● Presse-Citron
📅 24/03/2026 à 18:52
Feux de forêts : l’Europe est mal préparée à ce qui arrive, elle doit régler 3 problèmes
Énergie & Environnement
👤 Camille Coirault
© Filippos Sdralias / Unsplash 0 En 2025, 1,03 million d’hectares de forêt ont disparu dans les flammes à travers l’Union européenne. Un record absolu depuis le début des relevés modernes, et un effet pervers du réchauffement climatique qui fait de nos étés de véritables fournaises. L’Espagne a perdu près de 400 000 hectares, le Portugal et la Roumanie ne sont pas loin derrière, et même la Suède a vu ses surfaces brûlées bondir de plus de 120 % au-dessus de sa moyenne de référence récente. Les incendies gagnent du terrain, et tout se déroule comme les modèles climatiques l’avaient malheureusement prévu. Ce qui était aussi prévisible, c’est la mollesse insupportable de la réponse institutionnelle européenne face à cette situation dramatique. Un rapport commandé par l’opérateur de services aériens d’urgence Avincis a été présenté à la conférence internationale de lutte aérienne contre les incendies de Rome, et il y a vraiment de quoi devenir fou. Non seulement l’Europe n’est pas prête à protéger ce qui lui reste de forêts, mais le pire, c’est que les trois raisons évoquées par le rapport étaient toutes évitables. Les flottes mondiales sont à bout La lutte aérienne contre les incendies est née dans les années 1950, d’abord aux États-Unis et au Canada, avec des avions militaires reconvertis. En l’occurrence, les premiers furent des bombardiers B-17 de la Seconde Guerre mondiale vidés de leurs bombes et remplis de produit retardant. La France ne s’y est mise qu’en 1963, sur recommandation de Jean-Émile Vié, sous-préfet de Marseille, convaincu que les techniques canadiennes pouvaient s’appliquer aux forêts provençales. Soixante ans plus tard, les bombardiers anti-incendies ont changé mais sont toujours contraints par la même limite économique. Étant donné qu’ils coûtent une fortune à produire, impossible de les laisser cloués au sol car ils n’ont pas d’incendies à combattre ; il faut donc les rentabiliser au maximum. C’est de là qu’est né le système de rotation d’appareils entre l’hémisphère Nord et Sud. Dès 1986-1987, des opérateurs canadiens comme Conair organisaient déjà les premiers transferts d’appareils entre l’Australie et l’Amérique du Nord en fonction des saisons. Lorsque c’est l’été en Europe et en Amérique du Nord, c’est l’hiver en Australie, et vice-versa. Ainsi, on pouvait déplacer les avions selon les besoins de chaque zone géographique ; un modèle aujourd’hui gravement menacé. Le dérèglement climatique a tellement allongé les saisons des incendies à l’échelle mondiale que la fenêtre de transit entre les deux hémisphères (quelques semaines à peine) se referme chaque année un peu plus. En Australie, les incendies font rage jusqu’au mois de mai ; en Europe, ils peuvent commencer en avril et aux États-Unis, des incendies majeurs ont déjà éclaté en décembre et janvier, comme ceux de Los Angeles l’an dernier. Ainsi, l’Australie, l’Europe et l’Amérique du Nord se retrouvent en compétition pour les mêmes appareils aux mêmes périodes. « La fenêtre pour transporter les aéronefs d’un hémisphère à l’autre se réduit, entraînant mécaniquement un déclin de la flotte mondiale disponible », résume John Boag, PDG d’Avincis. Un phénomène déjà esquissé dans les premiers rapports du GIEC au début des années 2000, qui anticipaient l’aggravation des risques d’incendies : que faisaient les États pendant ce temps-là ? Les avions bombardier d’eau ne poussent pas dans les arbres Face à cette pression croissante sur les flottes mondiales, la réponse logique serait d’en construire davantage. L’Union européenne a d’ailleurs fini par s’y résoudre : en 2024, elle a débloqué 600 millions d’euros pour l’acquisition de douze DHC-515, le successeur du Canadair CL-415, produit par De Havilland Canada. Un appareil présenté au salon de Farnborough en août 2022 comme la solution tant attendue au renouvellement de la flotte européenne, qui commence à prendre quelques rides. Le problème, c’est que les livraisons sont échelonnées entre 2027 et 2030 : un timing admirable, n’est-ce pas ? Un bombardier d’eau est un appareil très complexe à développer et sa certification au vol est un processus qui peut s’étaler sur des années, la chaîne de production doit donc être réglée comme une horloge suisse. De Havilland Canada, le principal constructeur occidental d’appareils amphibies lourds de lutte anti-incendie, se retrouve aujourd’hui noyé sous les commandes qu’il ne peut pas honorer à temps. Brian Chafe, son PDG, s’est exprimé à ce propos dans le rapport Avincis : « Nous essayons d’ouvrir une seconde ligne de production, mais les bureaucraties gouvernementales sont extrêmement lentes. Et ce n’est pas propre à nos avions : c’est valable pour n’importe quel équipement