● Le Figaro International 📅 18/03/2026 à 15:55

Au Brésil, un système de caméra de surveillance utilisant l’IA fait polémique

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Au Brésil, un système de caméra de surveillance utilisant l’IA fait polémique Par Joséphine Guilhem de Pothuau et AFP agence Le 18 mars 2026 à 15h55 Suivre Sujets Brésil Sao Paulo surveillance intelligence artificielle Image d’illustration. zhu difeng / stock.adobe.com Smart Sampa, est un dispositif de vidéosurveillance par reconnaissance faciale déployé dans la ville de São Paulo depuis 2024. Il a toutefois vu son efficacité entachée par des arrestations infondées. Passer la publicité Passer la publicité Publicité Lancé fin 2024 par la mairie de droite de São Paulo pour combattre l’insécurité, Smart Sampa est un système de vidéosurveillance par reconnaissance faciale s’appuyant sur l’intelligence artificielle, d’après les informations de l’AFP. Dans le centre historique de la ville, un tableau électronique affiche en temps réel le nombre de personnes arrêtées grâce au dispositif, surnommé le «Big Brother» brésilien. Il mobilise 40.000 caméras qui filment en continu la mégalopole de 12 millions d’habitants. Les images recueillies sont analysées en temps réel par des dizaines de policiers depuis un centre de commandement centralisé. Son déploiement répond à un contexte d’insécurité élevée : près d’un vol de téléphone sur cinq au Brésil a lieu à São Paulo. À découvrir PODCAST - Écoutez le club Le Figaro International Le coût de ce dispositif est loin d’être anodin : 1,6 million d’euros par mois. Depuis son lancement, le système aurait permis près de 4000 arrestations en flagrant délit et la localisation d’environ 3000 fugitifs, grâce au recoupement en temps réel des images avec les bases de données judiciaires. Les autorités mettent également en avant une baisse de près de 15 % des vols à São Paulo en une année, qu’elles attribuent directement à Smart Sampa. Pour le secrétaire municipal à la sécurité, le système est désormais indispensable : « Aujourd’hui, je ne peux pas imaginer São Paulo sans Smart Sampa. » Passer la publicité Publicité Des failles importantes Pourtant, le dispositif souffre de ratés significatifs. Selon des données officielles analysées par l’AFP, plus de 8 % des personnes interpellées comme fugitives lors de la première année ont dû être relâchées après avoir été ciblées par erreur. Au moins 59 personnes ont ainsi été victimes de confusion d’identité, dont un retraité de 80 ans confondu avec un violeur et retenu plusieurs heures au commissariat. Par ailleurs, au moins 141 arrestations ont été effectuées sur la base de mandats d’arrêt périmés, une responsabilité que les autorités locales rejettent sur le pouvoir judiciaire, accusé de ne pas avoir actualisé ses données. Au-delà des erreurs techniques, c’est l’usage même du système qui est contesté. Près de la moitié des fugitifs arrêtés le sont pour des délits relevant d’une catégorie fourre-tout baptisée « autres », parmi lesquels figurent majoritairement des impayés de pension alimentaire, des infractions qui, selon un rapport d’ONG, ne contribuent pas réellement au renforcement de la sécurité publique. Amarilis Costa, avocate spécialisée en droit civique et en surveillance numérique, déclare que « Smart Sampa se présente comme une solution face au crime, mais il est utilisé pour contrôler les citoyens. » Un système de surveillance discriminatoire ? Une autre zone d’ombre plane sur le système : le risque de discrimination raciale. Les données officielles ne précisent pas la couleur de peau des personnes emprisonnées après identification par Smart Sampa, rendant impossible toute évaluation objective d’un éventuel biais. Or, dans un pays où la majorité de la population est noire ou métisse, cette lacune est loin d’être anodine. Des études menées dans plusieurs pays ont en effet démontré que les algorithmes de reconnaissance faciale ont tendance à commettre davantage d’erreurs sur les visages noirs. Les autorités municipales rejettent ces accusations, affirmant que le système n’arrête pas les gens selon leur couleur de peau.
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