● Le Monde Numérique
📅 11/03/2026 à 20:00
« Pokémon Pokopia » : une ode à Métamorph, créature la plus disgracieuse de la franchise
Cybersécurité
Métamorph est apparu dès les premiers jeux « Pokémon », sortis au Japon en 1996. Dans le Pokédex, sorte d’encyclopédie qui recense ces monstres de poche, il est recensé à la place n°132. NINTENDO Il est violet, doté de bras gélatineux, d’yeux vides et d’une silhouette de chewing-gum écrasé sous une semelle : Métamorph est l’un des Pokémon les plus disgracieux de toute la franchise. Le genre de créature oubliée sitôt la partie terminée. Et pourtant, c’est ce blob mauve que Pokémon Pokopia, disponible depuis jeudi 5 mars sur Switch 2, choisit de mettre sous les projecteurs. Un pari audacieux mais qui reflète, à lui seul, le destin de la franchise. Lancé au Japon en février 1996, Pokémon s’est rapidement montré capable de changer de peau. Du jeu de cartes à jouer et à collectionner, façon Magic : The Gathering, à sa déclinaison sur smartphone Pokémon GO, en passant par la série animée, la franchise n’a cessé de se décliner sur de nouveaux supports pour s’imposer comme la licence médiatique la plus lucrative au monde, avec 147 milliards de dollars (126,4 milliards d’euros) générés. En arrière-plan, le monde dévasté qu’il faut reverdir. NINTENDO Cependant, à mesure que l’empire s’est étendu, les épisodes principaux sur consoles ont perdu de leur lustre, accusant un retard technique de plus en plus difficile à ignorer et peinant à se renouveler. Pokopia leur répond, en faisant ce que Métamorph fait de mieux : emprunter et absorber pour surprendre. Lire aussi | Article réservé à nos abonnés « Pokémon » a 30 ans : comment Pikachu est devenu une icône mondiale Lire plus tard Ses pouvoirs mimétiques (il peut copier les attaques adverses) deviennent le moteur d’une aventure entière. Le point de départ ? Un monde dévasté dans lequel les humains ont mystérieusement disparu et où les Pokémon sont livrés à eux-mêmes. Un petit jardinier qui restaure le monde Pour restaurer la nature, Métamorph emprunte les capacités de ses congénères. Copier l’attaque « pistolet à O » de Carapuce fait verdir le sol et les arbres. « Feuillage » de Bulbizarre fait pousser des touffes d’herbes. « Labourage » de Rototaupe est le point de départ pour faire son potager. Ces bras en forme de spaghetti permettent de planter des herbes hautes, où nichent des Pokémon. Le boxeur Tygnon offre le pouvoir de casser des blocs. Chaque biome reconstitué grossit la communauté. Certaines créatures enseignent des capacités inédites, d’autres contribuent à l’effort collectif : Insécateur coupe le bois et Ouvrifier prête main-forte sur les chantiers. Le monde, fait de blocs que l’on détruit et réaménage à volonté, s’ouvre alors par strates, se densifie et s’anime. Malgré ses phases de construction un peu laborieuses à la manette, ce titre installe une sensation propre aux jeux de gestion réussis : il transforme l’heure de jeu prévue en une soirée entière, sans qu’on l’ait vu venir. La recherche des humains disparus Les clins d’œil aux références du genre sont légion – de Minecraft à Animal Crossing, en passant par Stardew Valley –, mais leur remixage à travers le prisme du personnage mimétique parvient à les digérer avec élégance. Ce qui est accrocheur, c’est la richesse des interactions entre les créatures dotées de leur personnalité et l’imbrication subtile des différentes mécaniques de jeu. Chaque nouveau pouvoir qui permet d’altérer le monde ou d’élargir son exploration découle directement de ce qu’est Métamorph. Le jeu ne se départ jamais de la logique de la créature informe et imprévisible. Il ouvre grand la bouche plutôt qu’un sac pour avaler ses trouvailles et les recracher à la demande. Une fois son inventaire plein, il faut placer ses objets dans des coffres indépendants les uns des autres. On regrette au passage que cette collection qui enfle au fil des heures devienne un casse-tête à gérer. Dans sa chair, Métamorph incarne cette recherche de personnalité qui innerve toute l’expérience conçue par les Japonais d’Omega Force. Dans ce jeu, il apparaît rarement sous sa forme originelle (un violet gélatineux). A la place, il a choisi les traits d’un enfant affichant son sourire béat et ses membres mous – portrait de son ancien dresseur disparu avec le reste de l’humanité. Pour parvenir à un tel résultat, une bonne dizaine d’heures de jeu est nécessaire. Cette apparence semble amuser ceux qu’il croise lorsqu’il traverse ce monde aux couleurs chatoyantes, bercé de mélodies entraînantes. Pourtant, elle est le rappel constant de la catastrophe passée, qui a englouti la région post-apocalyptique que l’on devine être celle de Kanto, dans laquelle se déroulent les jeux qui ont lancé de la franchise. La dissonance est assumée, presque revendiquée. Sous ses allures de jeu doux et addictif, Pokopia évoque le deuil d’un monde et l’entêtement d’un petit blob à se raccrocher au souvenir d’une personne disparue. Toutefois, la fin des humains n’est pas celle du monde ; c’est, au fond, le début du sien. L’avis de Pixels : On a aimé : Un jeu « post apo-kémon »…qui en copie beaucoup d’autres tout en gardant sa propre âme,et qui réussit à rendre attachante la plus bizarre des créatures. On a moins aimé : Le casse-tête du stockageDevoir passer en « mode souris » pour être plus précis dans la constructionSe lancer pour jouer quelques minutes et lever le nez de la console plus d’une heure plus tard C’est plutôt pour vous si : Vous ne comptez pas vos heures sur un jeuVous connaissez le Pokédex sur le bout des doigtsVous avez fait le tour des Sims, d’Animal Crossing, de Minecraft ou de Stardew Valley Ce n’est plutôt pas pour vous si : Vous rêvez, tel Sacha, de devenir le meilleur dresseur La note de Pixels : 132 (le numéro de Métamorph dans le Pokédex) /151 (nombre de Pokémon présents dans les jeux initiaux, sortis en 1996) Pierre Trouvé S’abonner
🔗 Lire l'article original
👁️ 1 lecture