● Le Journal du Geek 📅 18/03/2026 à 12:33

Cette entreprise française est la seule au monde capable de déminer le détroit d'Ormuz

Géopolitique 👤 Gregori Pujol
Illustration
© Exail Technologies Au total, trois navires commerciaux ont été touchés le mercredi 11 mars dans la région. Plusieurs médias américains, dont CNN, citant des sources proches des services de renseignements américains, ont affirmé que l’Iran avait commencé à déposer des mines dans ce passage stratégique. En réponse, l’armée américaine a annoncé avoir détruit 16 bateaux poseurs de mines iraniens dans la zone. Le nouveau Guide suprême iranien Mojtaba Khamenei, lui, a été parfaitement clair dans son premier message officiel depuis le début du conflit : “Il est certain que le blocage du détroit d’Ormuz doit continuer.” Les mines sont “l’arme des pauvres” dans la guerre navale, car très bon marché, les mines à contact basiques peuvent coûter seulement quelques milliers de dollars, mais elles peuvent neutraliser en quelques secondes un navire de guerre ou un superpétrolier valant des milliards de dollars. Et selon plusieurs estimations américaines, l’Iran disposerait d’entre 2 000 et 6 000 mines flottantes. Inutile d’en poser des milliers pour obtenir l’effet voulu. “À la première coque qui saute, tout est bloqué“, résume un ancien haut gradé de la marine française spécialiste du sujet, soulignant “l’effet psychologique” dissuasif. Déminer : un défi que les Occidentaux n’ont pas anticipé Retirer ces mines est bien plus compliqué que de les poser, et les capacités disponibles donnent le vertige. Les Britanniques ont retiré en décembre le dernier des quatre chasseurs de mines qu’ils basaient dans le Golfe depuis 2003. Les Français qui dépêchaient régulièrement deux chasseurs de mines dans la zone ne le font plus et ne disposent plus que de huit navires dédiés, contre 13 à l’origine. Pire, “L’US Navy démantèle ses capacités déjà limitées de lutte contre les mines sans déployer de remplaçants éprouvés“, selon le Centre pour la stratégie maritime américain, pour qui cela pourrait devenir le talon d’Achille de la marine américaine ! Et les conséquences économiques d’un blocage prolongé sont déjà chiffrées. Selon une note d’analyse d’ING Research, une perturbation de trois mois du trafic dans le détroit pourrait conduire à la perte de 1 380 millions de barils de brut. Dans un tel scénario, le prix du Brent serait susceptible de rester au-dessus des 100 dollars par baril au cours des deuxième et troisième trimestres. Exail Technologies : l’entreprise française que tout le monde regarde C’est dans ce contexte que le nom d’Exail Technologies circule dans les états-majors et sur les marchés financiers. Le français Exail, spécialiste des drones navals et de la lutte anti-mines, affirme disposer aujourd’hui du système autonome le plus avancé au monde pour sécuriser un éventuel champ de mines dans le détroit d’Ormuz. Exail Technologies s’est imposé en quelques années comme un leader mondial des drones de lutte contre les mines, mais aussi des systèmes de navigation inertielle et de positionnement acoustique. Son activité, réalisée à près de 75 % à l’export, est majoritairement tirée par la défense. L’entreprise est née en 2022 de la fusion entre ECA Group et iXblue. Son système phare s’appelle UMIS, pour Unmanned Mine countermeasures Integrated System. Il combine des drones sous-marins chargés de cartographier les fonds marins et de détecter les mines grâce à des sonars, des robots téléopérés pour les identifier, ainsi que des drones de neutralisation capables de les détruire avec une charge explosive. Ces robots sont déployés depuis un drone de surface ou un navire, ce qui permet d’effectuer les opérations de déminage à distance et sans exposer les équipages. Le vice-président d’Exail résume la chose avec une franchise désarmante : “On opère des drones de surface qui vont opérer des drones sous-marins, c’est un peu James Bond, mais ça marche.” Une flotte de drones