● Silicon.fr Télécom 📅 23/03/2026 à 13:07

L'Allemagne esquisse une stack nationale « souveraine » : ce qu'il y a dedans

Open Source 👤 Clément Bohic
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GitLab, mais pas GitHub ; Flux, mais pas Argo CD ; Selenium, mais pas Cypress… L’Allemagne a fait ses choix pour développer la D-Stack. Le ministère fédéral du Numérique et de la Modernisation de l’État porte cette initiative. Objectif : mettre à disposition de tous les niveaux de l’administration publique une « plate-forme technologique souveraine » pour les projets numériques. En toile de fond, un programme de modernisation dont les jalons furent posés l’an dernier. Un de ses volets est dédié au numérique. Entre autres échéances, il implique d’identifier, pour juin 2026, les procédures administratives qui se prêtent à l’utilisation de l’IA. Puis, pour la fin de l’année, à élaborer une réglementation tendant à éviter le stockage de données en double par les autorités publiques. La diffusion large d’une « workplace souveraine » est visée pour 2027. Une préférence pour l’écosystème JavaScript La D-Stack (Deutschland-Stack) doit quant à elle devenir « concrète » à l’horizon 2028. L’idée est de privilégier les composants « sur étagère » aux développements. Priorité est donnée aux solutions open source et aux offres européennes. Lire aussi : Jensen Huang défend sa vision de la "token économie" L’Allemagne ne part pas de rien. Elle s’appuie notamment sur des normes et bonnes pratiques issues de son initiative GovStack. Elle y a pour le moment assorti deux consultations publiques. Et a mis en ligne une cartographie d’outils susceptibles d’entrer dans la composition de la D-Stack. La vue principale – en grille et en cartes – référence 128 briques technologiques. Un onglet annexe les reprend sous forme de liste… mais uniquement en partie, laissant potentiellement apparaître des préférences. Ainsi sur la partie développement logiciel : JavaScript, React, NextJS et Angular figurent tous sur ladite liste, tandis que C++, Go, Java, PHP, Python, R, Rust et Swift ne se trouvent que dans la visualisation grille/cartes (comme TypeScript, d’ailleurs). Angel ML, Pyro, spaCy… Des projets « anciens » pour le socle IA de la D-Stack Sur le volet IA, en revanche, la présentation est uniforme. On y trouve tant TensorFlow (première version en 2015) que PyTorch (2016), le format ONNX (2017), MLflow (2018) et Hugging Face Transformers (2018). Au rang des « anciens », il y a aussi Angel ML. Tencent avait publié la prremière version de cette plate-forme d'apprentissage automatique distribuée en 2017. Le projet est aujourd'hui à la Fondation Linux. Autre projet de la Fondation Linux, et lui aussi né en 2017 : Pyro. Il s'agit d'un langage de programmation probabiliste universel basé sur PyTorch. Deux des outils de l'actuelle D-Stack émanent d'entreprises allemandes. D'un côté, spaCy, bibliothèque Python de traitement du langage naturel. Explosion AI en a publié la version initiale en 2015. De l'autre, Haystack. Première version publiée en 2019 pour ce framework d'orchestration IA qu'on doit à deepset. Le plus ancien projet que l'Allemagne référence dans la catégorie IA est Robot Framework (automatisation des tests dans le contexte de la RPA). Ses racines remontent à 2004. Il est porté par une fondation de droit finlandais dont Airbus et Capgemini sont membres. Lire aussi : CentraleSupélec cartographie les 4 profils de startups deeptech françaises Des protocoles agentiques... et du Microsoft Trois outils IA de la D-Stack ont émergé en 2023 : Axolotl, framework de fine-tuning de la start-up américaine éponyme ; RagFlow, moteur de RAG open source de l'entreprise chinoise InfiniFlow ; Prompt flow, outil visuel de développements d'applications IA, made in Microsoft. Quatre protocoles agentiques figurent aussi sur la liste. MCP en fait partie. A2A aussi (Google l'a lancé en 2025 puis confié à la Fondation Linux). Même chose pour ANP (Agent Network Protocol) et AG-UI (Agent-User Interaction Protocl). Censé aboutir à un « HTTP agentique », ANP est apparu en 2024. On le doit à un ancien de Huawei et d'Alibaba. La communauté qui s'est constituée à son entour a pris la tête d'un groupe de travail au sein du W3C. AG-UI est plus récent (première version en avril 2025). Ce protocole orienté événements a pour but de standardiser la connexion entre les agents et les applications exposées à l'utilisateur final. De Qdrant à piveau, des briques made in Allemagne Sur l'aspect data, l'onglet annexe met en avant divers formats (CSV, DCAT, JSON, MD, RDF, YAML, etc.)... et PostgreSQL. Pas de PostgreSQL dans la cartographie principale, mais un bouquet de bases de données. Nommément, Cassandra, CouchDB, HBase, MariaDB, MongoDB, MySQL, Neo4j, ScyllaDB et trois bases vectorielles : Chroma (de l'entreprise américaine du même nom, née en 2023) Milvus (né en 2017 à l'initiative d'une société d'origine chinoise ; confié à la Linux Foundation) NQdrant (de l'entreprise allemande Qdrant) Autre technologie made in Allemagne : le catalogue de métadonnées piveau, issu du réseau des instituts Fraunhofer. La D-Stack inclut une brique complémentaire : CKAN (Comprehensive Knowledge Archive Network). Une association à but non lucratif de droit britannique porte cette application de stockage et de distribution de données inspirée des systèmes de gestion de paquets. Un arsenal autour de Kubernetes De la techno allemande, il y en a aussi sur la partie low code. En l'occurrence avec n8n, que l'entreprise du même nom propose depuis 2019. Quatre autres outils sont référencés : Appsmith (de l'entreprise américaine éponyme ; première version en 2020) Budibase (2019 ; de l'entreprise du même nom, basée en Irlande du Nord) Joget (2011 ; de l'entreprise américaine du même nom) Node-RED (2013 ; origine IBM, désormais chez l'OpenJS Foundation) Pas d'Argo CD sur la partie déploiement, donc, mais du Flux, du CircleCI et du Jenkins. Ainsi que du Spinnaker (livraison continue multicloud, publié en 2025 par Netflix) et de l'OpenKruise (gestion de workloads sur Kubernetes ; né en 2019, actuellement en incubation à la CNCF). GitHub n'est pas cité en tant que tel, mais un de ses produits l'est : GitHub Actions. En matière d'intégration, la D-Stack s'oriente clairement sur les architectures de microservices. Elle englobe plusieurs proxys (Envoy, NGINX, Traefix) et plusieurs contrôleurs ingress (Contour, Emissary), ainsi qu'Istio. Portainer et Rancher sont aussi sur la liste, comme HashiCorp Nomad et Docker Swarm. Kong l'est également pour sa passerelle API open source, à l'instar de Red Hat avec la version communautaire d'OpenShift. Illustration générée par IA
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