● BFM Tech
📅 22/03/2026 à 17:17
Patron d'Anthropic, critique acerbe de Donald Trump... qui est Dario Amodei, le fondateur de la start-up blacklistée par le gouvernement américain?
Géopolitique
Connu pour s'être opposé à Donald Trump avec sa start-up Anthropic, Dario Amodei n'est pas comme les autres patrons de l'IA ou plus largement de la tech, n'ayant pas peur de camper sur ses positions.Il est celui qui a osé dire non à Donald Trump. Son nom: Dario Amodei. S'il n'est pas aussi connu que Sam Altman, le patron d'OpenAI, il a beaucoup fait parler de lui ces dernières semaines, avec sa start-up, Anthropic, qui est dans le viseur du gouvernement américain.Confronté à un ultimatum du Pentagone, il a refusé de céder aux menaces et de permettre à l'armée d'utiliser son IA Claude sans la mise en place de garanties pour empêcher son exploitation à des fins de surveillance de masse aux Etats-Unis ou la création d'armes autonomes.Depuis, Anthropic est considérée comme une entreprise "à risque" aux États-Unis - décision qu'elle conteste en justice - et c'est OpenAI qui a décroché le gros lot. Mais ce n'est pas la première fois que celui qui a été honoré par le magazine Time en tant qu'architecte de l'IA aux côtés de ses pairs se fait des ennemis dans le gouvernement américain ou se distingue de ses pairs par ses positions. Bien au contraire.Le patron de l’IA qui n'a pas peur de Donald TrumpSon opposition à Donald Trump n'est pas neuve, cet affront était loin d’être le premier. Démocrate, Dario Amodei n’a pas hésité à critiquer ouvertement le président, avant même sa réélection. Il l’a notamment qualifié de "seigneur de guerre féodal" dans un message publié sur Facebook en 2024 et depuis supprimé, rappelait le Wall Street Journal en septembre. Avec cette publication incendiaire, il appelait à voter pour Kamala Harris, affirmant que son adversaire de l’époque "représente une menace sérieuse et légitime pour l’état de droit".Le patron d’Anthropic s’est même parfois montré excessif dans des décisions ayant un quelconque rapport avec le président américain, au point que ses propres conseillers l’ont déjà invité à modérer son opposition. Il a par exemple viré le cabinet d’avocats Skaddn Arps en mars 2025, après avoir appris qu’il avait signé un accord avec le président des États-Unis, dans le cadre duquel le cabinet s’engageait à fournir pour 100 millions de dollars de services à son administration.Absent à l’investiture de Donald Trump en janvier 2025, Dario Amodei est aussi resté chez lui, à San Francisco, alors que Sam Altman, Mark Zuckerberg, Bill Gates ou encore Tim Cook se trouvaient à la Maison Blanche, dînant avec Donald Trump, quelques mois plus tard, en septembre. Contrairement à ses homologues, il ne cherche en effet pas à s’attirer les faveurs du successeur de Joe Biden et encore moins à en être apprécié."L’administration Trump ne nous aime pas parce que nous ne lui avons pas fait de dons financiers ni prodigué d’éloges dignes d’un dictateur", a aussi déclaré le cofondateur d’Anthropic à ses employés dans un mémo quelques heures après que le président a ordonné le retrait de la technologie de sa start-up de tous les systèmes fédéraux sur son réseau social, Truth Social.Un patron favorable à la régulation de l'IAMais en plus des critiques envers le président des États-Unis, Dario Amodei a aussi attaqué son programme en matière d’IA, s’opposant entre autres à sa proposition d’instaurer un moratoire de dix ans sur le vote de lois sur cette technologie au niveau des États américains."Un moratoire de dix ans est une mesure bien trop radicale. L’IA progresse à unvitesse vertigineuse (…) Sans plan clair de réponse fédérale, un moratoire nous exposerait au pire des deux mondes: l’impossibilité pour les États d’agir et l’absence de politique nationale de soutien", a-t-il affirmé dans une tribune du New York Times en juin 2025.Un avis qui n’a pas plu à la Maison Blanche et plus particulièrement à David Sacks, conseiller de Donald Trump et "tsar" de l’IA et des cryptomonnaies, qui a critiqué à plusieurs reprises les positions politiques de l'entrepreneur américain et de son entreprise. Il lui a notamment reproché de soutenir l’approche de Joe Biden en matière