● Courrier International
📅 18/03/2026 à 10:03
Guerre en Iran : le nouveau choc pétrolier
Géopolitique
La une du numéro 1846 de “Courrier international” “C’est le coup de grâce”, lâche David Goldwyn dans l’article très alarmiste du New York Times qui ouvre notre dossier. L’ancien diplomate et ancien membre du ministère de l’Énergie des États-Unis évoque la fermeture du détroit d’Ormuz, principal goulet d’étranglement mondial pour le pétrole. C’est le scénario catastrophe que tout le monde redoutait, ajoute-t-il : celui d’un choc pétrolier déclenché par la guerre qui sévit depuis le 28 février au Moyen-Orient, auquel nous avons choisi de consacrer notre dossier de la semaine. Un dossier très complet, qui relaie les inquiétudes de la presse étrangère. Saad Al-Kaabi, ministre de l’Énergie qatari, cité par The Economist, est sur le même registre : “Ça va mettre l’économie mondiale à genoux”, alertait-il le 6 mars, alors que QatarEnergy, qui produit 20 % du gaz naturel liquéfié (GNL) mondial, avait fermé ses installations de traitement et d’exportation, en partie touchées par des frappes iraniennes. Du pétrole et du gaz qui ne servent pas seulement à fournir de l’énergie, mais entrent aussi dans la fabrication d’engrais, de produits chimiques et pharmaceutiques… Le Financial Times résume ce qui menace d’une phrase lapidaire : “La guerre au Moyen-Orient est sur le point de déclencher un choc alimentaire mondial pire que celui provoqué par l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022.” Un tiers du commerce mondial d’engrais par voie maritime transite en effet par le détroit d’Ormuz, dont la fermeture par l’Iran a paralysé de larges pans du commerce et de la production d’urée, l’engrais azoté le plus utilisé du monde. Certes, les réserves stratégiques de pétrole de nombreux pays ont été débloquées. Notamment 400 millions de barils par les 32 États membres de l’Agence internationale de l’énergie, “le plus important déstockage de réserves de l’histoire” de cette organisation internationale, née en 1974 après le premier choc pétrolier. Certes, les oléoducs installés par les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite pallient une partie du problème en acheminant malgré tout du pétrole – mais dans un volume moindre. Certes, tous les pays ne dépendent pas des hydrocarbures du Golfe… Mais le prix du pétrole, mondial, flambe. L’incertitude quant à l’issue – et surtout la durée – de cette guerre est totale. Et l’incertitude, c’est ce que détestent par-dessus tout les marchés. En effet, rappelle The Economist, “tout repose sur les décisions de trois personnages imprévisibles : le versatile Donald Trump, Benyamin Nétanyahou, à la détermination sans faille, et Mojtaba Khamenei, le nouveau guide suprême iranien”. La solution viendra-t-elle de Donald Trump, qui semble se rendre compte des conséquences sur son avenir politique ? En sus du coût des munitions et du matériel militaire, “les Américains ressentent déjà les effets de cette guerre à la pompe”, souligne le magazine Time. Et le plus grand risque pour le président américain avant les élections de mi-mandat “réside dans la hausse rapide des prix de l’énergie, dont les répercussions se font sentir sur toute l’économie et viennent peser sur le budget des familles américaines”, rappelle The New York Times. Aussi, pour sécuriser le détroit d’Ormuz, Trump a-t-il appelé, le 14 mars, d’autres pays à la rescousse – y compris la Chine. Signe d’une certaine fébrilité, il a même été jusqu’à menacer ses alliés de l’Otan s’ils ne l’aidaient pas. À lire aussi : Géopolitique. Les Européens refusent d’intervenir dans le détroit d’Ormuz : une “claque pour Trump” Peut-on espérer que la crise économique qui se profile poussera le président américain à sortir rapidement de ce conflit, qui a déjà tué des centaines d’Iraniens et de Libanais ? Peut-être. Mais le mal est fait. C’est ce que racontent très clairement deux récits publiés dans L’Orient-Le Jour et The Guardian. Deux témoignages qui ouvrent notre séquence D’un