● Silicon.fr Télécom 📅 06/03/2026 à 14:41

Femmes et numérique : malgré les biais, l'IA donne espoir

Géopolitique 👤 Clément Bohic
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Dans la tech française, le taux de féminisation s’élève à 17 %. Dans la perspective de la Journée internationale des droits des femmes, les acteurs de l’IT sont nombreux à reprendre cette statistique. Moins à la sourcer. Elle semble tirée d’un des volets de l’enquête Gender Scan, que réalise Global Contact, un cabinet parisien d’études et de conseil. Plus précisément de l’édition 2022. Les 17 % en question valent pour l’année 2020. En fonction des acteurs de l’IT, la formulation varie. Ippon Technologies annonce que les femmes représentent environ 17 % des effectifs de la tech en France. Tandis qu’Acer affirme que 17 % des postes techniques dans l’IT sont occupés par des femmes. Le premier ajoute que dans ce même secteur, les femmes occupent 10 % des postes à responsabilité. Le second, que seules 3 % des lycéennes choisissent la spécialité numérique et sciences informatiques. Lire aussi : IA et emploi : Anthropic nuance les craintes de destructions massives de postes L’IA, ou les deux côtés de la médaille Chez Tanium, on rappelle qu’à l’échelle mondiale, dans le domaine des technologies, 14 % des cadres supérieurs sont des femmes. On souligne aussi l’opportunité que l’IA présente pour « égaliser les chances » en contribuant à réduire l’épuisement professionnel… y compris pour les femmes qui reprennent le travail. « L’avantage pour les femmes viendra des organisations qui utiliseront l’IA pour renforcer la filière de leadership et non pour la réduire », ajoute Melissa Bischoping, directrice de recherche en sécurité. iCIMS, éditeur de logiciels RH, voit dans l’IA un « levier puissant » pour objectiver certaines décisions de recrutement, harmoniser les critères et limiter les biais humains. Il y a deux ans, en marge de la Journée internationale des droits des femmes, l’UNESCO avait elle aussi exprimé des espoirs quant à l’IA. Plus précisément au sujet des LLM open source. Qui, par leur ouverture, pouvaient favoriser l’atténuation des biais embarqués. Car des biais, il y en avait. Des tests sur GPT-2, Llama 2 et GPT-3.5 avaient révélé, entre autres, une propension à produire des stéréotypes de genre. Par exemple en y associant certains concepts (à « femme », « famille », « enfants » et « mariage » ; à « homme », « entreprise », « cadre », « salaire », « carrière »...). Ou certains emplois (« chauffeur », « enseignant », « jardinier », « employé de banque » pour les hommes ; « serveuse », « intendante », « mannequin », « prostituée » pour les femmes). « Même de légers préjugés sexistes dans le contenu [généré] peuvent amplifier de manière significative les inégalités dans le monde réel », avait commenté Audrey Azoulay, alors directrice générale de l'UNESCO. Du freelancing aux perceptions sociétales, une « trajectoire positive » Ces inégalités se renforcent d'autant plus qu'elles sont visibles, postule Cynthia Overby, directrice des solutions de sécurité informatique chez Rocket Software. Des postes de direction aux conférenciers qui interviennent lors d'événements tech majeurs, le manque de diversité en façade « renforce la perception que l'industrie des technologies n'accueillera pas ceux qui ne correspondent pas à cette image », estime-t-elle. Lire aussi : Hervé Solus, nouveau CEO de Berger-Levrault « Dans les années 80, les femmes étaient beaucoup plus représentées dans les métiers de l'IT, explique LeHibou (plate-forme de freelancing IT). Un basculement s'est produit pendant cette décennie, quand l'informatique est devenue un produit grand public », constate-t-elle. En 2023, 14 % de ses freelances furent des femmes. Minoritaires, donc, mais sur une « trajectoire positive » (elles étaient 9 % en 2018). Leurs principales fonctions : chef de projet MOA, product owner, consultante AMOA, chef de projet IA et business analyst. Trois de ces métiers ont affiché, en 2023, un taux journalier moyen équivalent à celui des hommes. Mais alors que ces derniers privilégiaient la rémunération, leurs homologues féminines citaient le choix des missions et la quête d'un meilleur équilibre pro/perso comme leurs principales sources de motivation pour faire du freelancing. La même année, Ironhack (formation au numérique) avait lui aussi évoqué une forme de trajectoire positive. En comparant deux enquêtes sur le panel BuzzPress France, il avait notamment relevé que : 63 % des Français déclaraient que les femmes pouvaient être aussi douées que les hommes dans les métiers liés au numérique (+ 4 points par rapport à 2022) 32 % ne considéraient pas que les femmes n'étaient pas élevées ou éduquées pour s'intéresser à ces métiers (+ 6 points) 49 % seraient prêts à inciter leur fille à choisir un métier dans la tech (+ 7 points) Au-delà de la diversité, garantir l'inclusion « Dans un environnement technique, la mixité apporte des regards différents et contribue à un meilleur équilibre collectif », assure Laetitia Martzolff, HR Business Partner chez DEEP France (ex-DIGORA). Stephanie Aceves, ancienne de Tanium, allait plus loin l'an dernier. Elle appelait à porter attention aux « qualités uniques » des femmes : « capacité à diriger avec intuition, à résoudre les problèmes avec une vision large et à créer une communauté au sein des équipes ». Au-delà du recrutement diversifié, il faut garantir l'inclusion, ajoutait-elle. Or, pour un même rôle, on attend plus d'une femme. Souvent, en particulier, qu'elles prennent en main le sujet de la féminisation lorsqu'elles sont seules dans leur équipe. Dans certains contextes, les femmes doivent encore démontrer leur compétence avec une intensité supérieure, confirme Céline Delaugère. Cette exigence souvent implicite se manifeste dans l'accès au financement, à la visibilité médiatique ou aux postes de décision, résume la fondatrice de MyDataMachine. Elle poursuit : parler de droits des femmes implique de regarder concrètement leurs accès à l'IA, à la data et aux infrastructures numériques, en ce qu'elles façonnent nos sociétés (modèles économiques, usages culturels, équilibres de pouvoir). Et d'appeler à ne plus analyser les parcours féminins à travers des catégories restrictives : scientifique ou créative, technique ou artistique, rationnelle ou sensible... Cette lecture binaire ne correspond plus à la réalité de trajectoires hybrides. Brevets STEM : le taux de féminisation aussi sous les 20 % D'après l'Office européen des brevets, dans les STEM, 16,7 % des inventeurs mentionnés dans les demandes de dépôt de brevet en France entre 2018 et 2022 étaient des femmes. Soit à peu près autant que sur la période 2013-2017 (16,4 %). Le Val-de-Marne se distingue. Le taux (25,4 %) y est parmi les plus élevés chez les régions européennes à forte densité d'innovation. En mathématiques et informatique, l'Institut Mines-Télécoms arrive en tête des établissements d'enseignement supérieur pour le taux de femmes dans les demandes de dépôt de brevet pendant le doctorat (10 %). L'Université Paris Sciences et Lettres domine pour les dépôts ultérieurs (8 %). Sur l'ensemble des dépôts à l'INPI entre 2021 et 2023, 14 % des inventeurs français étaient des femmes. Le taux atteignait 16 % dans les établissements publics et les entreprises détenues par l'État. Contre 11 % dans les grandes entreprises et 9 % dans les PME. Il avoisinait 30 % dans le secteur de la chimie. Illustration générée par IA
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