● Silicon.fr Télécom 📅 19/03/2026 à 16:34

iPaaS : la différence se fait désormais sur les exigences non fonctionnelles

Géopolitique 👤 Clément Bohic
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Hormis les fonctionnalités d’intégration qui favorisent l’usage de l’IA, les iPaaS se ressemblent. Gartner l’affirme dans la synthèse du dernier Magic Quadrant dédié à ce marché. Les fournisseurs se différencient essentiellement sur leur gestion des exigences non fonctionnelles, explique le cabinet américain. D’un côté, en ciblant divers profils d’utilisateurs. De l’autre, en s’adaptant à la variété des modèles opérationnels. La « souveraineté » s’impose comme un autre axe de différenciation. Même si l’iPaaS est par définition un service cloud, les fournisseurs sont désormais nombreux à proposer des runtimes légers ou des agents déployables sur des environnements que gère le client. Au rang des fonctionnalités qui « favorisent l’usage de l’IA », il y a notamment la prise en charge des protocoles émergents (exposer des intégrations en tant qu’outils MCP, par exemple). Il y a aussi les pipelines de transformation de données et les moteurs de politiques. On voit également émerger une panoplie de briques agentiques (concepteurs, orchestrateurs, gouvernance…). Mais leur implémentation reste inégale, parfois encore expérimentale. Sur ce point, le marché devrait atteindre une forme de maturité sous 12 à 24 mois, estime Gartner. Avec MuleSoft et Informatica, Salesforce a deux « leaders » de l’iPaaS L’an dernier, Oracle avait été rétrogradé de « leader » à « challenger », en conséquence d’une innovation jugée au ralenti. Salesforce avait suivi la même trajectoire, pour la même raison. Lire aussi : Bases de données cloud : l'abondance de l'offre devient un défi Cette année, Oracle est encore « challenger ». Salesforce, lui, est redevenu « leader »… et il apparaît même deux fois. D’une part, avec l’offre MuleSoft. De l’autre, avec celle d’Informatica, que Gartner a traité à part parce que l’acquisition a été finalisée après la date de bouclage de ses relevés pour ce Magic Quadrant. Les 16 fournisseurs classés l’an dernier le restent. Ils sont rejoints par Google et SEEBURGER, respectivement positionnés chez les « challengers » et les « acteurs de niche ». Dans les clous sur le plan fonctionnel, Infor, ServiceNow et Workday ne sont toutefois pas classés, leurs offres n’étant pas autonomes. Tous trois ont droit à une « mention honorable ». L’axe « exécution » du Magic Quadrant traduit la capacité à répondre effectivement à la demande (expérience client, performance avant-vente, qualité des produits/services…). Les fournisseurs s’y positionnent comme suit : Rang Fournisseur Évolution annuelle 1 Boomi + 1 2 SAP – 1 3 Workato = 4 Salesforce (MuleSoft) = 5 Oracle = 6 Microsoft + 1 7 Salesforce (Informatica) – 1 8 AWS = 9 IBM = 10 Google nouvel entrant 11 Huawei Cloud – 1 12 Celigo – 1 13 Tray.ai = 14 SnapLogic – 2 15 Zapier – 1 16 Jitterbit – 1 17 SEEBURGER nouvel entrant 18 Frends – 2 Sur l’axe « vision » (reflet des stratégies sectorielles, géographiques, commerciales, marketing, produit, etc.), la situation est la suivante : Rang Fournisseur Évolution annuelle 1 Workato = 2 Boomi = 3 SnapLogic = 4 SAP + 2 5 Celigo + 2 6 Salesforce (MuleSoft) + 5 7 Salesforce (Informatica) – 3 8 Tray.ai + 1 9 Microsoft – 4 10 Jitterbit – 2 11 Oracle + 1 12 IBM + 1 13 Huawei Cloud – 3 14 Google nouvel entrant 15 Frends – 1 16 AWS = 17 SEEBURGER nouvel entrant 18 Zapier – 3 Exception faite de Salesforce avec MuleSoft, les « leaders » de cette année l’étaient déjà en 2025. Nommément, Boomi, Informatica, Microsoft, SAP et Workato. Boomi distingué pour son approche sectorielle... L'an dernier, Gartner avait salué Boomi pour la transversalité de son offre, autant en matière de profils d'utilisateurs que de cas d'usage. Il avait aussi souligné l'efficacité des mécanismes de feedback et de la stratégie marketing, l'écosystème de partenaires et la livraison régulière d'innovations. Cette année encore, la stratégie marketing vaut un bon point à Boomi. En particulier parce qu'elle s'aligne sur une approche sectorielle « qui s'améliore », surtout dans l'énergie, l'industrie, le retail et l'enseignement supérieur. Gartner apprécie aussi l'assistance à base d'IA pour la construction d'intégrations, l'ouverture à MCP (création et gestion de serveurs) et