des lois". "C'est un tournant pour tous les parents inquiets de ce qui pourrait arriver à leurs enfants lorsqu'ils vont sur internet", a-t-il conclu, "et cette victoire est la leur."Il aura fallu moins d'une journée au jury pour parvenir à une décision, après six semaines de débats. Lors du procès, Mark Zuckerberg, interrogé sur les propres recherches de son entreprise, a minimisé systématiquement la portée de leurs conclusions. Le PDG a essayé inlassablement de déconstruire l’idée selon laquelle Meta chercherait avant tout à maximiser le temps passé par les utilisateurs, au détriment de leur santé mentale.Lors de sa plaidoirie, lundi 23 mars, la représentante du ministère public, Linda Singer, avait accusé Meta d'avoir communiqué de façon trompeuse sur ses mesures de protection des mineurs. Elle avait aussi reproché au groupe de Menlo Park (Californie) d'avoir encouragé la surconsommation de ses plateformes par les mineurs, tout en sachant les effets que pouvait entraîner ce phénomène.Les documents internes de Meta et les témoignages obtenus par le ministère de la justice du Nouveau-Mexique lors du litige avaient en effet révélé que les employés de l'entreprise et les experts externes en sécurité des enfants avaient mis en garde à plusieurs reprises le groupe contre les risques et les conditions néfastes sur ses plateformes. Des alertes loin d’être prises en compte par Meta."Pendant une décennie, Meta n'a pas agi de manière honnête et transparente", a déclaré Linda Singer, la procureure de l'État, au jury lors des plaidoiries de clôture. "Il n'a pas agi pour protéger les jeunes dans cet état. C'est à vous de terminer ce travail.""Meta le savait et ne l’a pas révélé""Il est clair que les jeunes passent trop de temps sur les produits de Meta ; ils ont perdu le contrôle", a-t-elle ajouté. "Meta le savait, et ne l'a pas révélé." La représentante du ministère public a également rappelé que l'entreprise n'a pas appliqué sa mesure qui interdit l’utilisation de ses plateformes aux mineurs de moins de 13 ans et que plusieurs témoignages avaient montré que les algorithmes de Meta avaient recommandé un contenu sensationnel et nuisible aux adolescents.Quelques minutes seulement après l'annonce de la décision, un porte-parole de Meta a indiqué que le géant des réseaux sociaux allait faire appel. "Nous travaillons dur pour protéger les utilisateurs de nos plateformes et sommes transparents quant aux défis que représentent l'identification et la suspension des utilisateurs malveillants et des contenus nocifs", a-t-il annoncé une fois connue la décision."Nous continuerons à nous défendre vigoureusement et restons confiants dans nos états de service concernant la protection des adolescents en ligne", a ajouté le porte-parole.Hors procédure d'appel, ce dossier doit connaître une seconde phase, lors de laquelle sera examinée la position du procureur selon laquelle Meta s'est rendu coupable de trouble à l'ordre public. Dès le 4 mai, un juge devra déterminer si Meta a créé une nuisance publique et devrait financer des programmes publics destinés à faire face aux préjudices présumés.Les avocats de l'État exhortent également l’entreprise de Mark Zuckerberg à mettre en œuvre des modifications à ses applications et opérations, y compris "la mise en place d'une vérification efficace de l'âge, la suppression des prédateurs de la plateforme et la protection des mineurs contre les communications cryptées qui protègent les mauvais acteurs".Nouvelle stratégieUne autre procédure, intentée par une jeune femme de 20 ans identifiée sous les initiales K.G.M. accuse Meta et Google de lui avoir causé des dommages psychologiques graves en intégrant des mécanismes de conception addictifs, comme le défilement infini, la lecture automatique ou encore les algorithmes de recommandation. Et ce, au point de développer anxiété, dépression et idées suicidaires.Zuckerberg, stratège au long cours – 22/12 24:49Jusqu'ici, les géants des réseaux sociaux avaient échappé aux poursuites grâce la section 230 d'une loi américaine, qui les exonère de responsabilité concernant les contenus mis en ligne sur leurs sites par des utilisateurs. A Santa Fe comme à Los Angeles, les plaignants ont adopté une nouvelle stratégie, attaquant la conception des plateformes, plutôt que leur contenu, et le manque de prévention sur les dangers encourus, à l'image de tactiques employées avec succès contre l'industrie du tabac.Le procès de Los Angeles est considéré, tout comme celui du Nouveau-Mexique, comme un test important pour l'avenir de milliers d'autres plaintes similaires aux Etats-Unis. Les affaires sont considérées comme des "bellwether trials", des procès tests qui pourraient orienter des milliers de plaintes similaires. Des particuliers, des districts scolaires et plusieurs procureurs généraux d’États américains reprochent aux plateformes d’avoir causé des préjudices personnels en développant des produits sciemment addictifs.Pour Meta, l’enjeu est considérable. Dans son rapport annuel 2026, le groupe de Menlo Park a averti ses investisseurs que la multiplication des procédures liées à la "social media addiction" pourrait affecter significativement ses résultats financiers.Les plus lus"Aucune lisibilité, aucune cohérence": David Lisnard "pense" n'avoir plus rien à faire chez les RépublicainsSon déploiement est étudié au Pentagone: qu'est ce que la 82ème division aéroportée américaine qui pourrait intervenir au sol en Iran?"L'Algérie est un partenaire de confiance": Giorgia Meloni va prier le président algérien de lui livrer plus de gaz (la France y a accru ses approvisionnements depuis 4 ans)Le staff médical du Real Madrid sur ChatGPT? 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