● Courrier International
📅 23/03/2026 à 11:23
“On nous ment à la télé” : des familles russes face à la propagande
Géopolitique
Des femmes déposent des fleurs devant un mémorial improvisé en hommage aux soldats russes engagés dans l’invasion de l’Ukraine, marquant le quatrième anniversaire du début de la guerre, à Moscou, Russie, le 24 février 2026. Photo Ramil Sitdikov/REUTERS [Cet article a été publié le 24 février et republié le 23 mars 2026] Il n’y a pas que sur le front que l’invasion russe de l’Ukraine fait des ravages. Dans les appartements russes, autour de la table à manger, elle a ouvert une autre ligne de fracture : celle qui sépare parents et enfants, conjoints, frères et sœurs. C’est ce que raconte Novaïa Gazeta Europe, qui a recueilli cinq témoignages de Russes confrontés à un même choc : voir leurs proches soutenir la guerre en Ukraine – avant, parfois, de les voir douter. Depuis le 24 février 2022, le Kremlin impose l’expression d’“opération militaire spéciale” sous peine de poursuites. Pour beaucoup de familles, les chaînes de télévision fédérales, qui véhiculent le narratif de Moscou, restent la source principale – et parfois unique – d’information. Voir aussi : Diaporama. Quatre ans de guerre en Ukraine à la une de “Courrier international” La quasi-totalité des médias indépendants ou en exil ont été fermés ou bloqués, et l’accès à une autre information passe souvent par un VPN, outil permettant de contourner la censure, souvent peu maîtrisé par les plus âgés. Leur génération, socialisée à l’époque soviétique et plus exposée à la télévision, est aujourd’hui la plus perméable à la propagande. Un “traître à la patrie” “On nous ment à la télé, insistait Kristina, sans succès. J’étais sous le choc : on aurait dit que ma mère avait été ensorcelée.” La famille de la jeune femme se rendait régulièrement en Ukraine avant 2014, date de l’annexion de la Crimée et du début de la guerre dans le Donbass. Rien ne laissait présager que sa mère adhérerait un jour au récit de la “dénazification”, pilier de la rhétorique officielle russe présentant Kiev comme étant aux mains de “fascistes”. Marquée par les récits de sa grand-mère sur la Seconde Guerre mondiale, elle croyait sincèrement que la Russie combattait le nazisme. Le déclic viendra après la mobilisation partielle annoncée en septembre 2022 et le départ de sa fille et de son mari en Arménie. La peur de perdre sa fille a agi comme un électrochoc. À distance, sa mère commence à lire les articles des médias russes indépendants et apprend à utiliser un VPN. “Je suis désolée, j’ai vraiment eu tort de ne pas vous écouter, entend Kristina de la bouche de sa mère au téléphone. Je ne savais pas qu’on m’avait autant trompée.” Avec son père, en revanche, elle n’a plus de contact. À lire aussi : Enquête. La CIA et le MI6 savaient que Poutine voulait envahir l’Ukraine, et personne n’a voulu les croire Sergueï, 35 ans, a suivi un chemin plus long. Son père, vétéran d’Afghanistan, s’est laissé convaincre que l’Otan cherchait à encercler la Russie et que l’Occident allait “lui imposer des valeurs étrangères”. Après l’exil de Sergueï, les conversations reprennent prudemment. On parle d’abord d’autres choses, puis des conséquences concrètes de la guerre sur le quotidien : hausse du prix des concombres, blocage de messageries compliquant leurs appels, proches mobilisés. Deux ans plus tard, les certitudes se fissurent. Un “traître à la patrie” et “déraciné”, c’est ainsi que Kirill avait été traité par sa mère. Pour la persuader, il soulignait les contradictions des médias d’État. Son départ en Allemagne, un emploi obtenu dans le secteur médical contredisaient les prophéties télévisées, bousculant ainsi le récit officiel. Aujourd’hui, sa mère n’évoque plus “la prise de Kiev en trois jours” et admet qu’“on n’aurait peut-être pas dû se mêler de ça”. Courrier international Guerre en Ukraine Propagande Europe Nos lecteurs ont lu aussi Une du jour. Un vaste scandale de “viols virtuels” agite l’Allemagne Vu du Royaume-Uni. Les Français ont un problème avec leurs pauses déjeuner Moyen-Orient. “Ils tuent, torturent et tirent tous les jours” : le Hamas renforce son emprise sur Gaza Géopolitique. La guerre au Moyen-Orient, une opportunité à saisir pour les pays du Maghreb Nos services HORS-SÉRIE Comment les Russes vivent-ils aujourd’hui ? Quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, c’est une plongée rare dans ce pays de plus en plus fermé que nous vous proposons dans notre nouveau hors série, en vente à partir du 18 mars. Politique, économie, société, culture : dans la Russie de Vladimir Poutine, la guerre laisse partout son empreinte. Un numéro presque entièrement réalisé à partir de sources russes, la plupart en exil, qui dresse un portrait réaliste de la société russe. Je découvre → Slow Autriche [Contenu partenaire] Le Bregenzerwald : escapade estivale entre nature, culture et architecture durable Je découvre l’article → Cinéma - invitation Tentez de remporter une invitation pour le film « Derrière les Palmiers » de Meryem Benm’Barek. Je reçois mon invitation → La Croix-Rouge française [Contenu partenaire] Droit international humanitaire : protéger l’humain quand tout vacille. Je découvre l’article →
🔗 Lire l'article original
👁️ 1 lecture