l'implémentation du SSO. ... mais pas sur l'expérience client En 2025, Boomi avait eu droit à un mauvais point sur l'hébergement de ses solutions : la disponibilité régionale variait. Certains plans de contrôle n'était par exemple déployés qu'aux États-Unis. Sur le plan fonctionnel, Gartner jugeait basiques les capacités de gestion de transfert de fichiers, d'IDP et de RPA. Il faisait aussi remarquer que les briques de gestion d'API acquises auprès d'APIIDA et de Cloud Software Group n'étaient pas encore bien intégrées. La disponibilité régionale variable de certains plans de contrôle vaut toujours cette année. Elle ajoute à la fragmentation de l'offre entre datacenters, conséquence des acquisitions qu'a réalisées Boomi. La clientèle, elle, reste largement concentrée en Amérique du Nord. Plus que chez les autres « leaders », et malgré les investissements consentis sur les autres plaques géographiques. La satisfaction client est également plus basse que chez les principaux concurrents. Boomi peut s'améliorer autant sur les phases d'évaluation et sur la contractualisation que sur les services et le support. Lire aussi : Gestion du SaaS : les outils autonomes se heurtent au SAM Une tarification flexible chez Microsoft... En 2025, Gartner avait salué la présence globale de Microsoft (ventes, support, hébergement). Il avait fait de même pour les avancées sur l'automatisation agentique. Et pour le business model dans son ensemble, entre intégration forte avec Azure AI, focus sur la migration depuis les outils legacy et capacités de connexion entre environnements cloud et on-prem. Cette année encore, la présence géographique - et le réseau d'intégrateurs qui va avec - vaut un bon point à Microsoft. L'adéquation de ses solutions à différents profils d'utilisateurs lui en vaut un autre. Comme la flexibilité de la tarification, assortie d'un ticket d'entrée considéré comme abordable et d'une certaine prédictibilité des prix. ... mais un portefeuille qui manque de cohésion L'an dernier, Gartner avait été moins positif sur les coûts, jugés difficiles à prévoir. Il avait aussi noté un retard sur les autres « leaders » au niveau de l'approche sectorielle. Et un manque de cohésion entre les outils du portefeuille iPaaS, tant sur le plan fonctionnel que tarifaire. Cette fois encore, la stratégie sectorielle est un point faible. Quoique fourni, le catalogue de connecteurs se focalise surtout sur des scénarios d'intégration horizontaux. L'offre de Microsoft est par ailleurs moins mature que celles des autres « leaders » sur l'aspect gouvernance. A fortiori pour qui fonctionne en multicloud et/ou utilise des SaaS spécialisés. Quant au manque de cohésion du portefeuille, il demeure, susceptible d'impliquer des patterns d'intégration plus complexes. SAP salué sur le déploiement et le support... Comme Microsoft, SAP avait eu droit, en 2025, à un bon point pour sa présence géographique (hébergement et réseau de partenaires). Gartner avait aussi salué sa stratégie sectorielle, que matérialisait un éventail d'intégrations packagées groupées à la fois par produits et par processus métiers. Il y avait ajouté le développement, à renfort d'IA, d'une approche « composable » et orientée événements. La remarque sur la stratégie sectorielle se retrouve cette année. Idem pour celle sur la présence géographique, avec un support « cohérent » entre régions et des options de déploiement local/« souverain ». SAP se distingue aussi sur le volet fonctionnel, entre assistance IA, gestion d'API et architectures orientées événements. ... mais pas sur l'innovation, notamment agentique Difficile d'estimer les coûts, avait déploré Gartner en 2025. Il avait aussi, comme chez Oracle et Salesforce, constaté un ralentissement sur l'innovation. Le résultat d'un centrage sur la modernisation des intégrations existantes. Lire aussi : Gestion des API : le sourcing multiple est devenu standard Avec le modèle à l'usage, la difficulté à prédire les coûts vaut toujours, entre volumes de messages et d'appels API. À l'accent mis sur la modernisation des intégrations se sont ajoutés des focus sur la consolidation de la plate-forme et la migration des clients legacy, de sorte que SAP apparaît en retard sur la livraiosn de fonctionnalités agentiques. Son architecture et sa terminologie restent par ailleurs très ancrés dans son écosystème. Pour qui utilise des produits tiers, la courbe