● Le Monde Numérique 📅 23/03/2026 à 09:00

« La Russie tente de bâtir un écosystème numérique national où Internet fait office d’instrument de souveraineté technologique et d’outil de contrôle »

Géopolitique
Illustration
Longtemps perçu comme un espace global, ouvert et difficilement maîtrisable, Internet apparaît aujourd’hui de plus en plus comme un territoire stratégique. Les Etats, qui ont pendant longtemps fait de la régulation des contenus en ligne la pièce maîtresse de leurs interventions politique sur le numérique, tentent de plus en plus fréquemment de contrôler l’architecture même de la connectivité. Cette évolution, qui s’inscrit dans un ensemble de phénomènes relevant de la fragmentation progressive du réseau, voire d’une véritable « weaponisation of connectivity » (« militarisation de la connectivité »), transforme l’accès à Internet en instrument de puissance politique et géopolitique. Les coupures prolongées d’Internet mobile observées à Moscou depuis début mars en offrent une illustration emblématique. Dans plusieurs quartiers de la capitale russe, ces interruptions ont perturbé les paiements électroniques, les services de navigation ou encore certaines activités commerciales. Officiellement justifiées par des impératifs de sécurité face aux menaces de drones ukrainiens, elles sont aussi interprétées comme un test grandeur nature de la capacité du pouvoir à contrôler le trafic numérique à grande échelle. Des estimations relayées dans la presse internationale évoquent déjà des pertes économiques significatives et un recours contraint à des solutions de communication plus anciennes, signe de la dépendance croissante des sociétés contemporaines à la connectivité numérique. Nombre record d’interruptions Ces perturbations s’inscrivent dans une stratégie élaborée de longue date, étudiée dans le cadre de projets de recherche (ResisTIC, DIGISOV). Depuis l’adoption, en 2019, de la loi sur « l’Internet souverain », les autorités russes ont progressivement renforcé les dispositifs permettant de centraliser le routage des données et de filtrer les flux. Des analyses de centres de recherche en politique de sécurité – la Jamestown Foundation notamment –, soulignent que ce cadre juridique vise explicitement à rendre possible l’isolement du segment national du réseau en cas de « crise majeure », dont le caractère critique serait, bien sûr, très largement défini par le pouvoir étatique lui-même. Il vous reste 61.64% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
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