● Presse-Citron 📅 20/03/2026 à 17:02

Réchauffement climatique : la montée des océans ralentit la rotation de la Terre

Géopolitique 👤 Camille Coirault
Illustration
© Jaymantri / Pexels 0 Qu’on le mesure en degrés, en volume de glace perdue, en espèces disparues ou au nombre de personnes menacées d’exode, le réchauffement climatique est sans doute la seule entreprise humaine qui respecte ses objectifs de croissance avec une telle efficacité. C’est aussi l’un des rares phénomènes où le consensus scientifique est écrasant : Homo sapiens est en train de perdre une guerre qu’il a déclarée à lui-même, qui nous mènera dans une situation probablement catastrophique d’ici la fin du siècle. Il y a un peu moins de deux ans, une étude parue dans Nature démontrait que nos journées s’étaient légèrement raccourcies sur les cinquante dernières années. Le réchauffement climatique, pourtant, en faisant fondre les glaciers, déplace d’énormes masses d’eau des pôles vers les océans, ce qui devrait logiquement ralentir la rotation terrestre et donc allonger nos journées. Sauf que les glaciers ne sont pas les seuls à agir sur le système Terre ; les mouvements profonds de son noyau et de son manteau génèrent eux aussi des variations de vitesse, et sur cette période, ils accéléraient la rotation plus vite que le climat ne la freinait. Deux phénomènes aux effets opposés se neutralisaient, mais cet équilibre est aujourd’hui rompu. Cette nouvelle étude, parue dans la revue Journal of Geophysical Research: Solid Earth, indique que nos journées s’allongent. Pas de quoi se caler devant un épisode supplémentaire d’une série sur Netflix, puisque ce décalage est estimé à 1,33 milliseconde par siècle. Toutefois, selon les auteurs, c’est « presque sans précédent » dans l’histoire récente de la planète, et il n’y a aucun doute sur le fait « que cette anomalie est d’origine anthropique ». Un record du monde dont on se serait passés volontiers. L’horloge terrestre déraille Mostafa Kiani Shahvandi, co-auteur de cette étude, emploie une analogie assez simple à comprendre pour illustrer le phénomène. Il compare la Terre à une patineuse « qui tourne plus lentement lorsqu’elle tend les bras, et plus rapidement lorsqu’elle garde ses mains près du corps ». C’est exactement ce se passe, à l’échelle planétaire, en ce moment : les glaces polaires fondent, ce qui déplace les masses d’eau vers l’équateur (comme si la planète « tendait les bras »), ce qui augmente son moment d’inertie et ralentit sa rotation. Même si cette dernière a toujours subi des variations en fonction de différents facteurs naturels (gravité lunaire, mouvements tectoniques, déformation par les marées ou rebond post-glaciaire), ces fluctuations se sont toujours déroulées sur des échelles de temps très longues. Toutefois, ce qui se passe depuis le début du XXIe siècle est d’une nature radicalement différente : en à peine deux décennies, la durée du jour a augmenté à une vitesse que ces mêmes forces naturelles mettraient des millénaires à produire. « Le fait que depuis le début du XXIe siècle, la durée du jour augmente aussi rapidement est stupéfiant », dit lui-même Mostafa Kiani Shahvandi. Les archives de la Terre ne mentent pas Pour mesurer à quel point la situation actuelle est exceptionnelle, encore fallait-il savoir ce qui s’était passé avant et plonger dans l’histoire géologique de notre planète. Mostafa Kiani Shahvandi et Benedikt Soja, professeur de géodésie spatiale à l’ETH Zurich, également co-auteur, ont dû remonter très loin dans le temps : 3,6 millions d’années en arrière, en plein cœur du Pliocène, plus précisément dans sa seconde moitié, le Piacenzien. Ils ont travaillé sur des fossiles de foraminifères benthiques, de minuscules organismes unicellulaires qui vivaient au fond des océans et dont la composition chimique variait selon le niveau des mers. En analysant cette dernière, les chercheurs ont pu détecter les anciennes variations de ce niveau qui reflètent l’état des calottes glaciaires de l’époque. Plus les glaces sont étendues, plus elles retiennent de masse près des pôles, plus les océans sont bas ; quand elles fondent, cette masse migre vers l’équateur, comme nous l’avons vu précédemment. Afin de mieux comprendre ces données géochimiques, les chercheurs ont eu recours à un algorithme de deep learning probabiliste. Cet outil mathématique a été entraîné à reconnaître des patterns dans des données incomplètes et à estimer, avec un niveau de confiance calculé, les variations du niveau des mers dans les périodes où les archives fossiles sont lacunaires. Comme le niveau des mers témoigne de l’état des calottes glaciaires, qui détermine lui-même la répartition des masses sur la planète, qui conditionne à son tour la vitesse de rotation terrestre, les chercheurs ont pu remonter toute cette chaîne causale. Ce, afin de reconstituer, à différentes échelles temporelles, comment la durée de nos journées a évolué sur 3,6 millions d’années. Sur toute cette fenêtre temporelle, un seul épisode seulement affiche un rythme d’allongement de la durée du jour comparable à celui qu’on mesure aujourd’hui. Il s’est déroulé il y a environ 2 millions d’années, quand les calottes glaciaires connaissaient des cycles d’expansion et de retrait particulièrement intenses. Pas très rassurant, puisque ce précédent s’est produit sur des dizaines de milliers d’années, sous l’effet de cycles astronomiques naturels. Ce que nous reproduisons, nous, en quelques décennies seulement. En continuant à émettre des gaz à effet de serre au même rythme qu’aujourd’hui (une promesse que nous saurons certainement tenir), les journées pourraient être plus longues de 2,62 millisecondes par siècle d’ici 2100. Une valeur supérieure à celle de l’influence de la Lune sur la rotation de notre planète : assez aberrant, quand on y pense. Si vous croyez que cela sera sans conséquences, détrompez-vous, notre monde entier dépend de la mesure du temps, qui se doit d’être d’une précision absolue. Les horloges atomiques qui synchronisent internet, les systèmes GPS qui guident les avions, les satellites climatiques, les réseaux électriques qui équilibrent l’offre et la demande en temps réel, les marchés financiers qui exécutent des milliers de transactions à la milliseconde… La seule consolation qu’il nous reste : nous ne serons plus là pour voir les pannes et catastrophes en série que pourrait provoquer ce décalage, ce qui n’est finalement pas si mal, en fin de compte. 📍 Pour ne manquer aucune actualité de Presse-citron, suivez-nous sur Google Actualités et WhatsApp. Newsletter 🍋 Abonnez-vous, et recevez chaque matin un résumé de l’actu tech Votre email : Je m'inscris J'ai lu et accepte les termes et les conditions Laissez ce champ vide si vous êtes humain : climatécologieréchauffement climatiqueScience [ Source ] Sur le même sujet Voici à quoi ressemblera la Terre dans 250 millions d’années, la France y occupera une place hautement stratégique Les cartes du monde mentent depuis 400 ans sur le Groenland : une illusion géographique tenace Hyundai présente un robot pompier qui peut affronter des flammes à 1 000 °C Virus Mpox : une souche plus virulente apparaît à New York, faut-il s’inquiéter ? 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