d'apprentissage est plus grande et l'UI, moins intuitive. L'IA, bien ancrée chez Workato... Autre fournisseur salué en 2025 sur le plan fonctionnel : Workato. Gartner avait noté des avancées sur les passerelles B2B, le MDM, la RPA et l'agentique. Il avait plus globalement souligné l'intégration rapide de l'IA dans l'offre. Et la « satisfaction client constante », tant sur la facilité d'usage que le support. Cette dernière remarque est toujours valable. Comme celle sur l'IA. Avec, entre autres emblèmes, l'« agent architecte » AIRO, les « Genies » (agents de support IT) et l'introduction d'une composante IDP. ... mais les options d'hébergement restent limitées Attention à l'extension rapide des solutions Workato au-delà de l'iPaaS, avait alerté Gartner l'an dernier : en fonction des cas d'usage, il n'est pas nécessairement facile d'interpréter cette trajectoire et son impact. Les coûts peuvent vite monter même si la tarification est facile à comprendre et à prédire, avait ajouté le cabinet américain. Tout en notant que l'expansion sur le volet infra ne suivait pas le rythme des autres « leaders » (disponibilité alors limitée à 5 régions AWS). Les remarques sont à peu près les mêmes cette année. On retrouve celle sur l'extension à des marchés adjacents. Comme celle sur l'infrastructure (6 régions AWS désormais). L'offre Virtual Private Workato peut aider pour qui cherche d'autres options d'hébergement, mais elle n'est pas sans surcoût. Gartner appelle également à la vigilance concernant l'IA agentique, sur laquelle a été réorienté le marketing de l'offre Workato ONE. « Cohésion » et « fiabilité » chez Informatica... L'an dernier, Informatica avait eu des bons points pour sa tarification flexible, sa stratégie sectorielle et son réseau de partenaires. Gartner avait aussi salué sa capacité à répondre aux demandes de nouvelles fonctionnalités - en particulier sur les intégrations packagées et la gestion d'API. Cette année, Gartner intègre l'aspect channel dans une remarque plus globale sur l'expérience client, portée par du conseil et du support jugés robustes. Le cabinet américain dépeint plus généralement une plate-forme « cohérente », « fiable » et « performante », avec des options de déploiement flexibles. Il y ajoute les innovations dans le domaine de l'IA, jusqu'à l'assistant CLAIRE AI pour générer, documenter et dépanner les intégrations. ... qui reste perçu comme un fournisseur data-centric En 2025, Gartner avait pointé la complexité des solutions d'Informatica. Et, en parallèle, une exhaustivité ne la prêtant pas forcément aux usages « tactiques ». Elle était d'ailleurs plutôt perçue comme destinée aux cas d'usages avancés axés data, précisait-il. Il s'agissait d'ailleurs du point focal de la stratégie marketing, malgré des améliorations sur l'intégration d'applications et l'automatisation de processus. Cette année, on nous présente les choses un peu différemment : avec son « héritage data-centric », Informatica est susceptible d'avoir un attrait limité auprès de qui cherche des capacités orientées applications ou événements. Le constat de l'inadéquation aux usages « tactiques » demeure, d'autant plus que le ticket d'entrée s'avère élevé. Difficile, de plus, d'éclipser les incertitudes sur le positionnement futur d'Informatica en combinaison avec MuleSoft. Une expérience client qualitative chez MuleSoft... MuleSoft, justement, se distingue positivement sur l'approche sectorielle, avec son intégration dans les « clouds industriels » de Salesforce. Gartner salue aussi la qualité de l'expérience client, à travers trois éléments : le réseau de partenaires, l'assistance IA pour le déploiement et le niveau de service/support associé au forfait Signature Success. Il note également la notoriété de la marque MuleSoft, portée par un marketing met bien en relief les forces sur la gestion d'API, la gouvernance de l'IA et l'orchestration des agents. ... mais du retard sur l'innovation Aux incertitudes sur l'avenir d'Informatica font écho autant de doutes sur celui de MuleSoft. En attendant, on étudiera bien la tarification, qui reste complexe. Et on espérera qu'une dynamique d'innovation renaisse : selon Gartner, hormis quelques éléments sur l'agentique, les nouveautés ont été moins nombreuses que chez les autres « leaders ». Illustration © ArtemisDiana - Adobe Stock
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