continent à l’autre, et donnent la parole respectivement à une journaliste libanaise et un anonyme iranien. Ils vivent la guerre chaque jour depuis plus de deux semaines et racontent le quotidien sous les bombes. Les vieilles habitudes qui reviennent à Beyrouth, la sidération et la peur à Téhéran, les pilules qui aident à tenir bon. Mais surtout, la fin de l’espoir. À lire également dans ce numéro Guerre sous Xanax : à Beyrouth, les habitants s’arment de psychotropes Nous vous en parlions juste avant : dans ce billet écrit depuis la capitale libanaise, soumise à d’intenses bombardements israéliens depuis plus d’une dizaine de jours, cette journaliste du quotidien L’Orient-Le Jour raconte la chasse aux pilules dans une pharmacie beyrouthine et le quotidien d’une population à la fois rodée et blasée. Je vous écris de Téhéran, où le sang des Iraniens ordinaires coule pour rien Dans ce texte anonyme publié par The Guardian, une personne habitant à Téhéran raconte l’angoisse et la colère d’une ville où la survie est brusquement devenue la première des préoccupations. Fervente critique du régime, elle s’élève contre l’absurdité destructrice de la guerre menée par Israël et les États-Unis, qui prétendent sauver un pays en anéantissant sa société. Mali. La littérature comme résistance au djihadisme La 18ᵉ édition du festival Rentrée littéraire du Mali s’est tenue en février dans la capitale. Une agora littéraire qui a réuni des écrivains venus imaginer l’Afrique de demain. Dans un Bamako figé par la tension sécuritaire, assommé par la chaleur et le manque de carburant, la littérature devient un viatique et oppose au terrorisme une forme de “résistance tranquille”, écrit El País. Les anticorps de lama, une piste prometteuse pour soigner les cancers et les maladies rares Ce camélidé produit de minuscules protéines, appelées « nanocorps », qui permettraient de lutter contre de nombreuses maladies. Les entreprises de biotechnologie et les laboratoires pharmaceutiques explorent diverses pistes de recherche, espérant trouver la poule aux œufs d’or, explique Bloomberg. Le Danemark, mon royaume sans lettres ni facteurs Enfant, elle rêvait d’être employée des postes. L’écrivaine et scénariste danoise Anna Juul a été marquée par la décision de PostNord, l’opérateur postal de son pays, de ne plus délivrer de missives depuis le 30 décembre 2025. Mais elle-même n’envoyait plus de lettres. Alors que perd-elle exactement avec le passage au tout-numérique ? Elle le raconte dans un essai publié par le site anglophone The Dial. Virginie Lepetit Moyen-Orient Cours du pétrole Géopolitique Crise énergétique Nos lecteurs ont lu aussi Une du jour. Guerre au Moyen-Orient, prix de l’énergie : Friedrich Merz a-t-il un plan ? La Lettre de l’éduc. “La guerre ne commence pas par l’attaque mais par la défense” Moyen-Orient. En Iran, l’appareil répressif tourne à plein régime pour museler toute dissidence Moyen-Orient. L’usage d’une base portugaise par les États-Unis pose un “dilemme stratégique immense” Nos services HORS-SÉRIE Comment les Russes vivent-ils aujourd’hui ? Quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, c’est une plongée rare dans ce pays de plus en plus fermé que nous vous proposons dans notre nouveau hors série, en vente à partir du 18 mars. Politique, économie, société, culture : dans la Russie de Vladimir Poutine, la guerre laisse partout son empreinte. Un numéro presque entièrement réalisé à partir de sources russes, la plupart en exil, qui dresse un portrait réaliste de la société russe. Je découvre → Slow Autriche [Contenu partenaire] Le Bregenzerwald : escapade estivale entre nature, culture et architecture durable Je découvre l’article → Cinéma - invitation Tentez de remporter une invitation pour le film « Derrière les Palmiers » de Meryem Benm’Barek. Je reçois mon invitation → La Croix-Rouge française [Contenu partenaire] Droit international humanitaire : protéger l’humain quand tout vacille. Je découvre l’article →
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