de régulation de l’IA, à laquelle Donald Trump a d’ailleurs mis fin dès son retour à la Maison Blanche."Anthropic mène une stratégie sophistiquée de captation réglementaire fondée sur la peur. Elle est principalement responsable de la frénésie réglementaire actuelle qui nuit à l’écosystème des start-up", a martelé David Sacks sur X en octobre, allant jusqu’à accuser la jeune pousse de chercher à "introduire subrepticement une régulation de l’IA ‘woke’ et d’autres réglementations". Une série de critiques qui a poussé le PDG d’Anthropic à faire une "mise au point" pour apaiser les tensions, en assurant que sa société n’était pas ‘woke’.L'entrepreneur qui alerte des dangers de l'IAIl faut dire aussi que Dario Amodei a pour habitude d’alerter sur les dangers de l’IA. La dernière fois remonte à janvier 2026: "L’humanité est sur le point de recevoir un pouvoir quasi inimaginable, et il est loin d’être certain que nos systèmes sociaux, politiques et technologiques possèdent la maturité nécessaire pour s’en servir", a-t-il mis en garde dans un essai de près de 20.000 mots.Un texte dans lequel il appelle l’humanité à se réveiller face aux potentiels risques catastrophiques que poseront les outils d’lA dans les prochaines années. Mais c’est ce type d’alertes qui lui a valu des critiques de la part de personnalités connues du secteur.Il "vient d’une espèce de mouvement intellectuel californien (…) qui est un petit peu motivé par cette histoire que l’IA peut détruire l’humanité", a rappelé le fondateur d'AMI Labs, Yann Le Cun, sur France Inter en février, faisant référence à l'"effective altruism" ("altruisme efficace" en français).Ce courant de pensée croit que l'IA pourrait un jour résoudre le problème du changement climatique ou trouver un remède contre le cancer, mais craint aussi qu'elle représente un risque pour l'humanité. Raison pour laquelle il prône un développement raisonné et prudent de l'IA, craignant qu'elle représente un risque pour l'humanité.Anthropic a eu des liens avec ce mouvement à ses débuts, par Holden Karnofsky le mari de la soeur de Dario Amodei, Daniela, qui a cofondé la start-up avec son frère, rappelle le New York Times. Holden Karnofsky est en effet un des fondateurs de ce courant de pensée. Certains des premiers investisseurs d'Anthropic avaient également des liens avec ce mouvement, dont Sam Bankman-Fried, fondateur de la plateforme de cryptomonnaies FTX qui purge actuellement une peine de 25 ans de prison. Mais les deux membres de la famille Amodei s'en sont depuis éloignés.Le patron qui se soucie (trop) de la sécurité de l'IAMalgré cette séparation, la sécurité de l'IA est toujours aussi importante pour Dario Amodei, et pour sa start-up. "Maintenant, [Dario Amodei] a contourné cet argument pour convaincre les gouvernements de réglementer l’IA à son profit", a reproché Yann Le Cun, ajoutant que "son discours, c’est de dire: ‘Régulez l’IA, mais ne nous régulez pas nous, parce que nous sommes assez intelligents pour le faire correctement"."L'IA aura un impact considérable sur le monde. Anthropic est une entreprise d'intérêt public qui s'engage à garantir ses bénéfices et à atténuer ses risques", annonce en effet d'entrée l'entreprise sur son site, en plus des multiples mises en garde de son patron.Cet accent sur la sécurité, l'entrepreneur l'a développé bien avant de fonder Anthropic. Il a en effet commencé à s'y intéresser alors qu'il travaillait chez Google Brain, entre 2015 et 2016, retrace le journaliste Alex Kantrowitz dans un portrait publié sur le site Medium. S'inquiétant du risque que représentait cette technologie en constante évolution, il a co-écrit un article autour des "problèmes concrets de la sécurité de l'IA", qui a été publié en janvier 2016.Quelques mois plus tard, Dario Amodei a rejoint OpenAI, où il a notamment dirigé le développement des grands modèles de langage GPT-2 et GPT-3. Mais des tensions ont fini par émerger, notamment à cause de cet accent mis sur la sécurité. Contrairement à la direction, il souhaitait ralentir la cadence sur les mises à jour des modèles d'IA, afin de prévenir toute utilisation malveillante, narre la journaliste Keach Hagey dans sa biographie de Sam Altman, relayée par