● Courrier International
📅 25/03/2026 à 05:00
“Une jeunesse indienne”, un film “poignant et profond” sur l’Inde contemporaine
Géopolitique
Shoaib (Ishaan Chatter, à l’avant de la moto) et Chandan (Vishal Jethwa) incarnent deux amis qui, dans le film “Une jeunesse indienne”, bataillent pour trouver leur place un pays divisé et fracturé. PHOTO DHARMA PRODUCTIONS Deux amis d’enfance, originaires d’un village du nord de l’Inde, rêvent d’intégrer la police. L’un, Shoaib, incarné par Ishaan Chatter, est musulman. L’autre, Chandan, joué par Vishal Jethwa, est un dalit, soit un “opprimé”, le terme aujourd’hui utilisé pour désigner ceux qu’on appelait autrefois les “intouchables”, tout en bas de la hiérarchie des castes. “Leur avenir est en grande partie déterminé par leur origine sociale”, relate le site d’information Scroll.in. Ces deux jeunes hommes “savent qu’un simple agent de police jouit d’une plus grande mobilité sociale, d’un plus grand respect et d’une plus grande légitimité qu’eux” dans l’Inde d’aujourd’hui, dirigée depuis 2014 par le nationaliste hindou Narendra Modi. Voir aussi : Vidéo. Le rappeur indien Dule Rocker, porte-voix de la communauté dalit C’est là l’un des premiers centres d’intérêt du film, insiste de son côté le quotidien The Hindu : “Comme des millions de jeunes Indiens sans emploi, rarement dépeints de manière authentique dans le cinéma hindi, [les héros du film] rêvent d’intégrer la police pour ne plus être victimes de discriminations.” Le tableau d’une Inde de plus en plus divisée Shoaib et Chandan sont les héros d’Une jeunesse indienne, un drame en hindi dont une partie de l’intrigue se déroule en 2020, pendant l’épidémie de Covid-19, particulièrement meurtrière en Inde. Le long-métrage du réalisateur Neeraj Ghaywan, lui-même d’origine dalit, a été largement salué par la critique indienne lors de sa sortie dans le pays, en septembre 2025 – sous le titre Homebound, un terme qui peut à la fois signifier “confiné à domicile” et “en chemin pour retourner chez soi”. À partir de ce 25 mars, le film est à l’affiche en France. Pour Scroll.in, Une jeunesse indienne est “un film poignant et profond, qui explore la difficulté de concrétiser ses aspirations personnelles dans un pays comme l’Inde, où les structures sociales sont si rigides. Alors que Shoaib et Chandan se lancent sur le marché très tendu de l’emploi, ils constatent que leur identité sociale les précède toujours.” Chandan est par exemple confronté à des remarques désobligeantes sur le prétendu privilège dont bénéficieraient les dalits, en raison d’un système de discrimination positive en vigueur dans le secteur public. Des références désobligeantes à la religion de Shoaib surgissent alors qu’il regarde à la télévision, avec des collègues, un match de cricket entre l’Inde et le Pakistan. L’incident vient rappeler à quel point le pays est polarisé depuis l’arrivée au pouvoir de Narendra Modi, analyse Scroll.in. “Le sectarisme est banalisé et normalisé, brandi contre les jeunes pour leur rappeler leur place dans l’ordre social.” Le brutal confinement de 2020 en toile de fond Pour écrire le scénario de son film, Neeraj Ghaywan s’est inspiré d’un article du New York Times, publié en 2020 sous la plume du journaliste Basharat Peer (attention, l’article divulgâche le dénouement du film). Celui-ci relatait l’histoire, vraie, de deux travailleurs indiens, eux aussi amis d’enfance : Mohammad Saiyub, un musulman de 22 ans, et Amrit Kumar, un dalit de 24 ans. À l’instar de millions de travailleurs migrants, ils se sont retrouvés jetés sur les routes lors du confinement brutal imposé par Narendra Modi, pour tenter d’enrayer l’épidémie de Covid-19. Basharat Peer a reconstitué leur calvaire à partir d’une photographie de Saiyub, assis au bord d’une autoroute, tenant dans ses bras un Amrit frappé d’insolation. À lire aussi : Radicalisation. En Inde, l’État de l’Uttar Pradesh, une dystopie hindouiste Neeraj Ghaywan s’affranchit toutefois de l’article original “pour créer une expérience cinématographique profondément immersive et bouleversante, à la fois spécifique à la pandémie et universelle par son ton et son propos”, estime The Hindu. Son film est divisé en deux parties : la première se déroule avant la pandémie, et la seconde durant le confinement. Celui-ci est décrété alors que les deux amis, passant de petit boulot en petit boulot, sont partis loin de chez eux pour gagner leur vie dans une usine, en attendant mieux. Outre les discriminations de caste et de religion, le film met ainsi en lumière le combat des travailleurs migrants durant le confinement, malavisé et imposé brutalement en Inde. “Porté par les interprétations touchantes” des deux acteurs principaux, “ce drame poignant sur l’amitié, qui se déroule dans un contexte de méfiance sociale et de pandémie, est un témoignage important de notre époque”, juge encore The Hindu. L’Indian Express estime pour sa part que le film est “un brillant documentaire sur l’Inde contemporaine”. Courrier international est partenaire de ce film. Courrier international Discriminations Covid-19 Asie Nos lecteurs ont lu aussi Pendant que vous dormiez. Nucléaire iranien, Pakistan, Danemark et Anthropic : les informations de la nuit Musique. L’artiste mexicain Carín León sort le “regional” des frontières Modern Love. Mon mari a demandé à être admis en soins psychiatriques Polémique. “Lucide, voire pragmatique” : et si Timothée Chalamet disait vrai sur l’opéra ? 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