● Le Journal du Geek 📅 17/03/2026 à 14:57

Pokémon GO : pendant 10 ans, vous avez travaillé gratuitement pour Niantic sans le savoir

Énergie & Environnement 👤 Robin Sabbadini
🏷️ Tags : rte surveillance
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© Tumisu - Pixabay Vous vous souvenez de l’été 2016 ? Vous marchiez dans la rue, téléphone levé, cherchant à tous les attraper en mode réalité augmentée. Cette époque où nous étions au plus proche de la paix dans le monde est maintenant révolue, mais ce que vous ne saviez pas, c’est que vous étiez en train de travailler. Gratuitement. Pour une entreprise qui allait revendre le fruit de votre labeur des milliards de dollars. 30 milliards de photos. Oui, milliards. Niantic vient de lever le voile sur quelque chose que la communauté Pokémon GO commence tout juste à digérer. Depuis le lancement du jeu en 2016, les joueurs ont généré, à travers leurs scans AR et leurs missions de terrain, une base de données colossale de plus de 30 milliards d’images géolocalisées du monde réel. Chaque PokéStop scanné, chaque photo prise en mode réalité augmentée, chaque mission de « Recherche de Terrain » complétée en échange d’une poignée de PokéBalls contribuait à alimenter une cartographie visuelle ultra-précise de la planète. Niantic vous récompensait avec des objets en jeu pour vous inciter à scanner toujours plus de lieux. Vous pensiez jouer. Vous étiez en réalité des prestataires de données non rémunérés. Des données qui valent de l’or, et du pepperoni Niantic Spatial, la filiale IA créée lors de la revente de la division gaming à Scopely en 2025, vient d’officialiser un partenariat avec Coco Robotics, une startup spécialisée dans les robots de livraison urbains. Ces petits engins roses sillonnent déjà plusieurs villes américaines et européennes. Et pour se repérer dans les rues avec une précision au centimètre près, ils utilisent exactement la carte que vous avez construite, bénévolement, en chassant des Pokémon. Brian McClendon, directeur technique de Niantic Spatial, a résumé la situation avec un cynisme assumé dans une interview au MIT Technology Review : « Faire courir Pikachu de manière réaliste et faire en sorte que le robot de Coco se déplace de façon sûre dans le monde réel, c’est techniquement le même problème. » Le truc vraiment flippant dans cette histoire On pourrait se dire que c’est pas si grave, que des photos de rues c’est pas super sensible. Sauf que ces images ne sont pas de simples photos. Chaque cliché est accompagné de métadonnées extrêmement détaillées : la position exacte de votre téléphone, son orientation, votre direction de déplacement, votre vitesse, et si vous étiez en mouvement au moment de la capture. Ce n’est pas une photo de rue. C’est une reconstruction quasi complète de vos habitudes de déplacement. Et Maude Bonenfant, professeure à l’UQAM et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en jeu, technologies et société, remet les choses dans leur contexte : « Dans l’économie de la donnée, la donnée de géolocalisation est l’une de celles qui valent le plus cher. Parce que, si on sait où vous êtes dans l’espace, on sait qui vous êtes, on sait où vous habitez, où vous travaillez, vos habitudes, si vous avez des enfants. » « Mais c’était dans les CGU » On entend déjà la réponse officielle. Oui, techniquement, tout était dans les conditions d’utilisation, on a coché la case, on a consenti. Sauf que Bonenfant le dit très clairement, même quand les CGU mentionnent la collecte de données, elles sont « floues », n’indiquent pas l’usage exact qui sera fait des informations et sont à la limite du minimum légal exigé. Personne en 2016 ne lisait 47 pages de données légales pour savoir que ses balades Pokémon allaient financer la navigation de robots livreurs une décennie plus tard. Et Niantic le savait très bien. Le contexte rend tout ça encore plus inconfortable Rappelons qui est derrière tout ça maintenant. Scopely, le nouveau propriétaire des jeux Niantic, appartient au groupe Savvy Games, qui est lui-même une émanation du Fonds Public d’Investissement saoudien, contrôlé par le prince héritier Mohammed ben Salmane. Et même si Niantic Spatial reste techniquement une entité séparée, le fait que 30 milliards d’images géolocalisées du monde entier, accompagnées de données de déplacement ultra-précises, soient aux mains d’une nébuleuse liée à un gouvernement dont les pratiques de surveillance sont documentées par Human Rights Watch, ça mérite au minimum qu’on pose la question. Niantic Spatial assure que les données restent sur des serveurs américains et ne seront pas partagées au-delà de partenaires commerciaux comme Coco Robotics. Pour l’instant. La technologie permettrait pourtant d’identifier l’endroit exact où n’importe quelle photo a été prise simplement en analysant les bâtiments visibles en arrière-plan. Ce que vous pouvez faire Pas grand-chose, malheureusement. Les données sont collectées, la carte est construite, le partenariat est signé. Si vous jouez encore à Pokémon GO, sachez simplement que chaque scan que vous effectuez aujourd’hui continue d’alimenter cette base de données. Et si jamais vous avez l’impression d’avoir été utilisé comme de la main-d’œuvre numérique gratuite pendant dix ans, c’est parce que c’est exactement ce qui s’est passé. Si un jour un robot rose vous livre une pizza en se garant pile devant votre porte, vous aurez au moins la satisfaction de voir dire que vous avez contribué à ça. 🟣 Pour ne manquer aucune news sur le Journal du Geek, suivez-nous sur Google et sur notre canal WhatsApp. Et si vous nous adorez, on a une newsletter tous les matins. 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