● BFM Tech 📅 21/03/2026 à 10:23

"La technologie déterminante du siècle": les services de renseignements américains placent l’IA au cœur des menaces mondiales et s'inquiètent de la montée en puissance de la Chine

Géopolitique
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Dans un nouveau rapport, les services de renseignement américains placent l'IA au premier rang des principales menaces mondiales (illustration) - BFM TechDans un rapport publié cette semaine, le Bureau du directeur du renseignement national américain a accordé une attention particulière à l’intelligence artificielle dans le paysage des menaces pesant sur les États-Unis, tout en désignant la Chine comme un adversaire particulièrement coriace dans ce domaine.La "technologie déterminante du XXIe siècle" est aussi "le concurrent le plus redoutable" des États-Unis. C’est en ces termes que le Bureau du directeur du renseignement national américain qualifie l’intelligence artificielle. Dans son "Évaluation des menaces mondiales 2026", publiée mercredi, le renseignement américain s’inquiète de la prolifération de l’IA et de ses usages militaires.L’intelligence artificielle s’impose, en effet aujourd'hui, comme une priorité stratégique croissante aux États-Unis, mobilisant à la fois investissements privés, attention publique et efforts de la Maison-Blanche et du Pentagone. Déjà utilisée depuis 2017 pour l’analyse du renseignement, elle "a été utilisée dans les conflits récents pour influencer le ciblage et rationaliser la prise de décision, marquant ainsi un changement significatif dans la nature de la guerre moderne".Le rapport souligne toutefois que cette avance est contestée, estimant que "les progrès considérables réalisés par d'autres puissances mondiales en matière d'IA remettent en cause la compétitivité économique et les avantages de sécurité nationale des États-Unis", notamment face à la Chine qui "favorise l'adoption massive de l'IA" grâce à ses ressources humaines, ses données et ses investissements.Concurences et menaces russe et chinoiseLa nouvelle édition du rapport annuel accorde une place nettement plus importante à l’intelligence artificielle que celles de 2024 et 2025. Elle lui attribue ainsi un rôle central, mais difficile à définir précisément: à la différence des menaces classiques incarnées par la Chine, la Russie, l’Iran, la Corée du Nord ou les groupes terroristes, l’IA apparaît moins comme un acteur autonome que comme une force transversale, influençant l’ensemble de ces puissances.L'année dernière, le rapport évoquait déjà les deepfakes russes, sans en détailler les objectifs ni les impacts. Il insistait surtout sur l’usage précurseur de l’IA par Moscou sur le champ de bataille, notamment contre les drones, ainsi que sur la stratégie globale de la Chine visant à détrôner les États-Unis comme leader mondial de l’IA d’ici 2030. "Au cours des prochaines années, les gouvernements sont susceptibles d’exploiter des technologies nouvelles et plus intrusives (notamment l’IA générative) à des fins de répression transnationale", indique les services américains. "La Chine favorise l’adoption massive de l’IA, grâce à ses talents, ses données, ses financements publics et ses partenariats internationaux. Maintenir un rôle de leader en IA confère aux États-Unis un avantage stratégique, mais la Chine est le concurrent le plus performant et vise à les dépasser d’ici 2030", décrit l'Évaluation des menaces mondiales 2026 des renseignements américains.Lors de son audition, mercredi dernier, devant la commission du renseignement du Sénat, Tulsi Gabbard est revenue sur un exemple récent. La directrice du renseignement national a évoqué une opération d’extorsion de données menée par la Chine en août dernier, qu’elle a qualifiée de signal d’alerte. Selon elle, les auteurs ont utilisé un outil d’intelligence artificielle pour extorquer des fonds à des institutions gouvernementales de santé, de services d’urgence ainsi qu’à des organisations religieuses internationales.Des oublis "volontaires" dans le rapport?Les nouvelles analyses marquent cependant un tournant: elles ne mentionnent quasiment plus le rôle de l’IA dans l’ingérence électorale ou la désinformation, pourtant au cœur des préoccupations en 2024. Le site spécialisé dans la défense américaine et de la sécurité internationale, DefenseOne, note qu'à l’époque, plusieurs responsables américains alertaient sur les risques, estimant que "des outils comme l’IA générative abaisseront considérablement les barrières" pour s’ingérer dans les élections, ou encore que certains acteurs "utilisaient l’IA pour générer des vidéos destinées à inciter à des attaques".Sur le même sujetDans sa course à la modernisation militaire, la Chine mise sur DeepSeek, son IA star, pour faire entrer son armée dans l’ère de la guerre algorithmiqueColère de Donald Trump, contrat faramineux perdu, OpenAI au front: la guerre entre le Pentagone et Anthropic secoue la Silicon Valley et pourrait décider du futur de l’IACe recul intervient dans un contexte de démantèlement des dispositifs de lutte contre la désinformation aux États-Unis, notamment depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche. À l’inverse, les Européens continuent d’alerter sur ce problème. "L’intelligence artificielle a fait franchir une nouvelle étape à la guerre cognitive", a ainsi déclaré Kaja Kallas, Vice-présidente de la Commission européenne, soulignant la persistance d’une menace dans l’espace démocratique. En guerre comme en IA, tout est donc une question de perspective.Les plus lusLaurent Nuñez annonce que l'évadé de la prison de Villepinte, Ilyas Kherbouch, a été arrêté après 13 jours de cavaleGuerre en Iran: les États-Unis vont déployer des troupes supplémentaires au Moyen-OrientBTS: "Arirang", le nouvel album du groupe de K-Pop vendu à près de 4 millions d'exemplaires dès le premier jour"On n’a pas à subir ces choses-là": Pierre Sage et les Lensois fermement opposés à un éventuel report de Lens-PSG"Gouaille craquante", "lumineuse", "voix à nulle autre pareille": les hommages à Isabelle Mergault, morte à 67 ans
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