● Le Monde International 📅 19/03/2026 à 11:30

La défiance justifiée des Européens face à la guerre de Trump

Géopolitique
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Les stratèges ont toujours considéré qu’une attaque contre l’Iran pourrait entraîner en représailles la fermeture par le régime de Téhéran du détroit stratégique d’Ormuz, par lequel transite 20 % de la production pétrolière mondiale. Le manque d’anticipation de la Maison Blanche depuis le déclenchement, le 28 février, de cette guerre qu’aucune menace imminente ne justifiait n’en est que plus surprenant. Lire aussi | EN DIRECT, guerre en Iran : les prix du pétrole mondial et du gaz européen s’envolent après des attaques sur les infrastructures énergétiques au Moyen-Orient Lire plus tard L’appel lancé le 14 mars par Donald Trump à des pays, dont la France, le Royaume-Uni et l’Italie, presque sommés d’aider les Etats-Unis à assurer la liberté de circulation dans ce détroit, en a apporté la preuve. Il s’est heurté à une défiance compréhensible et justifiée. Une participation risquerait en effet de les entraîner à leur tour dans une guerre qu’ils n’ont pas choisie. Cette défiance a conduit le locataire de la Maison Blanche à reculer, non sans multiplier les propos désagréables à l’égard de ses alliés. Il avait déjà assuré qu’un refus serait préjudiciable à l’OTAN, alors qu’une telle intervention n’entre pas dans le cadre des missions de cette alliance défensive. Appontage d’un avion de chasse américain sur le porte-avion « USS Gerald R. Ford », dans le cadre de l’opération « Fureur épique », le 8 mars 2026. Photographie diffusée par l’armée américaine. NAVCENT/AFP Donald Trump est le seul responsable de cette situation, compte tenu des positions qu’il a adoptées à l’encontre des Européens depuis son retour au pouvoir. Les exemples ne manquent guère, des taxes douanières punitives à sa volonté de renouer avec Moscou aux dépens de l’Ukraine, en passant par les menaces d’annexion du Groenland. Pas plus que lors de l’offensive américano-israélienne de juin 2025 visant le programme nucléaire iranien, alors hâtivement présenté comme anéanti par Washington, les pays sollicités par le président des Etats-Unis n’ont été consultés en amont de la guerre sur les choix en cours. Ils doivent pourtant en gérer les conséquences économiques et géopolitiques. Donald Trump n’a pas daigné leur faire part de ses intentions, pour une raison évidente : ils s’y seraient certainement opposés, compte tenu du flou entretenu sur les objectifs. Unilatéralisme agressif Cette nouvelle fracture transatlantique est d’autant plus regrettable que Washington et les principales capitales européennes partagent de longue date les mêmes inquiétudes à propos du programme nucléaire iranien, des capacités balistiques du régime et de son instrumentalisation par des milices inféodées à Téhéran, dont le Hezbollah libanais. Tous ont été également révulsés par la répression sanglante du dernier soulèvement des Iraniens qui protestaient contre les conséquences des choix stratégiques désastreux de ce régime. Ce dernier a alors perdu le peu de légitimité qu’il lui restait. La guerre déclenchée par les Etats-Unis et Israël piège les défenseurs européens des principes démocratiques : en refusant pour de bonnes raisons d’y prendre part, ils s’exonèrent certes de la responsabilité d’un possible chaos prolongé en Iran et dans la région, mais ils montrent leur impuissance face à un régime prédateur et sanguinaire. Le choix du fait accompli de Donald Trump ne date pas de ces dernières semaines. En déchirant en 2018, au cours de son premier mandat, l’accord laborieusement négocié avec des pays européens (Allemagne, France, Royaume-Uni) encadrant un programme nucléaire iranien dont les visées militaires ne pouvaient être dissimulées, le président de Etats-Unis a enclenché un mécanisme conduisant au durcissement des positions iraniennes et à la guerre. Il lui revient d’en assumer les conséquences. La poursuite de cet unilatéralisme agressif et décomplexé doit inciter par ailleurs les Européens à s’engager plus encore dans la quête d’une souveraineté militaire devenue indispensable. Lire aussi | Article réservé à nos abonnés Détroit d’Ormuz : la fébrilité et l’exaspération de Donald Trump, incapable de monter une opération pour débloquer le passage stratégique Lire plus tard Le Monde S’abonner
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