● Courrier International 📅 18/03/2026 à 15:34

Tinariwen chante le conflit et l’exil touareg avec “Hoggar”

Géopolitique
Illustration
Le groupe de blues touareg Tinariwen sur scène à Wiltshire, au Royaume-Uni, en juillet 2015. PHOTO IAN GAVAN/Getty Images/AFP C’est au milieu des majestueuses montagnes du Hoggar, dans le désert algérien que Tinariwen a enregistré son dixième album, Hoggar, sorti le vendredi 13 mars. Plus précisément à Tamanrasset, dans le studio fondé par leurs plus célèbres héritiers de blues touareg, le groupe algérien Imarhan. Car c’est là que se sont réfugiés en 2024 les membres du légendaire groupe après avoir fui la montée des violences au Mali. “Cet opus percutant et rythmé pousse encore plus loin le son touareg riche et enveloppant de Tinariwen, avec l’apport de la guitare électrique et des claquements de main, mais aussi des synthés et des textures électroniques”, détaille le quotidien britannique The Guardian. À lire aussi : Musique. “Tears of Injustice” : le blues touareg très engagé de Mdou Moctar Le titre rend donc hommage à la splendeur du Hoggar, devenu refuge pour les musiciens, qui y ont bénéficié d’un grand soutien parmi la communauté artistique et touareg. L’opus sonne comme un cri de résistance aux violences menaçant la région. “L’armée malienne et les mercenaires russes de Wagner brûlent les villages, massacrent les animaux et violent les femmes. Personne n’en parle, ni les hommes politiques ni les journalistes, donc c’est à nous de le faire savoir au reste du monde grâce à notre musique”, raconte au Guardian Abdallah Ag Alhousseini, cofondateur de Tinariwen. Préserver un riche patrimoine En 2024, les affrontements à la frontière nord du Mali entre des groupes islamistes, l’armée malienne, des groupes rebelles touaregs et des mercenaires de Wagner ont provoqué des déplacements massifs de population et des violations des droits humains dans le pays. Face à ces atrocités, Tinariwen a voulu réunir pour porter un message. Sa voix résonne avec d’autant plus de force qu’elle a pris une autre dimension lors de l’enregistrement, avec plusieurs artistes invités, à commencer par le chanteur d’Imarhan, Iyad Moussa Ben Abderahmane, dit “Sadam”. “Ces deux groupes ne présentent qu’une toute petite partie de la richesse de notre patrimoine culturel, il y a tellement d’autres choses à faire découvrir au public”, explique-t-il, citant comme exemples le “chant de l’imzad”, instrument à une corde joué par des femmes, ou la “poésie en langue touareg”. De la sagesse de l’âge La presse spécialisée est impressionnée devant ce dixième album qui couronne une impressionnante carrière de plus de quarante ans. “Le fait que ce groupe ait traversé tant d’épreuves et qu’il réussisse quand même à trouver de nouvelles voies d’expression donne à l’album une résonance et une profondeur très forte”, estime Far Out Magazine. La voix de Sadam s’unit avec harmonie à celles des membres de Tinariwen, qui sont également rehaussées par celles d’un chœur de femmes, ou accompagnés sur Imidiwan Takyadam par le chanteur suédois José González, fan de la première heure, et sur Sagherat Assani par la Soudanaise Sulafa Elyas. À lire aussi : Enquête. Au Mali, un rapport pointe “le chaos et la peur” semés par le groupe Wagner Le sens de la communauté et de l’accueil, cher aux Touaregs, est très palpable : “On les imagine tous assis autour d’un feu, à rêver ardemment d’un avenir meilleur avec ces chants de résistance émouvants, sans doute las de devoir se faire, encore et toujours, les ambassadeurs de la paix, mais nourris par la sagesse de l’âge et leur connaissance du monde”, écrit le magazine spécialisé britannique. Leurs morceaux s’accompagnent d’un riche travail visuel avec des vidéos d’animation en guise de clips. Malgré l’âge qui rend les tournées plus fatigantes, Tinariwen est décidé à poursuivre son long combat pour la paix. “Nous voulons que les gens sachent que chez nous, les habitants et les animaux sont tués, et qu’il faut trouver un moyen de faire la paix. Tant que cela n’arrivera pas, nous n’avons pas d’autre choix que de continuer à chanter”, confie au Guardian Abdallah Ag Alhousseini. Tinariwen sera en concert à Paris les 8 et 9 mai 2026, au cirque d’hiver Bouglione. Oumeïma Nechi Mali Afrique Musique Nos lecteurs ont lu aussi Guerre. Aux Émirats arabes unis, sous les missiles, comme une “étrange normalité” pour les expats Reportage. Comment Annemasse, bastion de la gauche depuis cinquante ans, a basculé à droite Une du jour. En Ukraine, Poutine mène une “guerre éternelle” qu’il n’ose pas finir Classement. Melbourne, ville la plus agréable du monde ? Nos services HORS-SÉRIE Comment les Russes vivent-ils aujourd’hui ? Quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, c’est une plongée rare dans ce pays de plus en plus fermé que nous vous proposons dans notre nouveau hors série, en vente à partir du 18 mars. Politique, économie, société, culture : dans la Russie de Vladimir Poutine, la guerre laisse partout son empreinte. Un numéro presque entièrement réalisé à partir de sources russes, la plupart en exil, qui dresse un portrait réaliste de la société russe. Je découvre → Slow Autriche [Contenu partenaire] Le Bregenzerwald : escapade estivale entre nature, culture et architecture durable Je découvre l’article → Cinéma - invitation Tentez de remporter une invitation pour le film « Derrière les Palmiers » de Meryem Benm’Barek. Je reçois mon invitation → La Croix-Rouge française [Contenu partenaire] Droit international humanitaire : protéger l’humain quand tout vacille. Je découvre l’article →
← Retour