● Courrier International
📅 23/03/2026 à 17:51
“La première défaite de Meloni” : les Italiens disent non à la réforme judiciaire
Géopolitique
La Première ministre italienne, Giorgia Meloni, se rend aux urnes pour voter lors du référendum du 23 mars 2026, à Rome (Italie). PHOTO REMO CASILLI/REUTERS À quelques jours du scrutin, The Post Internazionale n’hésitait pas à employer les superlatifs. “Sous quelque angle qu’on le regarde, le référendum des 22 et 23 mars est sans doute l’échéance électorale la plus importante de ces dix dernières années en Italie”, écrivait l’hebdomadaire romain, qui, comme l’ensemble de la presse transalpine, faisait ses gros titres sur la possibilité d’une réforme judiciaire. Un scrutin qui devait valider ou invalider la réforme constitutionnelle lancée par le gouvernement de Giorgia Meloni. Le pari de la Première ministre était risqué : appeler les Italiens aux urnes pour consacrer son projet. Peut-être trop, puisque le défi se sera soldé par un échec. En effet, selon les projections du direct du Corriere della Sera, le non serait actuellement gagnant avec 53,9 % des voix. Une victoire de taille si l’on considère le fait que les deux camps étaient considérés au coude-à-coude dans les sondages jusqu’à la veille du vote. Par ailleurs, les suffrages exprimés sont numériquement significatifs, puisque presque 59 % des Italiens se sont rendus aux urnes. À lire aussi : Italie. Roberto Vannacci, l’ex-général qui menace Giorgia Meloni sur sa droite La réforme constitutionnelle soumise à référendum prévoyait plusieurs volets. Le plus discuté était celui concernant la séparation des fonctions de juge et de procureur. Il aurait alors été impossible de passer d’une fonction à une autre au cours d’une carrière. Dans l’esprit de la droite italienne, cette réforme aurait dû permettre de renforcer l’indépendance des juges en corrigeant une prétendue confusion des rôles. Dans cette optique, il était prévu de diviser le Haut Conseil de la justice (CSM) en deux organes autonomes dont les membres ne seraient plus élus, mais désignés par tirage au sort. La matière est donc technique, mais au fur et à mesure des mois, le référendum était devenu de plus en plus une affaire éminemment politique. “Giorgia Meloni n’a cessé de répéter, et on peut lui faire confiance, que quoi qu’il arrive elle ne démissionnerait pas, retraçait lundi 23 mars au matin La Stampa, mais quoi qu’il en soit, le résultat aura des répercussions sur le gouvernement.” “La fin de l’aura d’invincibilité” Si le oui l’avait emporté, en effet, la présidente du Conseil aurait obtenu une victoire de taille en réalisant une réforme longtemps rêvée par la droite italienne, qui n’a cessé de dénoncer des juges prétendument politisés à gauche. Meloni aurait renforcé son pouvoir en vue des élections législatives de 2027 et, sur la lancée de ce vote populaire, elle aurait pu lancer l’autre grande réforme constitutionnelle qu’elle a toujours affirmé vouloir porter à terme : l’élection au suffrage direct du Premier ministre. À lire aussi : Italie. Giorgia Meloni, la femme qui fait trembler l’Europe Que se passera-t-il maintenant que le non l’a emporté ? Aux aurores de cette journée décisive, le quotidien turinois se fendait de la prévision suivante : “Si le non gagne, ce serait la première vraie défaite politique de Giorgia Meloni. La fin de l’aura d’invincibilité qui a jusqu’ici marqué son mandat et qui lui a permis de protéger, grâce à sa popularité personnelle, les autres membres de son gouvernement.” “Ce serait une fin de monarchie”, osait même le journal libéral. Dans un message publié sur le réseau social X, la présidente du Conseil a déclaré : “Les Italiens ont tranché. Et nous respectons cette décision. […] Cela ne change rien à notre engagement de continuer, avec sérieux et détermination, à œuvrer pour le bien de la nation et à honorer le mandat qui nous a été confié.” Meloni devrait bel et bien rester sur son trône, même si, en cet après-midi du 23 mars, celui-ci apparaît beaucoup plus instable. Beniamino Morante Europe Justice Giorgia Meloni Sur le même sujet Politique. L’Italie de Meloni accueille plus de migrants que les précédents gouvernements Extrême droite. À Rome, dans la forteresse secrète des néofascistes de CasaPound Société. En Italie, l’union civile de deux maires homosexuels d’extrême droite fait jaser Décès. “Sécessionniste”, “provocateur” : le chef de la Ligue du Nord, Umberto Bossi, a marqué l’Italie Nos services HORS-SÉRIE Comment les Russes vivent-ils aujourd’hui ? Quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, c’est une plongée rare dans ce pays de plus en plus fermé que nous vous proposons dans notre nouveau hors série, en vente à partir du 18 mars. Politique, économie, société, culture : dans la Russie de Vladimir Poutine, la guerre laisse partout son empreinte. Un numéro presque entièrement réalisé à partir de sources russes, la plupart en exil, qui dresse un portrait réaliste de la société russe. 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