● Courrier International 📅 22/03/2026 à 16:35

“Projet dernière chance” : une limace pourrait-elle dévorer le Soleil ?

Géopolitique
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“Costasiella kuroshimae”, une espèce de limaces de mer sacoglosses. PHOTO ALIF ABDUL RAHMAN/WIKIMEDIA COMMONS Espace. “Projet dernière chance” : une limace pourrait-elle dévorer le Soleil ? 22 mars 2026 C’est une histoire de soleils et d’étoiles qui se meurent, en proie à une obscure substance qui les dévore. Adapté du roman d’Andy Weir, le film Projet dernière chance (sorti le 18 mars en France) imagine qu’un microbe extraterrestre appelé l’“astrophage” (littéralement, le dévoreur d’étoiles) menace d’engloutir le Soleil et de plonger la Terre dans une nouvelle ère glaciaire. Et même si dans “science-fiction” il y a le mot “fiction”, le Smithsonian Magazine se demande si l’astrophage est purement imaginaire. “Des limaces de mer [sacoglosses] peuvent ‘manger’ la lumière du Soleil, mais elles ne sont pas l’astrophage”, titre le magazine américain. “Andy Weir conçoit l’astrophage comme une ‘matière noire’ capable d’absorber d’immenses quantités de radiations stellaires et de réemployer cette énergie pour permettre le voyage interstellaire.” La revue scientifique britannique Nature “En réalité, il n’existe aucun organisme semblable à l’astrophage, affirme d’emblée le Smithsonian. Mais ces étranges limaces de mer ainsi que d’autres organismes sur notre planète possèdent réellement certaines de ces caractéristiques extraordinaires.” Une limace de mer frisée ou limace scarole (“Elysia crispata”), un mollusque de la famille des sacoglosses. PHOTO NICK HOBGOOD/WIKIMEDIA COMMONS “Peut-être les possibilités de l’évolution ne sont-elles limitées que pas notre imagination ?” Le magazine américain décrit ainsi un drôle de phénomène. “Les sacoglosses se nourrissent d’algues qu’elles transpercent pour en aspirer l’intérieur. L’essentiel des organites est immédiatement digéré, mais des cellules spécialisées absorbent les chloroplastes [une structure permettant la photosynthèse]. Chez certaines limaces de mer, ces derniers sont également digérés plus tard.” Anatomie d’une “Elysia chlorotica”, une élysie émeraude, un gastéropode marin de l’espèce des sacoglosses. PHOTO KAREN N. PELLETREAU ET AL. D’autres espèces (comme l’Élysie émeraude) “stockent les chloroplastes et se servent de leur capacité à réaliser la photosynthèse pour produire de l’énergie pendant des semaines, voire des mois. Une sorte de batterie biologique.” “Plus étonnant, ces créatures sont capables de lutter contre l’accumulation des déchets toxiques liés à la photosynthèse.” Le magazine culturel américain Smithsonian Magazine Le problème, c’est que “le processus fabrique en effet de l’énergie, mais il produit aussi des substances chimiques sensibles capables de s’attaquer aux structures cellulaires”. “C’est un peu comme si vous fabriquiez une bombe à l’intérieur de vous-même”, résume Patrick Keeling, professeur au département de botanique de l’université de la Colombie-Britannique. “Il est possible qu’en stockant les chloroplastes [un phénomène appelé ‘kleptoplastie’] dans des zones spécifiques isolées, la limace de mer ait trouvé le moyen de tenir ces substances toxiques à l’écart de certaines cellules.” Une “Elysia timida”, élysie timide, une espèce de mollusques marins appartenant aux sacoglosses, saisie ici au large de Banyuls-sur-Mer (Pyrénées-Orientales). PHOTO GÉRY PARENT/WIKIMEDIA COMMONS “La kleptoplastie est apparue indépendamment chez au moins deux [espèces de] limaces de mer et a été documentée chez les vers plats et les protozoaires unicellulaires. Elle n’en demeure pas moins une caractéristique rare et extraordinaire pour la plupart des organismes multicellulaires.” Le magazine culturel américain Smithsonian magazine Si, a priori, les limaces de mer ne s’attaqueront pas tout de suite au Soleil, pour la revue scientifique britannique Nature, “les amateurs de sciences auront le plaisir de voir que de vraies étoiles et systèmes stellaires ont été intégrés au scénario, notamment Tau Ceti (objectif du premier projet de recherche de vie extraterrestre, mené par l’astronome Frank Drake dans les années 1960) ainsi que 40 Eridani (où se situerait la planète Vulcain de la série Star Trek).” “Il est réconfortant de voir que dans Projet dernière chance, Weir adopte une vision du monde fondamentalement positive dans laquelle les gens (ou les humains et les extraterrestres) unissent leurs forces pour surmonter une bataille qui semble perdue d’avance.” La revue scientifique britannique Nature Ryan Gosling dans “Projet dernière chance”, de Phil Lord et Christopher Miller, en salle depuis le 18 mars 2026. PHOTO ALAMY “Mais Weir est allé très loin dans la construction de ce monde, poursuit Nature. Il s’est appuyé sur les données d’une hypothétique planète autour de 40 Eridani pour calculer sa composition atmosphérique, la température et le niveau de pression à la surface pour imaginer la physiologie d’une espèce extraterrestre vivant là.” Dans “science-fiction”, il y a aussi “science”.— Éloïse Duval À lire aussi : Astronomie. Une exoplanète à 146 années-lumière découverte grâce à la science participative À lire aussi : Espace. La Nasa a peut-être trouvé le moyen de protéger la Terre des astéroïdes À lire aussi : Pollution. Comment détecter au plus vite les débris spatiaux qui pénètrent dans l’atmosphère ?
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