de lutte contre les incendies ». Pour mémoire : le CL-415 a effectué son premier vol en 1993 et ce n’est que 30 ans plus tard que l’Europe pense à lui trouver un successeur. On ne peut pas dire qu’elle s’est précipitée. La pénurie de pilotes que Bruxelles a laissée se creuser Il faut bien des pilotes pour piloter ces bombardiers, et sur cet aspect, l’Europe part avec un handicap qu’elle s’est en grande partie infligé elle-même. Aux États-Unis et en Australie, la lutte aérienne contre les incendies est une filière structurée de longue date, avec des écoles dédiées et une culture de l’intervention aérienne sur feux qui remonte aux années 1950. Un pilote étranger souhaitant y exercer doit passer un ou deux examens de validation. Selon les informations de Reuters, un pilote étranger souhaitant travailler dans l’Union européenne doit en revanche valider plus d’une douzaine d’examens pour obtenir une licence auprès de l’Agence européenne de la sécurité aérienne (EASA), contre un ou deux aux États-Unis ou en Australie. Comme si les incendies sur le sol européen étaient plus complexes à combattre que dans le bush australien ou les montagnes californiennes. C’est le règlement, et le règlement, on ne le discute pas en Europe, même quand les écosystèmes les plus précieux du continent sont menacés. Au moment où on a le plus besoin d’eux, nous nous retrouvons donc avec une pénurie de pilotes ; encore une fois c’était prévisible. Des pilotes australiens et américains aguerris, formés sur les mêmes appareils, se retrouvent ainsi bloqués parce qu’ils n’ont pas passé les douze examens de l’EASA. On marche sur la tête. Ca avance pour les bombardiers d’eau nouvelle génération ! Après son partenariat stratégique avec Airbus, Hynaero vient d’annoncer une levée record de 117M€. On aura bien une souveraineté française🇫🇷 (et 🇪🇺) dans la lutte contre les incendies. Premier vol prévu 2031 💪 pic.twitter.com/Iif85YG7gy — Xavier Tytelman (@PeurAvion) March 24, 2026 La situation n’est donc pas bien reluisante si l’on prend ces trois éléments ensemble et aucun d’entre eux ne prédit quoi que ce soit de vraiment positif pour les années à venir. Une petite touche d’espoir néanmoins : une startup française baptisée Hyanero, soutenue par Airbus et fraîchement auréolée d’une levée de fonds record de 117 millions d’euros, développe actuellement un bombardier d’eau de nouvelle génération (voir post X ci-dessus). Sauf que celui-ci ne prendra son envol qu’en 2031… Cinq ans à patienter sans être certain que le projet aboutisse réllement un jour, même si on le souhaite de tout notre cœur. L’Europe fera avec les moyens du bord : des avions un peu fatigués qui volent au gré de cycles de plus en plus difficiles à couvrir, au-dessus d’un continent qui bat des records d’incendies tous les ans en restant champion de la lenteur administrative. En 2025, l’Europe a perdu plus d’un million d’hectares de forêts à cause d’incendies, un record alarmant lié au réchauffement climatique. L’Europe fait face à une pénurie de bombardiers anti-incendie et de pilotes, aggravée par des délais de production et des règles administratives lourdes. Les solutions à ces problèmes sont insuffisantes et tardent à se mettre en place, laissant le continent vulnérable aux incendies croissants. 📍 Pour ne manquer aucune actualité de Presse-citron, suivez-nous sur Google Actualités et WhatsApp. Newsletter 🍋 Abonnez-vous, et recevez chaque matin un résumé de l’actu tech Votre email : Je m'inscris J'ai lu et accepte les termes et les conditions Laissez ce champ vide si vous êtes humain : AvionécologieEuroperéchauffement climatiqueScience [ Source ] Sur le même sujet Une vague de froid s’abat sur la France, elle va durer plus longtemps qu’on ne le pensait L’IA qui fait la guerre aux États-Unis se rapproche de l’Europe : l’Angleterre l’adopte pour surveiller les fraudeurs Pourquoi la plupart des robots humanoïdes sont en difficulté face aux tâches simples ? « 50 litres par jour » : les restrictions de carburant commencent en Europe Les dernières actualités Feux de forêts : l’Europe est mal préparée à ce qui arrive, elle doit régler 3 problèmes Insta360 X5 : après l’avoir essayée, impossible de revenir à votre GoPro (-40%) Game over pour Fortnite : Epic Games dit qu’il « dépense plus qu’il ne gagne d’argent » et va licencier 1000 employés Un écran de 3,8 mètres chez vous pour 82 € : ce vidéoprojecteur rend votre TV ridicule Revolut n’a jamais gagné autant d’argent : la banque dévoile un profit massif en hausse de 57 % « Un vaisseau nucléaire vers Mars » : la NASA annonce un projet spatial historique pour 2028 100 000 voitures électriques Volkswagen (et Cupra) rappelées pour un problème de batterie : attention, il y a un risque d’incendie Le Starlink russe débute : les premiers satellites orbitent près de ceux de SpaceX
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