qui change la donne Pour comprendre ce qui distingue UMIS des méthodes traditionnelles, il faut entrer dans le détail de ses composantes. Les navires de surface sans équipage, principalement la gamme Inspector, servent de relais de communication ou déploient eux-mêmes d’autres drones sous-marins depuis une zone sécurisée. Des drones sous-marins autonomes, comme les A9-M et A18-M, quadrillent ensuite de larges zones de manière autonome et utilisent des sonars à haute résolution pour cartographier les fonds et repérer les anomalies. Vient ensuite le Seascan, un drone d’identification qui s’approche de l’objet pour confirmer visuellement s’il s’agit bien d’une mine. Et enfin, l’arme finale, le K-STER. Ces drones consommables sont détruits lorsque la mine est neutralisée. Des kamikazes sous-marins guidés avec précision, qui évitent d’exposer le moindre humain à la zone dangereuse. Exail revendique un taux de succès de plus de 90 % sur les appels d’offres passés depuis six ans et se présente comme “l’unique acteur disposant de l’intégralité des drones nécessaires aux missions de déminage sous-marins par drones“. Mais la pertinence d’Exail ne se mesure pas qu’aux déclarations, elle se lit dans les carnets de commandes. En effet, le 5 janvier 2026, Exail Technologies a officialisé une commande d’environ 40 millions d’euros portant sur plusieurs centaines de drones K-STER, la deuxième plus grosse commande de drones K-STER jamais enregistrée, juste après celle de 60 millions d’euros reçue en 2024. Cette commande a été passée via l’agence de soutien de l’OTAN, dans le cadre d’un accord-cadre établi en 2024 permettant à toutes les marines de l’Alliance de procurer ces systèmes rapidement. Exail dispose désormais d’un carnet de commandes de plus de 1 000 drones autonomes. Un autre contrat récent, remporté auprès d’une marine non nommée, porte sur un montant de plusieurs centaines de millions d’euros et concerne la livraison sur quatre ans de systèmes UMIS complets. En Indonésie, le groupe va livrer des drones de surface Inspector 90, des drones sous-marins de détection et de neutralisation, tous coordonnés par le logiciel UMISOFT de commandement et de contrôle. Ce que ça changerait concrètement à Ormuz Si les marines clientes d’Exail devaient intervenir dans le détroit, leurs capacités pourraient être mobilisées rapidement, dont certaines au Moyen-Orient, Émirats arabes unis notamment, afin d’assurer le nettoyage progressif du couloir maritime. Selon l’analyste Julien Thomas de TP ICAP Midcap, ce scénario “pourrait accélérer les phases II de plusieurs programmes de déminage déjà signés auprès du groupe, générer de nouvelles commandes de consommables K-STER et de drones DriX pour la surveillance de la zone. Par ailleurs, de nouveaux pays tels qu’Oman, le Qatar ou le Koweït pourraient se tourner vers la solution d’Exail.” Ce qui change la donne, c’est que là où le déminage traditionnel est séquentiel, lent et risqué pour les équipages, UMIS industrialise le processus. Plusieurs drones travaillent en parallèle, les données sont centralisées, et les humains restent hors de la zone mortelle. Mais il reste un verrou que la technologie ne peut pas forcer seule. Déminer le détroit est une opération complexe, longue, et qui devrait se faire sous la menace des batteries de missiles antinavires côtiers et des vedettes rapides iraniennes. Et la campagne de frappes américaines en cours vise à détruire un maximum de capacités navales iraniennes, mais il reste à savoir si elle sera en mesure de neutraliser totalement une capacité de déni d’accès qui est à la fois simple à mettre en œuvre, peu coûteuse, efficace et très longue à neutraliser. Car, avoir la technologie ne suffit pas. Encore faut-il les conditions pour l’utiliser. 🟣 Pour ne manquer aucune news sur le Journal du Geek, suivez-nous sur Google et sur notre canal WhatsApp. Et si vous nous adorez, on a une newsletter tous les matins. 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