● Courrier International 📅 21/03/2026 à 09:07

En Mauritanie, des mariages secrets pour s’affranchir des normes

Géopolitique
Illustration
Iselekhe Jeilaniy se maquille avant sa “fête de divorce”, à Ouadane, en Mauritanie, le 24 avril 2023. PHOTO LAURA BOUSHNAK/THE NEW YORK TIMES Alors qu’elle est en pleine célébration du neuvième divorce de Nevissa, une de ses amies mauritaniennes, Tuti reçoit sur son téléphone un message qui contient une proposition particulière. “Un Marocain me demande si je veux me marier en secret avec lui, indique-t-elle en riant. Il quitte Nouakchott dans deux mois et souhaite avoir une épouse jusqu’à son départ.” COURRIER INTERNATIONAL L’expéditeur a remarqué que la boutique de Tuti se trouvait au “‘marché des femmes divorcées’, […] un bazar du nord-est de Nouakchott où de nombreuses femmes divorcées vendent leurs biens après leur séparation”, précise le média américain New Lines Magazine. Sans être aussi populaire que le divorce, le mariage secret, appelé “sirriya”, semble en vogue dans la société mauritanienne. Discrètement célébré par un imam, il permet notamment de pratiquer la polygamie, généralement acceptée dans l’islam, mais “mal vue” en Mauritanie. À lire aussi : Dans nos archives. En Mauritanie, le divorce est une fête La “sirriya” offre ainsi, selon le site d’information, une “solution de contournement à la stigmatisation liée au fait de prendre – ou d’être – une seconde épouse”, mais aussi à la sexualité hors mariage, proscrite par la religion musulmane. Transformations profondes New Lines Magazine inscrit ces pratiques dans le contexte d’une urbanisation rapide de la Mauritanie, où se télescopent tradition et modernité. “Les divorces successifs et les mariages secrets font partie intégrante du paysage social en pleine mutation d’une nation qui a connu l’une des transformations les plus profondes au cours du dernier demi-siècle”, relate ce reportage. À lire aussi : Reportage. En Mauritanie, une oasis soufie résiste à la poussée du salafisme La sirriya est désormais “banale” et quotidienne, selon Nedwa Moctar Dech, directrice d’une ONG consacrée à l’autonomisation des femmes. Au point que sa fonction évolue : “Certains jeunes ont commencé à utiliser le mariage clandestin comme moyen de nouer des relations licites et occasionnelles incluant des relations sexuelles, se mariant en secret pendant quelques semaines ou quelques mois puis se séparant lorsque la relation se détériore ou que la nouveauté s’estompe”, lit-on. “Nous avons envie de faire l’amour, c’est naturel”, plaide Mohamed, la trentaine, tandis qu’Ahmedou, 24 ans, narre ses premiers émois amoureux vécus grâce au mariage clandestin. Certaines femmes y recherchent une relation durable, d’autres des avantages financiers. Malgré ses quelques détracteurs, la sirriya semble bien ancrée dans le pays, en conclut New Lines Magazine. Agnès Faivre Culture Afrique Sur le même sujet Droits humains. “Gardienne des frontières” de l’UE ? La Mauritanie intensifie la “chasse” aux migrants Société. Waxal, une base de données pour entraîner l’IA à dialoguer en langues africaines Climat. Un humain sur trois est désormais exposé à la chaleur extrême Nos services HORS-SÉRIE Comment les Russes vivent-ils aujourd’hui ? Quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, c’est une plongée rare dans ce pays de plus en plus fermé que nous vous proposons dans notre nouveau hors série, en vente à partir du 18 mars. Politique, économie, société, culture : dans la Russie de Vladimir Poutine, la guerre laisse partout son empreinte. Un numéro presque entièrement réalisé à partir de sources russes, la plupart en exil, qui dresse un portrait réaliste de la société russe. Je découvre → Slow Autriche [Contenu partenaire] Le Bregenzerwald : escapade estivale entre nature, culture et architecture durable Je découvre l’article → Cinéma - invitation Tentez de remporter une invitation pour le film « Derrière les Palmiers » de Meryem Benm’Barek. Je reçois mon invitation → La Croix-Rouge française [Contenu partenaire] Droit international humanitaire : protéger l’humain quand tout vacille. Je découvre l’article →
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