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L'armée de l'air française n'aura que quelques jours de munitions en cas de guerre

Géopolitique 👤 Nassim Chentouf
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L'armée de l'air française n'aura que quelques jours de munitions en cas de guerre Par Nassim Chentouf Publié le 22/03/26 à 18h45 Nos réseaux : Suivez-nous Commenter 5 © Shutterstock/Dragos AsafteiLe problème n'est pas le matériel de pointe. Les armées européennes ont des chars, des navires et des avions de bonne facture. Philippe Gros, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique, l'admet sans détour. Selon lui, les forces européennes sont "globalement à la hauteur de la Russie" sur ces équipements et "compensent leurs infériorités numériques par une supériorité technologique". Les soldats sont bien formés et bien équipés. Sauf que voilà, le problème est partout ailleurs. Philippe Gros résume la situation en une phrase. On a "un peu de tout et beaucoup de rien".Pourquoi l'armée française n'est pas totalement prête ?Le premier problème, c'est la logistique. Elle a été "calibrée au plus juste depuis des décennies", explique Philippe Gros. On parle de munitions en premier lieu. L'Ukraine tire jusqu'à 8 000 obus de 155 mm par jour. La France n'en produisait que 500 par an entre 2012 et 2017. Il a fallu attendre 2024 pour que le ministère des Armées augmente l'objectif à 100 000 par an.Mais les munitions ne sont pas le seul problème. L'Europe manque de camions et d'avions de transport pour acheminer les troupes. Elle manque de capacités de maintenance et de soutien médical. Et sur certains sujets critiques comme le renseignement, la défense sol-air ou la guerre électronique, le continent reste très tributaire des États-Unis.Léo Péria-Peigné, chercheur à l'Ifri, pointe que l'industrie européenne "n'est plus capable de fournir certains segments d'équipement" dans ces domaines. En gros, sans les États-Unis, l'Europe a les mains attachées dans le dos. Les armées européennes ont aussi un train de retard sur les drones. L'Ukraine a montré qu'il est possible de compenser l'infériorité numérique avec des petits appareils bon marché capables de saturer les défenses ennemies. à lire également :3OpenAI : la cheffe de la robotique claque la porte, elle refuse que l'IA serve l'armée US sans garde-fousNouvelle démission de poids chez OpenAI. Caitlin Kalinowski, qui dirigeait l'équipe robotique, refuse de cautionner l'accord signé avec l... il y a 13 jours Bref, les besoins sont partout. Maxime Cordet, analyste de défense, le dit clairement : "On ne peut pas se concentrer sur un ou deux types d'équipements. Pour beaucoup, il faut monter en gamme, et pour beaucoup d'autres, multiplier les quantités."Le problème, c'est que l'industrie de défense française tourne déjà à plein régime. Selon l'Insee, le taux d'utilisation des capacités de production était de 91 % en 2024. Les carnets de commandes couvrent plusieurs années. On parle aussi de 10 000 postes à pourvoir de suite dans le secteur, selon la direction générale de l'Armement. Accélérer la cadence est tout simplement impossible sans construire de nouvelles usines. Et une nouvelle ligne de production, c'est des années de travail et des investissements colossaux.Pour rappel, des solutions commencent à émerger. La Commission européenne a financé l'achat groupé de 1 500 missiles Mistral par neuf pays pour 60 millions d'euros. Dans la même logique, la France, l'Italie et le Royaume-Uni ont acheté ensemble 700 missiles Aster à MBDA. Le fabricant prévoit de réduire ses délais de production de 42 mois en 2022 à moins de 18 mois en 2026. Samuel Faure, spécialiste des politiques de défense, salue ces achats groupés qui donnent "de la visibilité à l'industriel et permettent aux pays d'acheter moins cher".Une industrie européenne bien trop fragmentéeSauf que voilà, l'industrie européenne reste trop fragmentée. Le continent compte six constructeurs de chars et trois motoristes d'avions. Si les commandes sont dispersées, aucun industriel ne peut rentabiliser une nouvelle usine. Maxime Cordet plaide pour la création de "champions à l'échelle continentale". Mais chaque pays protège ses emplois et ses usines. Patrick van den Ende, expert en défense à Xerfi, rappelle qu'aucun État "n'est prêt à abandonner ses industries". C'est un blocage politique avant d'être industriel.En clair, les projets européens souffrent de cette fragmentation. Le programme franco-allemand de char du futur MGCS est miné par les luttes entre Nexter et les allemands KMW et Rheinmetall. L'A400M d'Airbus a explosé les délais et les budgets à cause de son consortium de motoristes. Les résultats sont là et ils ne sont pas bons.Le risque, c'est que les pays européens aillent acheter ailleurs. La Pologne s'est constitué l'une des armées les plus solides du continent. Elle a acheté pour 18 milliards d'euros de chars, d'obusiers et d'avions à la Corée du Sud. D'autres se reposent toujours sur l'industrie étasunienne. L'Allemagne a commandé 36 F-35 supplémentaires alors qu'il existe trois chasseurs européens sur le marché. Le Rafale, l'Eurofighter et le Gripen. à lire également :1Un seul mot suffit aux pirates pour prendre le contrôle d'une armée de robotsUn robot humanoïde s'avance vers un mannequin au centre de la scène. Son bras mécanique l'envoie au sol d'un coup de poing. Une démonstra... il y a 2 mois Cette dépendance aux États-Unis pose un problème de souveraineté. Le F-35 est un véritable PC volant. Philippe Gros pointe que l'avion dépend fortement du logiciel de maintenance Odin hébergé aux États-Unis. Selon lui, "il est très probable que sans ce logiciel, les performances opérationnelles de l'appareil soient largement amputées".Et le F-35 n'est pas le seul. L'ancien officier Xavier Tytelman a listé toutes les capacités européennes qui dépendent de technologies étasuniennes. On parle du GPS, du contrôle des drones MQ-9 Reaper, du radar du Patriot et des missiles Himars livrés bridés à l'Ukraine. Si Washington coupe le robinet, l'Europe est paralysée.Philippe Gros tempère. Selon lui, "ce serait risqué pour les États-Unis car plus aucun pays ne voudrait acheter chez eux". Mais le risque existe. Et il pousse en faveur d'une vraie Europe de la défense.Des armes interdites qui reviennent sur le tapisIl y a aussi un sujet qui fait froid dans le dos. L'Ukraine et la Russie utilisent des armes interdites depuis des années comme mines antipersonnel, bombes à sous-munitions. Léo Péria-Peigné note que la Pologne, les pays baltes et peut-être la Finlande se préparent à quitter la Convention d'Ottawa de 1997. Cette convention interdit les mines antipersonnel. à lire également :4NEWS : La Terre vue du cielL'armée des États-Unis prive les scientifiques d'une base de données cruciale concernant la fonte de la banquiseLes coupes budgétaires voulues par Donald Trump continuent de saper le travail des scientifiques aux États-Unis, particulièrement celui d... il y a 8 mois La Lituanie a déjà quitté la Convention d'Oslo de 2008 sur les bombes à sous-munitions. Ce n'est "pas encore envisagé en Europe de l'Ouest, moins sous pression que les voisins de la Russie", précise Léo Péria-Peigné. La question est de savoir pour combien de temps. Suivez toute l'actualité des Numériques sur Google Actualités et sur la chaîne WhatsApp des Numériques Envie de faire encore plus d'économies ? Découvrez nos codes promo sélectionnés pour vous.
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