● BFM Tech 📅 23/03/2026 à 09:53

Aux portes d'une nouvelle guerre? L’Éthiopie et l’Érythrée s’enfoncent dans une crise attisée par des images générées par IA et des influenceurs

Géopolitique
Illustration
Un membre des Forces de défense nationale somaliennes (ENDF) défile en char lors d'une cérémonie de fin de mission organisée devant le commandant de la Force de l'AMISOM, le lieutenant-général Osman Noor Soubagleh, à Baidoa, en Somalie, le 15 juillet 2017 (photo d'illustration) - AMISOM/ domaine publicLes tensions entre l’Éthiopie et l’Érythrée restent extrêmement vives, et une nouvelle guerre dans la région menace des millions de personnes. Elles s’intensifient encore, attisées en ligne par les images générées par l’IA et par l’activité des influenceurs.C’est presque devenu une mécanique implacable d'avant conflit. En octobre dernier, BFMTV Tech relatait déjà cette "guerre des images" à l’ère du numérique entre le Venezuela et les États-Unis. Quelques semaines avant l’opération américaine ayant conduit à la capture de Nicolás Maduro, une avalanche de contenus manipulés, souvent générés par intelligence artificielle, avait envahi les réseaux sociaux.Photos truquées, vidéos détournées, deepfakes: ces images ont contribué à brouiller la frontière entre information et propagande, atteignant des millions de vues en quelques heures. Même phénomène en Asie du Sud-Est, où les tensions entre la Thaïlande et le Cambodge ont été ravivées par la circulation de contenus générés par IA, alimentant un conflit frontalier déjà ancien. Aujourd’hui, c’est en Afrique que la question se pose.En pleine escalade verbale et alors que plane le spectre d'une nouvelle guerre entre l’Éthiopie et l’Érythrée, des images et vidéos générées par l'intelligence artificielle (IA) attisent l'animosité en ligne entre les deux voisins de la Corne de l'Afrique. Depuis 2023, le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed martèle que son pays, enclavé depuis l'indépendance de l’Érythrée en 1993, doit avoir un accès à la mer, par des moyens pacifiques.Des soldats éthiopiens en service à la frontière érythréenne dans la ville septentrionale de Zala Anbessa, dans la région du Tigré en Éthiopie, le 19 novembre 2005 (photo d'illustration) © Marco Longari - AFPAsmara accuse régulièrement son voisin de lorgner le port érythréen d'Assab. Les tensions sont encore montées d'un cran ces dernières semaines, alors que des sources sécuritaires faisaient état de mouvements de troupes des deux côtés de la frontière. Cette escalade s'accompagne d'une rhétorique de plus en plus violente en ligne et fait planer le risque d'une nouvelle guerre entre les deux pays, après celle de 1998-2000 qui avait fait des dizaines de milliers de morts.Escalade numériqueSelon l'AFP, celle-ci passe notamment par un flot d'images générées par IA, qui cherchent à afficher la supériorité militaire de leur camp, à humilier les dirigeants ennemis et à présenter la guerre comme rapide et sans coût. Ces contenus suscitent des milliers de réactions en quelques heures, les sections de commentaires se remplissant de menaces et d'images encore plus violentes.L’Éthiopien Eliyas Kebede Zemedkun, aux plus de 80.000 abonnés sur Facebook, publie depuis des mois de fausses images qui montrent des chars entrant dans le port d’Assab sous les acclamations de la foule, ou le chef d'état-major éthiopien pourchassant le président érythréen Issaias Afwerki, au pouvoir sans partage depuis 1993.Interrogé par l'AFP, il affirme vouloir promouvoir le "récit national" éthiopien et défier ceux qui cherchent à "rabaisser l'armée nationale", tout en reconnaissant que l'IA "obscurcit la réalité" et "normalise l'agressivité".Lui indique utiliser Gemini et ChatGPT, ainsi que le logiciel Clideo, pour créer ses contenus, dont chaque publication s'accompagne d'une vague de réactions en provenance de comptes pro-Érythrée. Mimta Grlis, qui compte de son côté quelque 8.000 abonnés sur Facebook, a ainsi publié des représentations de M. Abiy arrêté par les forces érythréennes ou d'un navire éthiopien coulant en mer Rouge.Un char abandonné de l'armée érythréenne au sud-ouest de Mekelle, dans la région du Tigré, en Ethiopie, le 20 juin 2021 (photo d'illustration) © YASUYOSHI CHIBA / AFPDes propos incendiaires en ligne avaient contribué à attiser la haine pendant la guerre dans la région éthiopienne du Tigré entre 2020 et 2022, rappelle Kjetil Tronvoll, spécialiste de la région au Oslo New University College (Norvège). Les forces érythréennes avaient alors prêté main-forte aux troupes fédérales éthiopiennes contre les rebelles tigréens. Plus de 600.000 personnes avaient péri, selon une estimation de l'Union africaine, jugée basse par de nombreux experts.Un "caractère provocateur"Mais l'IA accentue encore les émotions, observe M. Tronvoll. "Quand les gens croient que des images fabriquées sont réelles, cela nourrit une colère, une peur et une animosité bien réelles", explique-t-il. D'autant que la culture numérique reste limitée en Éthiopie, classée 112e sur 149 pays dans le dernier indice des compétences numériques du Forum économique mondial (l’Érythrée, l'un des pays les plus fermés au monde, ne fait pas partie du classement, ndlr)."Dans la plupart des cas, ces vidéos ne sont pas proches de la réalité. Mais même lorsqu'elles ne sont pas réalistes, la réaction émotionnelle est très forte en raison de leur caractère provocateur et du faible niveau de culture médiatique des spectateurs", remarque l'expert en intelligence artificielle Amanuel Meseret.L'examen des commentaires postés sous les images générées par IA suggère que de nombreux utilisateurs des réseaux sociaux les considèrent comme authentiques. Alors que les deux gouvernements multiplient les déclarations agressives, les entreprises du secteur devraient être poussées à retirer les images préjudiciables, estime quant à lui Workineh Diribsa, enseignant en journalisme à l'université éthiopienne de Jimma.Le professeur ajoute également que des programmes d'éducation aux médias sont aussi essentiels pour aider les citoyens à "identifier, questionner et résister à un contenu manipulatoire". Ces vidéos "construisent une fausse réalité" qui, craint-il, "risque d'orienter l'opinion et le discours politique vers la confrontation."Les plus lusL'ancien Premier ministre Lionel Jospin est mort à l'âge de 88 ans"Du combat de sa vie" à la sèche défaite, comment la candidature de Rachida Dati aux municipales à Paris a tourné au fiascoGuerre en Iran: un ministre de Donald Trump affirme qu'il faut parfois "une escalade pour désescalader""On a cru qu’il était mort": Fabien Lecoeuvre hospitalisé après avoir été frappé par Stéphane Tapie hors antenne dans l’émission "Tout beau tout neuf" de Cyril HanounaÉquipe de France: découvrez les maillots que les Bleus porteront à la Coupe du monde 2026, avec une couleur originale
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