● Presse-Citron
📅 22/03/2026 à 14:00
5 points pour tout comprendre de Palantir, l’IA de l’ombre qui équipe les renseignements et l’armée US
Géopolitique
👤 Mathilde Rochefort
© Below the Sky / Shutterstock.com 0 Longtemps restée dans l’ombre, Palantir a changé de dimension. Aujourd’hui, l’entreprise affiche une santé insolente : portée par l’explosion de la demande en intelligence artificielle (IA) et ses nouveaux contrats militaires, sa valorisation boursière frôle désormais les 400 milliards de dollars. Ce géant de l’analyse de données a vu son portefeuille de clients exploser à travers le monde, mêlant institutions gouvernementales de premier plan et fleurons de l’industrie civile comme Airbus ou Ferrari. Mais, si Palantir est devenue indispensable pour traquer les réseaux terroristes ou optimiser des chaînes de production complexes, elle reste perçue par ses détracteurs comme l’architecte d’une surveillance globale sans précédent. Les origines Fondée en 2003 par Peter Thiel, Alex Karp, Nathan Gettings, Joe Lonsdale et Stephen Cohen, l’entreprise emprunte son identité à l’univers de J.R.R. Tolkien. Dans Le Seigneur des Anneaux, les Palantíri sont des « pierres de vision » : des globes de cristal indestructibles qui permettent à leur utilisateur de voir à travers l’espace et le temps, de scruter le passé comme le futur. En choisissant ce symbole, Palantir annonce la couleur : son ambition est de devenir l’œil omniscient capable de percer l’opacité du monde réel grâce à la donnée. La firme naît précisément au moment où le Pentagone est contraint d’abandonner son projet Total Information Awareness (TIA). Ce programme de surveillance de masse, jugé trop intrusif par le Congrès américain, visait à collecter chaque trace numérique des citoyens pour prédire les menaces. Palantir a repris cette promesse, mais en la développant sur mesure pour les agences de renseignement. Et dès 2004, elle reçoit un financement de 2 millions de dollars de la part d’In-Q-Tel. Ce fonds de capital-risque n’est autre que le bras financier de la CIA. De quoi permettre aux ingénieurs de Palantir de travailler main dans la main avec ses analystes pour peaufiner leurs algorithmes. © Palantir Trois produits distincts Palantir ne collecte pas de nouvelles données, elle les digère et connecte des milliards d’informations éparpillées que personne ne sait exploiter. Son logiciel historique, Gotham, lancé dans les années 2000, est le cerveau numérique des agences de renseignement les plus puissantes au monde. Utilisé par la CIA et le FBI ou encore les services français de la DGSI, il permet de croiser des sources hétérogènes (interceptions téléphoniques, transactions bancaires, images satellites et plaques d’immatriculation) pour cartographier des réseaux criminels ou terroristes invisibles à l’œil humain. C’est cet outil qui a bâti la réputation de chasseur de têtes de l’entreprise dans les années 2010. À partir de 2016, l’entreprise a décliné ce savoir-faire pour le monde des affaires avec la plateforme Foundry. Conçue comme un véritable système d’exploitation pour entreprises, elle aide des géants industriels et financiers à briser leurs silos de données. En quelques années, Palantir est ainsi passée du statut d’outil de surveillance d’État à celui de partenaire stratégique de l’économie mondiale. En 2023, l’entreprise a franchi une nouvelle étape avec son produit phare : Artificial Intelligence Platform (AIP). Cette plateforme permet aux organisations d’intégrer des modèles d’IA générative dans des environnements ultra-sécurisés et fermés. Concrètement, l’utilisateur peut désormais discuter avec ses données en langage naturel pour obtenir des recommandations stratégiques immédiates. Un duo de choc aux commandes Le visage public de Palantir est celui d’Alex Karp, un dirigeant atypique qui détonne dans le paysage aseptisé de la Silicon Valley. Docteur en théorie sociale formé à l’université de Francfort sous la direction du célèbre philosophe Jürgen Habermas, il cultive une image d’intellectuel excentrique, parlant couramment le français et l’allemand tout en pratiquant le tai-chi dans ses bureaux. Classé en 2025 par le magazine Time parmi les 100 personnalités les plus influentes au monde, Karp se décrit comme un progressiste, mais farouchement « anti-woke », une mouvance qu’il qualifie de religion païenne corrodant les institutions occidentales. Pour lui, la supériorité technologique de l’Occident est une nécessité morale : il assume sans complexe le fait de fournir des « armes logicielles » pour défendre