● Le Monde International 📅 19/03/2026 à 18:00

Bertrand Badie, politiste : « La culture persane est une alliance impétueuse de dignité et de fureur »

Géopolitique
🏷️ Tags : iran rag
Illustration
Yann Legendre Bertrand Badie, politiste : « La culture persane est une alliance impétueuse de dignité et de fureur » Propos recueillis par Anne Chemin Publié aujourd’hui à 18h00 Temps de Lecture 7 min. Article réservé aux abonnés EntretienDe père iranien, le spécialiste des relations internationales revient, dans un entretien au « Monde », sur la méconnaissance occidentale à l’égard de l’Iran et de sa culture. Professeur émérite à Sciences Po Paris, le politiste Bertrand Badie est un spécialiste des relations internationales. Auteur de nombreux ouvrages de géopolitique, il a consacré un livre à l’histoire de sa famille, Vivre deux cultures. Comment peut-on naître franco-persan ? (Odile Jacob, 2022). Il vient de publier Par-delà la puissance et la guerre. La mystérieuse énergie sociale (Odile Jacob, 208 pages, 21,90 euros). Vous vous définissez comme « franco-persan » – votre père, Mansour, a grandi en Iran, votre mère, Geneviève, en France. En 1928, la famille Badie est arrivée à la gare du Nord, à Paris, au terme d’un long périple. D’où venait-elle ? Ma famille paternelle venait de l’antique ville de Hamadan, fondée au VIIIe siècle avant Jésus-Christ. Il nous est difficile d’imaginer, nous qui vivons dans un monde où les distances ont été abolies, à quel point voyager de Perse en Europe était, en 1928, une aventure digne d’un roman de Jules Verne. Ils ont pris une voiture à cheval pour aller à Téhéran, une automobile pour rejoindre un port de la mer Caspienne, un bateau jusqu’à Bakou, la capitale de l’Azerbaïdjian, un train pour Moscou, capitale d’une URSS stalinienne en plein culte de la personnalité, puis un autre jusqu’à Berlin, plongé dans une ambiance préhitlérienne, avant d’arriver à la gare du Nord, le 16 septembre 1928. Si je connais cette date, c’est parce que mon père aimait nous la citer : ce jour-là, nous allions souvent manger une choucroute à la brasserie de l’Hôtel Terminus Nord, où ils avaient passé leur première nuit. Que représentait alors la France pour cette famille de médecins iraniens convertie au protestantisme par une mission américaine ? Il vous reste 85.08% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
← Retour