le site Business Insider.Il aurait aussi confié à ses amis se "senitir victime de harcèlement psychologique" de la part du cofondateur d'OpenAI. Toutes ces tensions ont abouti à son départ d'OpenAI le 29 décembre 2020, accompagné de sa soeur et d'autres collègues pour fonder Anthropic.Une réputation de "doomer"Mais en se concentrant autant sur la sécurité de l'IA et en alertant sur les dangers de cette technologie à de nombreuses reprises, Dario Amodei a gagné la réputation de "doomer" ("catastrophiste" en français, soit une personne extrêmement pessimiste qui croit que les problèmes mondiaux, dont l'IA, conduiront potentiellement à la fin de l'humanité, NDLR).Il a lui-même conscience de la mauvaise image que ses pairs ont de lui. "Je réfléchis et parle beaucoup des risques liés à l'IA puissante. L'entreprise dont je suis le PDG, Anthropic, mène de nombreuses recherches sur les moyens de réduire ces risques. C’est pourquoi certaines personnes en concluent parfois que je suis un pessimiste ou un ‘doomer’ qui pense que l’IA sera surtout néfaste ou dangereuse", admettait-il déjà dans un essai en octobre 2024."L’une des principales raisons pour lesquelles je me concentre sur les risques est qu’ils constituent le seul obstacle entre nous et ce que je considère comme un avenir fondamentalement positif", ajoutait-il.Cette réputation de "doomer" agace néanmoins Dario Amodei, pour une raison bien précise, qui est liée à la mort de son père. "Ça me met vraiment en colère quand quelqu'un dit 'Ce type est un catastrophiste. Il veut tout ralentir (...) Mon père est mort à cause de traitements qui auraient pu être disponibles quelques années [plus tôt]. Je comprends tout l'intérêt de cette technologie", a-t-il martelé auprès d'Alex Kantrowitz.La mort de son père, atteint d'une maladie rare, en 2006, a profondément marqué le cofondateur d'Anthropic. Étudiant la physique théorique à l'université de Princeton (New Jersey), il est alors passé à la biologie, toujours dans le même établissement, pour se concentrer sur les maladies humaines et les problèmes biologiques.Quatre ans après, une nouvelle avancée a permis de guérir à 95% cette maladie dont le taux de mortalité s'élevait à 50%. Mais ce n'est qu'après avoir quitté la célèbre université que la porte de l'IA s'est ouverte pour l'entrepreneur américain. Chercheur postdoctoral à la faculté de médecine de l'université Stanford, Dario Amodei a commencé par étudier les protéines dans et autour des tumeurs afin de repérer les cellules du cancer métastatique. Un travail bien trop complexe pour être réalisé tout seul, raison pour laquelle il s'est tourné vers des solutions technologiques. Ou plutôt, c'est là qu'il a vu le potentiel de l'IA, qui pourrait remplacer les miliers de chercheurs humains dont il avait besoin."L'IA, dont je commençais tout juste à découvrir les possibilités, m'apparaissait comme la seule technologie capable de combler ce fossé", se remémorait-il.Dario Amodei a alors quitté les bancs de l'école pour se focaliser sur les progrès de l'IA dans le monde des affaires qui, contrairement au milieu universitaire, disposait des ressources financières pour soutenir son projet. Il a ainsi rejoint les équipes du "Google chinois", Baidu, avant de passer par Google Brain et OpenAI pour ensuite fonder Anthropic. Toujours avec ce même objectif, utiliser l'IA car, précisait-il lors d'une interview sur son passage à Stanford, c'est l'une des seuls technologies qui "pourrait nous permettre de dépasser les limites de l'échelle humaine". L'IA au prisme de l'humanité, d'une vision... anthropique?Les plus lusGuerre au Moyen-Orient: l'Iran menace de frapper des infrastructures clés après un ultimatum de Donald Trump sur le détroit d'OrmuzMeurtre de Justine Vayrac: Lucas Larivée condamné à 30 ans de réclusion criminelle"Une dizaine de randonneurs à ski emportés": deux morts et cinq blessés dans une avalanche en ItalieUn nouveau record pour le "King": LeBron James s'empare du record de matchs disputés en NBATrump a "peut-être un plan" pour prendre d'assaut l'île de Kharg: pourquoi l'Iran stocke tout son pétrole sur un timbre poste de 25 km² dans le Golfe persique
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