ce qu’il appelle la « République technologique ». Dans l’ombre de la présidence, on trouve le cofondateur et premier investisseur, Peter Thiel, figure de proue d’un courant libertarien radical. Déjà célèbre pour avoir cofondé PayPal et été le premier investisseur de Facebook, Thiel est l’un des rares soutiens de poids de Donald Trump dans la tech depuis 2016. Personnage ultra-controversé, il est souvent critiqué pour son obsession pour le transhumanisme. Peter Thiel. © YouTube / Hoover Institution Multiples controverses Palantir fait l’objet de nombreuses polémiques, notamment sa collaboration étroite avec l’agence américaine Immigration and Customs Enforcement (ICE). L’entreprise est accusée d’avoir fourni les outils ayant permis de coordonner des rafles massives et l’expulsion de milliers de migrants sans-papiers sous l’administration Trump. Récemment, de nouvelles enquêtes ont même révélé que des données de santé issues de programmes d’assistance publique auraient été croisées pour localiser plus précisément les individus. Mais la controverse va au-delà des frontières américaines. Palantir suscite une méfiance grandissante en Europe, notamment autour de la souveraineté des données de santé. Au Royaume-Uni, son contrat massif avec le NHS, le service de santé public, pour créer une plateforme nationale de données fait face à une fronde sans précédent des médecins et des patients. Ils craignent, en effet, que les dossiers médicaux des citoyens ne finissent par alimenter des algorithmes de surveillance ou de profilage. Surtout, Palantir est le fer de lance de la police prédictive, une pratique qui consiste à utiliser l’IA pour anticiper les crimes avant qu’ils ne se produisent. Si l’entreprise vante une aide à la décision pour les forces de l’ordre, de nombreuses études pointent du doigt des biais algorithmiques renforçant les contrôles dans les quartiers populaires et envers les minorités. Et l’opacité sur le fonctionnement interne de ses outils, protégés par le secret industriel, alimente les soupçons. Le joujou de l’armée US au Moyen-Orient En 2024, Palantir est devenue le maître d’œuvre du contrat TITAN (Tactical Intelligence Targeting Access Node) pour l’armée américaine. Ce projet de près de 180 millions de dollars combine un logiciel, et des stations au sol mobiles capables de fusionner en temps réel les données provenant de capteurs spatiaux, de haute altitude et terrestres. Mais c’est surtout le projet Maven qui attire l’attention. Initialement lancé par le Pentagone pour automatiser l’analyse d’images de drones, ce programme d’IA de ciblage a été massivement intégré par Palantir après que les employés de Google ont refusé d’y participer pour des raisons éthiques. Aujourd’hui, Maven permet à l’armée américaine de surveiller les mouvements de troupes et les infrastructures sensibles en Iran et au Moyen-Orient. Ainsi, l’entreprise fournit l’interface qui désigne les cibles potentielles à un opérateur humain. Et si elle se targue de rendre les frappes plus précises et de limiter les dommages collatéraux, ses détracteurs dénoncent une dérive dans laquelle l’IA finit par décider du droit de vie ou de mort sur le champ de bataille. 📍 Pour ne manquer aucune actualité de Presse-citron, suivez-nous sur Google Actualités et WhatsApp. Newsletter 🍋 Abonnez-vous, et recevez chaque matin un résumé de l’actu tech Votre email : Je m'inscris J'ai lu et accepte les termes et les conditions Laissez ce champ vide si vous êtes humain : arméedatadonnéesétats-unisPoliceSilicon Valley Sur le même sujet Portrait – 5 infos à connaître sur Dario Amodei, le patron d’Antropic qui a dit non à Donald Trump « Oh la boulette ! » : la position du porte-avions Charles-de-Gaulle révélée par le parcours Strava d’un marin C’est quoi le “syndrome Dark Vador” qui a semé la panique dans les années 80 ? “Ce sera France Libre” : 5 chiffres fous sur le porte-avions qui remplacera le Charles de Gaulle Les dernières actualités Un satellite Starlink a explosé dans l’espace, et il a foncé droit vers la Terre Vendu de base 700 €, cet aspirateur-laveur Tineco 5-en-1 chute à 274 € (-61%) 🥳 5 points pour tout comprendre de Palantir, l’IA de l’ombre qui équipe les renseignements et l’armée US « Un SMS avec une photo du livreur » : cette nouvelle arnaque à l’IA fait un carnage en France Portrait – 5 infos à connaître sur Dario Amodei, le patron d’Antropic qui a dit non à Donald Trump Prime d’activité : allez-vous bénéficier de la hausse de 50€ mensuel en avril ? 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