● Courrier International 📅 19/03/2026 à 17:38

L’attente et la débrouille d’un marin chinois bloqué dans le détroit d’Ormuz

Géopolitique
Illustration
Le pétrolier “Callisto” à l’ancre à Mascate, à Oman, alors que le trafic maritime est réduit dans le détroit d’Ormuz en raison du conflit israélo-américain avec l’Iran, le 12 mars 2026. PHOTO BENOIT TESSIER/REUTERS La guerre dans le détroit d’Ormuz à hauteur d’homme. C’est ce que narre le journaliste Jiang Wei dans le magazine indépendant chinois Caijing. Jiang Wei y interroge Gao Yang, un cuisinier chinois bloqué à bord d’un vraquier à quai dans le port iranien de Bandar Abbas depuis le début de la guerre. “La distance qui nous sépare de la guerre importe peu. Ce qui compte, c’est de savoir comment continuer à vivre dignement au quotidien dans ces circonstances. Les Iraniens du port m’ont donné la réponse parfaite”, raconte Gao Yang. À lire aussi : Éclairage. Vers une flottille internationale pour sécuriser le détroit d’Ormuz ? Malgré les coupures Internet fréquentes, le cuisinier documente son quotidien sur Zhihu, un site chinois de compilation d’actualités. Remarqué par Caijing, qui l’a interviewé sur l’application chinoise Weixin, Gao Yang livre au magazine chinois un témoignage de première main entre attente, débrouille et interactions avec les dockers iraniens. “Tant que les bombes ne nous tombent pas dessus” “La nuit, le navire tangue légèrement. Ce ne sont pas des vagues, mais l’onde de choc d’une explosion lointaine.” Le jour, il y a des heures à combler durant lesquelles l’équipage “enlève la rouille et repeint le navire” et le personnel de la salle des machines “inspecte les tuyauteries”. Le soir, certains vont pêcher. Des calamars qui, “figurant déjà parmi les provisions achetées”, sont “congelés et préparés pour être rapportés à terre”. Gao Yang, lui, prépare les trois repas quotidiens avec ce qu’il trouve. Les provisions viennent parfois à manquer. Le cuisinier raconte ainsi l’angoisse du manque d’eau potable, “la consommation d’eau ayant été restreinte” pendant une semaine. L’eau est ensuite revenue avec les ouvriers iraniens chargés de l’approvisionnement. À lire aussi : Analyse. Détroit d’Ormuz : comment les mines pourraient renforcer l’emprise de l’Iran C’est justement à propos des interactions entre marins chinois et dockers iraniens que l’entretien de Caijing est le plus éclairant. Derrière le blocage géopolitique, Gao Yang raconte comment chacun fait face. Le 29 février, il peut descendre sur un quai désert. Un agent de sécurité l’aborde, “mime l’explosion d’un missile […] et trace un cercle au-dessus de sa tête, indiquant dans un anglais balbutiant que le guide suprême iranien, Khamenei, est mort”. Le cuisinier explique à Caijing que, depuis, il évalue le niveau de sécurité du jour en fonction de la présence ou de l’absence des dockers iraniens. Si en théorie ces derniers n’ont pas été autorisés à travailler pendant une semaine, beaucoup sont venus. Car “pas de travail, pas de revenus”. À bord et à quai, les positions semblent être les mêmes : “Tant que les bombes ne nous tombent pas dessus, la vie continue.” Depuis la publication de l’article, le cuisinier continue à documenter son quotidien sur Zhihu. Le 19 mars, il signale pour la première fois un “véritable sentiment de danger”. Mais Gao Yang semble rester philosophe : “Même si l’armée américaine débarque à Bandar Abbas, cela n’aura aucune incidence sur ma cuisine. Avant de m’arrêter, ils pourront y goûter.” Courrier international Moyen-Orient Chine Asie Sur le même sujet Guerre en Iran. Donald Trump exhorte la communauté internationale à aider à rouvrir le détroit d’Ormuz Vu de Chine. Trump appelle Pékin à sécuriser le détroit d’Ormuz : une “logique simpliste et absurde” Géopolitique. Les Européens refusent d’intervenir dans le détroit d’Ormuz : une “claque pour Trump” En carte. Fermeture du détroit d’Ormuz : les routes maritimes africaines offrent des voies subsidiaires Nos services HORS-SÉRIE Comment les Russes vivent-ils aujourd’hui ? Quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, c’est une plongée rare dans ce pays de plus en plus fermé que nous vous proposons dans notre nouveau hors série, en vente à partir du 18 mars. Politique, économie, société, culture : dans la Russie de Vladimir Poutine, la guerre laisse partout son empreinte. Un numéro presque entièrement réalisé à partir de sources russes, la plupart en exil, qui dresse un portrait réaliste de la société russe. Je découvre → Slow Autriche [Contenu partenaire] Le Bregenzerwald : escapade estivale entre nature, culture et architecture durable Je découvre l’article → Cinéma - invitation Tentez de remporter une invitation pour le film « Derrière les Palmiers » de Meryem Benm’Barek. Je reçois mon invitation → La Croix-Rouge française [Contenu partenaire] Droit international humanitaire : protéger l’humain quand tout vacille. Je découvre l’article →
← Retour